‹ ThéâtreChapitre 104 sur 971 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

DORBEXDAS, MELCHY.

MELCHY, prenant de grands airs.

Ah! te voilà, bâtard?

D'onBENDAS, moqucUT,

Oui, orgueilleux lils légitime d'un méchante femme et d'un i ère pendu.

MAGASIN THEATRAL

MELCHY.

D'où viens-tu donc ainsi emmantclé ?

nORBENDAS.

D'un pays où l'on coupe la langue aux bélîtres, et où je vois bien que tu n'as jamais été.

MELCHY.

Eh ! eh ! te voilà bien fier pour un complaisant hors de service !

Et je te trouve bien peu modeste, toi, pour un fripon en exercice.

MELCHY.

En parlant mal de mon présent, sais-tu que tu dénigres ton passé i

d'orbendas.

Que m'importe !

MELCHY.

Tu lui dois pourtant ta fortune.

d'orbendas.

Mon passé, je le méprise et je l'oublie ; ma fortune, je l'estime et je la garde.

MELCHY,

Elle est considérable !

d'orbendas.

Eh î mais assez pour exciter ton envie.

MELCHY,

Et l'attention de monseigneur aussi,

d'orbendas.

Que veux-tu dire ?

MELCHY.

Que j'aurai soin de rappeler à monseigneur que c'est du bien assez mal acquis.

d'orbendas.

Et à quel titre meilleur espères-tu celui qu'il se propose sans doute de te faire ?

MELCHY, insolent et dédaigneux comiquement.

La belle comparaison à établir entre nous deux!

d'orbendas.

C'est vrai, je la trouverais plaisante,

MELCHY.

Un coquin émérite !

d'orbendas.

Taut mieux qu'un coquin sans mérite,

MELCHY,

Tu es bien enflé du tien, bâtard. Mais, après tout, quels services as-tu rendus à monseigneur, qui ne soient surpassés par les miens ?

d'orbendas, railleur, amer et méprisant.

Tes services, à toi?... Je veux bien comparer ceux qui nous sont communs ; car tu n'as jamais été soldat, toi; tu n'as pas été son compagnon d'armes.Vojons : depuis que je t'ai cédé ma place auprès de monseigneur, coquin plein de bonne volonté, c'est vrai, mais sans esprit et sans audace, quelles brillantes conquêtes a-t-il dues à ton adresse, à ta témérité? quelques femmes dont les maris bénissaient Dieu d'être enfin délivrés. Quelles portes as-tu forcées? quels murs as-tu franchis pour arriver près d'une beauté difficile? Moi, mordieu, j'allais en amour comme en guerre, muni de ces flexibles instrumeas d'escalades fa-

briqués de mes mains, et dont je pourrais te montrer ici quelques échantillons bien conservés ; et, tout en servant mon maître dans ses amoureuses fantaisies, je n'oubliais ni ma patrie, ni la présence de l'étranger ! J'enlevais des Anglaises, les plus nobles, les plus belles, les femmes des généraux ennemis. Je me disais : S'ils ne sont pas battus, du moins ils seront... et cela me consolait d'une défaite ou d'une blessure. Mais toi, sans honneur, sans énergie et sans patriotisme, qu'es-tu ? un faquin né, faquin continué, faquin persévérant, faquin passé, présent, futur, faquin, rien que faquin, à tous les diables !

MELCHY.

A tous les diables tous les deux, si Dieu est impartial. Mais, dis-moi, dans la liste des amoureuses conquêtes que le sire de Flavy a faites par ton entremise, peux-tu citer une femme réunissant en elle tous les charmes dont un seul suffit à d'autres pour séduire ; un être descendu du ciel pour prouver aux femmes combien on les trompe lorsqu'on les compare aux anges; une créature merveilleuse qui a fait le plus grand des miracles, celui d'inspirer à monseigneur uu amour inconnu, un amour aussi pur, aussi timide que l'ange qui en est l'objet?

Il fait quelques pas d'un air trionipliaut.

d'orbendas , allant à lui.

Et c'est toi qui as trouvé cette exception ?

MELCHY, vain.

Moi!

d'orbendas, froid.

Et tu comptes assez sur la reconnaissance de monseigneur...

MELCHY.

Pour obtenir de lui qu'il te retire des biens dont tu es indigne, et que j'ai mérités, d'orbendas, frémissant.

Pauvre fou, si tu savais ce que j'ai dans le cœur, et ce que je te destine, tu ne chercherais point à obtenir ce que tu dis là,

MELCHY, bravache.

Que ferais-tu?

d'orbendas, terrible.

Je dédaignerais de me servir de mon épée, parce que tu ne t'es jamais servi delà tienne; mais avec cette main seule, armée d'un gantelet, je te meurtrirais le front jusqu'à ce que la pensée et la vie n'arrivent plus à ton cerveau,

MELCHY.

Nous allons voir.

Ils se menacent Lriiyamment.

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