‹ ThéâtreChapitre 12 sur 971 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

DE'WORDE , GUILLAUJIIX , endormi ; puis BATHILDE.

DEWORDE, clierchani des ijeux.

N'a-t-il pas reçu ma lettre... s'est-il douté de quelque cliose... ou, parmi toute cette foule, serait il passé inaperçu?... Ah! ah!... quelqu'un qui dort... mon imbécile de Guillaumin... GliLLAf.MlN, rêvant.

Pardon, pardon, il est carré... de huit cl carré... carré...

DEWonnn.

11 rêve qu'il joue à la bouillotte... le malheureux s'est endormi la... sans remords... ignorant quel venin il ma laissé dans le cœur... Oh! le tloutc... comme il siniiltre goutte à goutte dans

MAGASIN THEATRAL

l'ame pour la souiller!... 3fiHe fois on tente de l'éloigner en maudissant sa saveur amère.^ et toujours on y est ramené par un geste auquel on attache un sens qu'il n'a pas. par une parole à laquelle on donne une interprétation fausse... J'ai bien examiné Bathilde pendant tout ce bal ; elle était assez calme... ah! je donnerais bien des choses pour que ce Marcel vînt.

Un claque accroclic au-dessus de !a tète île Guillaumin lui tombe sur le nez.

GCiLLAtMix , se réveillant.

Qu'est-ce que cela? [Ramassant le claque.) La fable du Gland et de la Citrouille... Si c'avait été aussi bien un schako, j'étais tué... Oh! quelqu'un !... Ah ! c'est vous, cousin ? Ma foi, pardon, mais la fatigue, le désœuvrement... Quelle heure est-il?... hein ? je n'ai pas pu prendre ma montre... ils ne m'ont pas mis de gousset à mon costume.

DEWORDE.

Ce n'était pas d'époque.

GUILLAUMIX.

Faut croire... Vous ne me faites pas compliment de mon costume?... Il me semble qu'au milieu de ces Pierrots bariolés et de ces saltimbanques multiformes il devait produire un effet assez majestueux! Voyez-vous, cousin, nous leur donnerions encore des leçons de goût, à vos Parisiens, nous autres provinciaux.

DEWORDE.

Qui est-ce qui en doute? Tours surtout, mon cher Guillaumin, Tours, à si bon droit appelé le Jardin de la France, est non seulement la ville du beau langage, mais elle est encore la ville des belles manières... et sans vous compter, mon cher Guillaumin, qui méritez bien que l'on vous compte cependant, il y a à Tours quelques jeunes gens qui pourraient lutter avec nos intelligences artistiques et nos élégances fashionables, n'est-ce pas? Tenez, par exemple... votre ami... M. Marcel?...

GUILLAUMI>', à part.

Bon 1 voilà qu'il revientàMarcel... {Haut.) Certainement que Marcel est un homme fort distingué et qui ne serait déplacé nulle part... quand il n'y aurait pour preuve que le choix qu'il fait de ses amis...

DEWORDE.

Et de ses maîtresses; car, si j'ai bonne mémoire, vous mavez dit qu'une de nos plus élégantes Parisiennes l'avait honoré de ses bontés! et, certes, pour qu'une femme de ce mérite, de cet esprit, aille s'enterrer à cinquante lieues de Paris, il faut qu'elle trouve dans celui qui l'a déterminée à cet exil un dédommagement bien grand du sacriûce qu'elle lui fait.

GCILLACMlîi, piquC.

D'abord, mon cher cousin, je n'ai pas dit que c'était une élégante, vu que je ne l'ai jamais aperçue... je n'ai pas dit non plus que ce fût une

femme d'esprit, attendu qu'elle ne m'a jamais parlé... Quant au mot d'exil que vou5 employez relativement à son séjour dans la Touraine, permettez-moi de vous faire observer qu'il est des plus déplacés... Tours est situé sous le quarantedeuxième degré de latitude... et non dans le Groenland ou leKamchatka... les communications y sont faciles, on s'y rend par les bateaux à vapeur et les diligences... Vous voyez donc bien que les idées que vous vous en faites sont contradictoires et erronées.

DEWORDE.

Je reconnais mon erreur pour ce qui est de la ville de Tours, et je lui en fais mes excuses... mais enfin, mon cher cousin, pour ce qui est de la dame, sans l'avoir vue, vous auriez pu avoir des renseignemens sur elle par sa femme de chambre... par exemple... par Germaine...

OriLLAUMIN.

Je n'ai pas dit qu'elle s'appelât Germaine ; j'ai dit que je m'étais considérablement ennuyé dans ses tête-à-tête, c'est vTai... je tiens à rétablir les faits dans toute leur exactitude.

DEWORDE, à part.

Il est décidé que je ne saurai rien... de quelque manière que je m'y prenne.

BATHILDE, paraissant.

Ils sont ensemble... Je m'étais trompée... il a conservé des soupçons... cet homme ne s'en irat-il donc pas?... (Haut.) Eh bien 1 messieurs, qu'est-ce que cela signifie?... il faut venir tous chercher dans ce boudoir?...

DEWORDE.

Comment! au milieu de toutes vos préoccupations de maîtresse de maison, vous avez daigné vous apercevoir de notre absence?... c'est trop aimable à vous, madame.

GUILLAUMI\.

Oh ! vraiment, madame, vous me confusionnez : comment! vous avez daigné...

Certainement, monsieur; votre costume, d'ailleurs, est assez remarquable pour qu'on s'aperçoive qu'il manque à notre collection historique.

GUILLACMIK, à part.

Mon costume a fait son effet, c'est toujours agréable à savoir... lorsque l'on met cent francs à un costume, on n'est point fâché qu'il vous rapporte quelque considération.

BATHILDE, has, à Deworde.

Renvoyez-le donc... je voudrais vous parler.

GUILLAUMIX, à part.

Je voudrais pourtant bien partir... je n'ai pas l'habitude de me coucher à ces heures-ci... demain je serai stupide.

BATHILDE

Et ai-je été assez heureuse, monsieur, pour que vous vous amusiez un peu à cette soirée ?

GVILLACMIÎf.

Prodigieusement, madame.

BATHILDE

DEWORDE.

Oui, je suis témoin, moi... quand je suis entré...

Gl'iLLAL'Mi>', tirant Dewonle à lui avec mystère.

Chut !... pas de mauvaises plaisanteries; dites donc, cousin, dites-moi plutôt où je pourrai trouver un fiacre ?

DEWOBDE.

Mais... voulez-vous que je vous en envoie chercher un par François ?

GCILLACMIX.

Ah ! vous me rendrez service.

BATHitDE, impnùte.

Que se disent-ils donc tout bas?... {Haut.) Estcc'quelque chose, messieurs, en quoi je puisse...

GriLLAUMIX.

Oh! mon Dieu! non, madame... il s'agit d'un simple fiacre; car n'ayant pas là le Bucentaure, je suis forcé de me contenter du véritable sapin...

BATHILDE

Oh ! c'est un équipage qui n'est pas digne de votre altesse... M. Dewordc vous fera reconduire.

GUÏLtAUMIW.

Tiens!... mais, au fait, cousin, vous avez votre voiture, avec cela que c'est à deux pas, rue Taitbout, n' 11.

BATUlLUE, à part.

Il demeure avec Marcel !

DEV\'ORDE

Elle est à votre disposition, cher ami, François va la faire avancer.

On entend une voilure qui entre dans la cour. GUILLACMIN.

Eli ! tenez ! n'est-ce pas elle qui entre dans la cour?

DEWORDE.

Non, c'est la chaise de poste de madame.

GCILLACMIX.

Madame part ?

DEWORDE.

A deux heures du matin... une sœur malade en Kormandic...

GVILLACKIN.

Ah! vraiment?...

BATHILDE, (( Dcuordc.

Que dites-vous donc ?

DEWORDE, insistant avec intention.

Eh bien! mais ce n'est pas un secret que ce voyage... ma foi, j'ai demandé les chevaux pour deux heures, et ils ont été d'une grande exactitude.

GCILLAIMIN.

Ah! pour la Normandie! charmante contrée!

DEWORDE.

Vous la connaissez ?

GCILLAL'MIN.

Non; mais j'en ai entendu parler comme de la rivale de la Touraine.

Eh bien ! »ï vous le voulez, mon cher Guillaumin, d'ici à trois ou quatre jours, je \ous fais faire connaissance avec elle.

GVILLACMIN.

Comment cela?

BATHILDE, bas à Deuorde.

Mais taisez-vous donc, au nom du ciel!

DEWORDE.

Et pourquoi cela, madame? Guillaumincstmon ami, mon parent... ce n'est pas à lui que je ferai un mystère de votre départ et des causes qui vous font quitter Paris... d'ailleurs c'est la discrétion même, et je suis sûr qu'il n'en parlera pas même à son meilleur ami... M. Marcel.

BATHILDE, à part.

S'il s'en va, je suis perdue.

DEWORDE.

Oui, mon cher ami, la chose est encore un secret pour tout le monde... mais envers vous nous ne voulons... nous ne devons pas être si réservés... et si vous m'accompagnez en Normandie, ce sera à titre de garçon de noces.

GUILLAIMIX.

Ah! madame, j'ignorais... Comment donc, si je vous accompagnerai, cousin; mais avec le plus grand plaisir... si toutefois, cependant, madame le permet.

BATHILDE

Certainement, monsieur; mais je vous demande pardon de vous enlever M. Dcworde. Voulez-vous voir, mon cher Lucien, si tout est prêt, pendant que je vais faire une dernière apparition dans ce bal?... Au revoir en Normandie, monsieur.

GUILLACMIX.

A l'honneur, madame.

DEWORDE.

François viendra vous prévenir quand la voiture sera devant l'hôtel.

GCILLACMI>'.

Merci, j'attends.

Deworde sort.

BATHILDE

Maintenant qu'il sait tout, il faut qu'il ne rentre chez lui que quand je serai partie.

Elle rentre i!auss.i tliamLro sans ôlro aperçue.

Page 1