MARIE, GABRIELLE
GABRIELLE, timidement, de la porte.
Marie !
MARIE
C'est toi?... Comment se fait-il?...
GABRIELLE
Oui... moi, qui viens le voir, seule, en secret.
MARIE
A l'insu de ton père ?
GABRIELLE
Certaine de ne pas ôtre désavouée par lui, si j'obtiens ce que je désire... J'ai été bien tourmentée, Marie, bien mallicureuse... Ce qui s'est passé ici, il y a trois jours, le refus de mon père de me conduire à ta soirée, son embarras en me voyant chez loi, ta douleur, quelques mots qui le sont échappés, notre rupture subite... tout cela ma inspiré des pensées, des craintes que je n'osais d'abord m'avouer à moi-môme... J'ai interrogé mon p^re; j'ai été jusqu'à lui demander si... Ion avait quelque chose à le reprociicr... Oh ! pardon ! c'est bien mal, n'est-ce pas?... mais que veuxtu?... J'étais tellement troublée... je ne savais qu'imaginer... Il m'a répondu, comme j'étais bien sûre qu'il le ferait, de manière à le défendre de tout soupçon... Il a insisté môme, comme s'il cill craint que je conservasse quelqu'une de ces vi-
laines pensées... qui étaient bien loin de moi, je t'assure... Pourtant j'ai été heureuse de l'entendre, je l'avoue; le monde interprète quelquefois nos actions bien méchamment, et ses jugemens sont si sévères pour nous !
MARIE
Oui... poumons... Et crois-tu qu'il en soit de même pour les hommes?
GABRIELLE
Oh ! ma chère amie, eux, c'est bien différent... Ils n'ont point de compte à rendre, ils sont absous d'avance.
MARIE
Et on nous punit!
GABRIELLE
Oui, c'est bien différent... Les lois que la société nous impose, à nous autres jeunes personnes, n'ont pas pour eux la même rigueur... Quand elles nous blâment, elles les excusent... et puis, ce sont eux qui les ont faites!... ]Marie, me pardonnes-tu d'avoir cherché jusque dans la calomnie la cause d'une rupture... dont j'ai été profondément affligée?
MARIE
Oui, oui...
GABRIELLE
Tu me pardonnes?... Écoute : mon père m'a dit que ton frère et toi vous croyiez avoir à vous plaindre de nous; il m'a parlé d'une explication un peu vive qui aurait eu lieu... Il n a pas craint de m'avouer que les loris étaient peut-être de son côté, en ajoutant toulefois que nous ne devions plus nous voir... Mais, en me disant cela, il avait l'air si chagrin ! je l'ai trouvé si inquiet le lendemain de cette mallicureuse rupture, que j'ai
cru deviner sa pensée, et je suis venue A
son âge, on répugne à faire les premiers pas... Il ne faut pas être trop sévère... Je les fais pour lui... cela ne me coûte rien, à moi... ^larie, noire amitié nous est chère à toutes deux ; est-ce qu'elle peut se rompre ainsi?
MARIE
Gabrielle!
GABRIELLE
Oh! vois-iu, on laurail essaye en vain; je serais toujours venue en cachette... Me séparer de toi? ah! jamais! Mais celle rupture apparente meiH fait mal, au lieu qu'à présent, un seul mol dit à mon père va tout conrilier. Allons, des torts, cela s'oublie... Obtiendrai-je donc plus de ton frère que de loi.'
Mon frère!... oh! non, ne parle pas à mon frère.
MAGASIN THEATRAL
GABRIELLE
Il est donc bien irrité ?
MARIE
Tu ne réussirais pas... Gabrielle, je t'en prie...
GABRIELLE
Quand je viens moi-même demander...
MARIE
Tu ne sais pas... ça ne se peut pas.
GABRIELLE
Ohl si je le voyais!...
MARIE
Non... le voir... non, tu ne peux pas le voir.
GABRIELLE
Pourquoi?... qu'y a-t-il?... Est-ce qu'il s'est passé quelque chose que j'ignore?
SiARIE.
Oui... je... Gabrielle, tu as de l'amitié pour moi, n'est-ce pas?... Eh bien ! ce que je dis doit te suffire... ne cherche pas l'impossible... c'est impossible.
GABRIELLE
0 mon Dieu! tu me fais peur aussi... II y a donc un secret bien lenible que l'on me cache , qui nous sépare pour toujours? Tu as peur que je ne voie ton frère... Il peut donc m' apprendre...
Et'nic.!n.l sort (le sa cliamLre.