RÉMOND, MARIE
r.e'mond va s'asseoir, appuie sa tète dans ses mains, et reste
plongé dans ses réllexions. Moment de silence.
MARIE
Oh! parlez-moi, Edouard... Ne me pardonnez pas, si je ne mérite pas de pardon; accablez-moi de votre colère... mais parlez-moi.
RÉMOD.
A quoi bon? ma bouche ne pourrait prononcer que des paroles amères.
MARIE
Je vous entendrais du moins. Vous ne savez pas comme l'on souffre à voir quelqu'un qui nous aimait, froid et glacé en notre présence, comme si tout était mort pour nous dans son cœur, même la colère, même la haine... oh! c'est bien cruel, allez!... Peut-être n'êtes-vous ainsi que devant moi... J'ai cru toute la nuit vous entendre marcher, vous entendre pleurer... j'étais là, près de votre porte, je pleurais aussi... en silence, pour que vous ne me renvoyiez pas. Edouard, cette amie qui vient de sortir me quitte pour toujours... Je n'ai que vous... il faut un peu de pitié!...
RÉMOKD.
Que moi!
Il se cache la figure dans ses maios.
MARIE
Voyez-vous? ce que je dis là vous émeut... votre ame est toujours bonne, Edouard 1
EÉMO'D.
Oh! qu'elle se soit perdue ainsi!... Écoutezmoi, Marie! Moi aussi, j'ai besoin de vous parler: j'ai besoin de vous rappeler , de me rappeler à moi-même ce qui s'est passé entre nous , afin de savoir si je ne vous traite pas avec trop de sévérité, afin que, si je n'ai pas bien rempli mon devoir, vous soyez en droit de me demander plus d'indulgence. Quand mon père vous laissa toute
MARIE REMOND
jeune en mes mains, n'ai-jepas tâché, par ma tendresse, de remplacer l'amour et les soins que vous perdiez?... Ne vous ai-je pas aimée comme il vous aimait, lui?... Dites.
MARIE
Oui... oh! oui.
RÉMOND
Plus tard, quand mon travail vint nous aider, et qu'en le doublant il me fut possible de rendre votre situation plus douce, ai-je perdu une heure, un moment ? Avez-vous quelque reproche a me faire?
MARIE
Non.
BÉMOIVD.
J'ai vu une jeune personne... je l'ai aimée... elle était digne en tout de mon amour... Je la perds aujourd'hui pour toujours; c'en est fait... notre union est devenue impossible... Eh bien, au milieu de mes espérances , alors que je rêvais un avenir de bonheur pour moi, vous avais-je oubliée?... vous avais-je séparée de cet avenir ? N'étais-je pas heureux de vous créer une famille ?
MARIE
Je le sais.
RÉMOXD.
■ Oui, c'était pour vous aussi que je hâtais l'accomplissement de mes vœux : et lorsque enfin tout a été détruit, lorsque le moment est venu de vous donner mon sang, i)e vousl'ai-je pas donné, Marie ?
MABIE , sanglotant et tombant aux genoux de son frire.
Ah!
RÉMOD.
Ne m'accusez pas d'avoir abandonné trop tôt votre défense. Si j'ai quitté mon épée, sachez-le bien, c'est que je ne peux plus la tenir... Oh I vous le voyez! j'ai remjili mon devoir jusqu'au bout... vous n'avez rien a me demander.
MARIE
Non , rien ; car vous (^tes bien indulgent pour moi. Vous ne parlez que de ce que vous avez fait et vous pourriez nie dire : En échange de tant de sacrifices, vous avez i)risé mes espérances, détruit mon avenir; j'ai pris auprès de vous la jilace de notre père, et je vous maudis en son nom!... Quand il vous serait permis de me tenir ce langage, vous vous demandez à vous-même si vous avez assez fait pour moi: vous, Édouardl Oh! «'est bien noble et bien bon, ce que vous dites I
RÉUO>'D.
Marie, je ne peux plus rien pour vous.
MARIE
Eh! oserai-jc vous demander autre chose que de ne pas entendre sortir de votre bouche des reproches que vous auriez le droit de m'ndresser? Croyez-vous que cela ne passe pas mon espoir? Écoutez; je me rends justice : votre bonté est si grande quelle m'a évité tout ce qui eût été trop cruel pour moi... je la bénis; mais je devine ce qu'elle me cache et ce .qui se passe daus votre
cœur. Ma présence vous est pénible , je le sens, cela doit être... je vous l'épargnerai. Oh! je me trouve encore bien heureuse, allez ! Vous ne me rencontrerez jamais sur votre chemin; je vivrai seule, retirée, dans ma chambre... je ne viendrai vers vous que quand vous m'appellerez, quand vous voudrez de moi... et si ce moment est loin encore... s'il doit se faire attendre long-temps... eh bien ! j'attendrai.
THÉRÈSE, entrant.
Monsieur, l'homme que vous avez demandé est là.
RcmonJ se lève lenteineut et se dirige vers sa chamLre. MARIE, le suivant des yeux.
Sans un mot ! [Rémond, prêt à sortir , s' arrête ; il hésite un instant , puis il se retourne vers sa sœur, qui le regarde. Il lui tend la main.) Ah! mon frère !
Rc'mond la presse «fuelffucs inslans sur son cœur, puis il sVloigDC et rentre dans sa chambre.
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