MARIE, VALLIER
VALLIER
Votre frère est cliez lui, mademoiselle ?
MARIE
Oui... oui... mon.sicur, il sort d'ici.
VALLIER
Il vous a vue ?
MARIE
A l'instant.
VALLIER
Il \ous a parlé?
MARIE
Il me pardonne... oh! non, il ne me pardonne pas, mais il a pleure, mais il m'a embrassée, mais il m'aime encore.
VALLIER
Je le sais... dans sa douleur même, dont j'ai été témoin, sa tendresse pour vous se trahissait... oui, il vous aime... n'en doutez pas. Mais, à le voir hier si résigné, si calme, j'ai craint qu'il n'eût formé quelque projet...
MARIE
Lequel ?
VALLIER
Oh! ce n'est plus à redouter à présent, puisqu'il a consenti à vous voir. Votre frère, souffre, mademoiselle; l'aspect de ces lieux est pour lui un sii|)plice; vous le comprenex? le séjour de Taris a quelque chose de trop pénible pour tous deux... il faut vous éloigner... je viens offrir à votre frère ma maison , non loin d'ici, que vous
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habiterez seuls pendant quelque temps... Plus tard, il sera facile de trouver pour lui en province, un emploi honorable ; je m'en occuperai à mon retour.
MARIE
Vous nous quittez?
AALLIER.
Je vais à Strasbourg, chercher ma fille... elle n'a plus que moi!... Il faut que votre frère accepte... loin de ce qui peut réveiller des souvenirs douloureux , son esprit sera plus calme... le vôtre aussi... et puis il vous sera doux d'échapper aux regards du monde- Je le déciderai à partir... j'ai cru voir qu'il le souhaitait hier.
Ohl oui, il doit le désirer autant que moi
Vous pensez à tout, et pour nous... toujours... merci, monsieur, merci... vous êtes l'ange lutélaire de notre famille... Edouard !
Elle entre dans la cbamhrede son frère. VALLIER, la regardant sortir.
Elle avait toutes les qualités qui pouvaient rendre un homme heureux! ah! si je l'avais rencontrée!... Ma fille me reste au moins pour me consoler.
MARIE, rentrant.
Mon frère n'est pas chez lui... c'est singulier... je croyais... [Elle sonne. A Thérèse, qui entre.) Est-ce que mon frère est sorti?
THÉRÈSE
Oui, mademoiselle : voici un mot que le concierge vient de monter à l'instant, et que monsieur lui a remis.
Elle donne le papier et sort.
MARIE
Pour moi ?
VALLIER
Sorti!...
MARIE
Oui... il m'écrit... Pourquoi?... quelques mots au crayon. {Elle lit.) «Je vous quitte, Marie... » Je pars... vous aviez raison, je ne peux plus » vous voir sans que mon cœur se brise... je sens » que cela est au-dessus de mes forces... je vous » laisse le peu que nous avons... Pardonnez-moi... » et adieu. »
VALLIER, à bd-mcme.
Pauvre enfant !
MARIE , atterrée.
Adieu !
VALLIER, avec intérêt.
Mademoiselle...
MARIE
Tout-à-l'heure... quand il m'embrassait... ce n'était pas un pardon, mais un adieu.
VALLIER, la soutenanl dans ses bras.
Mademoiselle, c'est affreux de vous demander
du courage.
MARIE, d'tmc voix éteinte.
Je n'en ai plus... je n'ai plus de force... plus de larmes... rien... Parti... ahl
Elle toml)C sur un fauteuil.
VALLIER , après im silence.
Le poids de son désespoir l'écrase. Seule au inonde à présent! sans secours, sans défense!...
était-ce ainsi qu'elle devait finir?... Marie, c'est une douloureuse épreuve que le ciel vous impose; mais il ne vous a pas condamnée.
MARIE
Plus rien que l'isolement!
VALLIER
Oui; et l'isolement le plus complet, la solitude la plus profonde, ce serait votre sauve-garde , Marie ; mais quand tout vous abandonne, est-ce que je peux vous abandonner aussi, moi qui vous connais, moi qui sais tout ce que vous méritez de respect et d'estime? Non ; tant que vous avez eu auprès de vous un frère pour vous consoler et vous défendre, j'ai gardé le silence que ma position m'imposait; mais vous êtes seule, il vous faut un appui, vous n'avez que le mien, et je vous l'offre. Je suis libre, Marie.
MARIE
Monsieur...
VALLIER
Je suis libre, et mon nom...
MARIE
N'achevez pas, monsieur : je vous comprends, je vous remercie... C'est une grande consolation pour moi; mais il est des devoirs qui me sont imposés, je les accepte avec résignation.
VALLIER
Vous refusez?... oh! mais alors qui vous protégera? qui vous sauvera?