SCENE IX
LE DUC, LE MARQUIS, entrant par le fond.
LE MARQUIS
Les portes sont closes, monseigneur... elle est votre prisonnière... De grâce, calmez-vous... une telle agitation vous sera funeste.
LE DUC
Est-ce qu'il est possible d'être calme quand on voit mourir sa dernière espérance de bonheur... quand la jalousie vous dévore?
Je vous débarrasserai de celui qu'elle vous préfère.
LE DUC
Nous ne connaissons pas son nom.
LE MARQUIS
Je le découvrirai. Mais calmez-vous! au nom du ciel! ne songez plus u cela.
LE DUC
N'y plus songer!
LE MARQUIS
Jéronimo Balbi a dit que les émotions violeoles empêcheraient votre guérison.
LE DUC
C'est vrai. Mon Dieu, la fatalité me poursuivra donc toujours?
LE MARQUIS
Il faut vous distraire.
LE DUC
Rien ne pourra me distraire maintenant.
LE MARQUIS
Votre bouffon a de l'esprit, il vous égaiera. Je vais l'appeler.
LE DUC
Appelez-le.
Justement le voici.
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SCEjNE X.
Les Mêmes, RIGOBERT, entrant par le fond.
RIGOBERT, tout bouleversé, à part.
Flora enlevée!... oh! elle est ici... c'était bien sa voix qui avait frappé mon oreille.
LE MARQUIS, bas à Rirjobert.
Tu sais ce que je t'ai promis : je vais te tenit parole. (Haut.) Son altesse est souffrante; elle a besoin de distraction ; fais-la rire.
RIGOBERT, trop absorbé pour l'avoir entendu , poîirsuil son soliloque.
Mais sa voix n'était pas émue, elle ne criait pas au secours... Flora serait-elle coupable? LEDUC, à part, avec rage.
Oh ! si je connaissais le misérable...
LE MARQUIS
Tu ne m'as donc pas entendu, bouffon?
RIGOBERT
Plaît-il?
LE JIARQUIS.
Je t'ai ordonné de faire rire son altesse.
RIGOBERT
Rire! il s'agit bien de cela, vraiment!... vous croyez que je suis en train d'être comique... je tourne au drame, au contraire. La tempête est dans mon cœur, l'enfer dans ma cervelle. Adressez-vous à un autre, ou rendez-la-moi.
Que signifie cette boutade? elle n'est qu'irrévérente, incompréhensible... Qu'en pense votre altesse?
LE DCC, avec impatience.
Est-ce que je l'ai écoulé?... il m'ennuie.
LE MARQUIS
Faut-il le renvoyer à la potence?
LE DUC
Que m'importe!. ..Non, arrêtez... [ÀlUgobert.) Tu es de Chamcillan?
RIGOBERT
Oui, monseigneur.
■ LE DUC
Alors tu dois connaître Flora...
RIGOBERT
Flora Gontard... nous y voilà!
LE DUC
Tu la connais?
RIGOBERT
Oui. C'est donc vous qui l'avez enlevée?
LE DUC
Qui t'a appris?...
RIGOBERT
Son père. Oh ! il ignore que vous êtes le ravis-
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seur de sa fille; mais moi je le devine, parce que vous me parlez d'elle. Flora est bien (ièrc, bien heureuse, n'est-ce pas, d'être la maîtresse d'un prince?
LE DUC
Non, elle m'a repoussé.
RIGOBERT
Oh! tant mieux!
LE DUC
Comment! tant mieux!
RIGOBERT
Je voulais dire tant pire; ma langue a tourné.
LE DLC.
Sais-tu qui elle aime, qui elle me préfère? Oh ! dis-moi son nom, car je veux me venger.
RIGOBERT, à part.
Merci, je vais te le nommer tout de suit«, attends ! {Haut.) J'ignore absolument.
LE DUC, avec rage.
O malheur!
LE MARQUIS
Modérez-vous, mon prince. Je me suis chargé devons débarrasser de votre rival; fiez-vous à moi. .. je le découvrirai, fùt-il au bout du monde, et il mourra.
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