‹ ThéâtreChapitre 259 sur 971 · ACHILLE, FANNY, UN DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

ACHILLE, FANNY, UN DOMESTIQUE

Salon ouvert sur un parc. Perles i droite et a gauclio* . Tal)le à droite, clieniinée i gauclic. Fanny, assise, fail de la tapisserie près de la table.

ACHILLE, oitraut par le fond et douuant son cha- ])rau à un (lovic.sli(iue ri .s'itdrfu.umt à lui. Le dîner n'est pas servi ?

LE DOHESnOlE.

Non, monsieur le vicomte; monsieur voire père

• Les mois droite cl gauche sont pris comme droite d g.iuilw du specl.ilcnr.

\ est encore enfermé dans son cabinet avec M. Fabius.

ACHILLE

Bonjour, ma belle cousine. {Il va à la cheminée, lorgne l'heure, et se rcijarde en arramjennl sa cravate. ) Il est cependant six heures pnssies. [lireviem p>ès de Fam,,,, et s'appui,- sur /<• dos de son fanicuit. ) Dites-moi donc, ma chère Fanny, que diable mon père fail-il ainsi enfermé tous les jours pondant six heures avec ce grand imbécile de Fabius ?

MAGASIN THEATRAL

FAINNT.

Demandcz-Ic à mon oncle, ou à M. Fabius, ils vous le diront peut-être.

ACUILLE.

C'est re que j'ai fait; mais mon père m'a répondu d'une façon peu engageante, que cela ne me regardait pas, et ce sot de Fabius m'a dit avec son grand air niais que ce n'était pas son secret.

FANNT.

Il est certain qu'il eût mieux fait de vous répondre comme a fait votre père, vous ne l'eussiez pas trouvé si niais.

ACHILLE

Niais toujours, et, en ce cas, impertinent, voilà tout. Cependant il y a un secret entre eux : un secret entre le comte de Matta, ex-sénateur de l'empire, et M. Fabius, ex-maître d'école au village de Bourgoing ; cela me semble devoir être curieux à pénétrer.

FANNY

Et c'est à moi que votre perspicacité s'adresse pour découvrir quelque chose ?

ACHILLE, minaudanl.

A vous, ma chère Fanny, ma belle cousine, mon adorable fiancée.

FANNV.

Mon oncle ne me confie point ses affaires. ACHILLE, quillant le fauteuil.

Je le sais, la confiance n'est ni le vice ni la vertu de mon père ; c'est pour cela que je suis toujours en admiration devant celle qu'il paraît témoigner à ce rustre.

FANNY, se levant avec vivacité.

Achille, ne pourriez-vous parler de ce jeune homme sans l'injuriera chaque mot? Ce n'est pas un élégant, il ne met pas sa cravate aussi bien que vous , et ne fait pas venir ses habits de Paris. On peut se moquer de lui impunément, souvent sans qu'il s'en aperçoive, quelquefois sans qu'il ose répondre ; car il est pauvre, et on le punirait peut-être de s'estimer ce qu'il vaut; mais c'est un honnête homme, mon oncle vous l'a dit assez souvent pour que vous vous en souveniez : et vous savez que cette manière de parler de M. Fabius lui déplaît beaucoup.

ACHILLE

Et à vous aussi, sans doute.

FANNY

A moi plus qu'à mon oncle, peut-être; car toutes ces injures que vous dites de 31. Fabius sont dans votre bouche autant de grossièretés pour moi.

ACHILLE

Pour vous, Fanny? en vérité, je ne vous comprends pas.

FANNY

Eh bien! je vais tâcher de vous faire comprendre, mon beau cousin. Mon oncle, M. le comte de Matta, éloigné de Paris par le retour des Bourbons, est venu se conlincr dans ce château , au fond du Dauphiné, à quelques lieues de Grenoble.

ACHILLE

Je comprends parfaitement.

FANNY

Il m'a fait quitter mon pensionnat, m'a emmenée avec lui, et m'a déclaré, en arrivant ici, que dans trois mois notre mariage aurait lieu.

ACHILLE

Ceci est encore très-clair, et vous pourriez ajouter qu'il y a déjà deux mois de passés depuis notre arrivée dans ce château, et que le délai fatal approche.

FANNY

Fatal est bien dit, et je n'aurais pas mieux trouvé.

ACHILLE

Plaît-il?

FANNY

En effet, quelle a été votre conduite à mon égard depuis ces deux mois ? Dans les premiers jours vous avez été fort assidu , c'est très-bien ; nos amusemens n'étaient pas variés, c'est vrai, puisque mon oncle ne veut recevoir personne ; mais enfin nous étions deux à nous ennuyer , et il y avait au moins de la politesse de votre part à partager la solitude où je vis. Mais depuis six semaines, depuis l'époque où M. Fabius est entré chez mon oncle comme secrétaire, qu'êtes vouî devenu ?

ACHILLE, avec faillite.

Vous vous êtes aperçue de mon absence?

FANNY

Il eût été difficile de faire autrement, vous sortez tous les matins, et vous ne rentrez au château que le soir.

ACHILLE, à part.

On me désire, à ce qu'il parait.

FANNY

Il en résulte que je passe mes journées toute seule.

ACHILLE

Vous oubliez, charmante cousine, que durant les deux heures que mon père consacre tous les jours au détail de ses affaires, il veut bien vous laisser la compagnie de son cher M. Fabius.

FANNY

Sans doute, mon cher cousin; et comme vous me laissez dans cette compagnie, je dois vous être fort reconnaissante de l'estime que vous faites de moi, puisque vous jugez que je dois me contenter de la compagnie d'un niais, d'un sot, d'un rustre, comme il vous plaît d'appeler M. Fabius. Je pense que vous comprenez maintenant ce que je voulais dire tout-à-l'heure.

ACHILLE

A merveille. Du dépit, des épigrammes! Je ne vous croyais pas jalouse, ma cousine.

FANNY

Jalouse, moi? si vous devez traduire ainsi mes sentimens, je renonce à me plaindre de votre impolitesse.

ACHILLE

Vous voulez dire de mon abandon?

l.K FILS DE LA FOLLE.

FANNV, relouniant à la table.

Je dis ce que je dis, ni plus ni moins.

AcniLLB, à part.

Pauvre Fanny!... ah! si elle^savait!... j'ai tort, je le sens; mais cette Célestine est si ravissante. Il ^e retourne.) Ah ! voici mon père avec M. Fabius. {Lorgnant Fabius.) Qui pourrait s'imaginer (}ue ce grand lourdaud est le frère de la plus agaçante fille de France et de Navarre, comme on dit maintenant?

FANNV, a part, en reprenant sa place.

Je voudrais pourtant l'aimer, car enfin il doit /^tre mon mari ; mais j'aurai bien de la peine.

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