GRA>D-I.OUIS
Oui, j'en ai... Si ce n'est pas une infamie! ne vouloir prendre les petits écus que pour cinquante-cinq sous!
FABIUS
Qui ça?
GRAND-LOUIS
Eh! pardi! M. de Matta... Mais à quoi est-ce que ça nous a donc servi la chute de l'usurpateur et le retour des Bourbons, si c'est comme avant? Cinquante-cinq sous, des écus de trois livres !... On voit bien que ce comte de Matta est un vieux jacobin I
FABIUS
M. le comte, un jacobin !
GRAND-LOUIS
Eh ! oui ; est-ce que vous croyez qu'on ne le connaît pas?... J'étais à Lyon, quand il commandait avec Fouché et Couthon; et il en a fait des horreurs, le vieux juif!... Dans ce temps-là, Bonaparte ne lui avait pas encore donné le sobriquet de comte de Matta, et il trouvait que les assignats valaient de l'or; et aujourd'hui, il prétend que les petits écus n'oBt pas le poids... Buveur de sang!
FABIUS
Faites attention qu'on peut vous entendre.
GRAND-LOUIS
Eh! je m'en soucie bien!... Et je le répéterai tant qu'il me plaira, devant lui, s'il le faut.
FABIUS
Mais pas devant moi.
GRAND-LOUIS
Bah!... Prenez garde d'écorcher les oreilles de monsieur!
FABIUS
Continuez donc à votre aise; car je n'ai pas ici ledroitde vous imposer silence, et je ne veux pas être témoin des outrages que vous adressez à un homme que je dois considérer comme mon bienfaiteur.
Fabius va pour sortir.
GRAND-LOUIS, le Suivant.
Votre bienfaiteur!... Mille excuses; je ne savais pas... Le père vous fait du bien, et le fils en veut faire à votre »œur ; vous ferez une jolie for-
tune, monsieur Fabius, et je vous en fais mon compliment.
FABIUS, s'arréianl et à part.
Son fils veut du bien à ma sœur!... (A Grand- Louis.) Qu'est-ce que vous avez dit là?
GRAND-LOUIS
Ce que tout le monde dit. ce que vous venez de dire vous-même... D'abord, que M. de Matta est votre bienfaiteur.
FABIUS
Il ne s'agit pas de moi; vous avez parié de ma sœur. "^
GRAND-LOUIS
Eh bien! est-ce qu'on ne peut plus parler de M"e Célestine Fabius ?
FABIUS, doucement.
D'elle, comme de toute autre ; mais vous avez dit...
GRAND-LOUIS
J'ai dit, et je dis encore, que c'est un beau ûnn de fille, mais qui se croit plus qu'elle n'est. FABIUS , s'animanl sourdement.
C'est possible; mais vous prétendez...
GRAND-LOUIS
Je prétends que pour une ouvrière qui a été élevée au couvent par charité, elle ne devait pas tant faire la fiére vis-à-vis d'un honnête homme qui lui offrait son bien en mariage.
FABIUS
Elle a eu tort de vous refuser; mais vous avez voulu me faire entendre...
GRAND-LOUIS
J'ai voulu vous faire entendre que lorsqu'on laisse prendre aux filles des airs au-dessus de leur état, il arrive des malheurs ; et que, si, au lieu de vous laisser mener par elle comme un bambin, vous lui aviez fait de temps en temps de la bonne morale, elle ne serait pasoîi elle en est.
FABIUS
Mais où en est-elle, enfin?
GRAND-LOniS.
Ah! pour ça, M. Achille peut vous le dire mieux que moi.
FABIUS , étonné.
M. Achille!... Il connaît donc ma sœur ?
GRAND-LOUIS
Eh ! il n'y a pas besoin d'ouvrir les yeux si grands que ça pour le voir entrer tous les jours dans votre maison.
FABIUS
Tous les jours?
GRAND-LOUIS
Oui.
FABIUS
Mais à quelle heure ?
GRAND-LOUIS
Eh ! vous devez bien le savoir ; car, s'il y en a qui disent qu'il choisit pour aller chez vous l'heure où vous venez au château, il y en a aussi qui prétendent que vous prenez pour sortir l'heure où vous savez qu'il va arriver.
LE FILS DE LA FOLLE
FABICS, avec une colère sourde. 1
Et qui est-ce qui dit ça, Grand-Louis?
GRAND-LOUIS
Ceux qui, en vous voyant si faraud, vous qui n'étiez qu'un méchant maître d'école, il y a deux mois, pensent que le frère profite de l'inconduite de la sœur.
FABIUS, s'approchant de Grand-Louis.
Et qui est-ce qui pense ça, Grand-Louis?
GRAND-LOUIS
Moi, et d'autres.
FABIUS, arec éclat, le prenanià la gorrje. Eh bien ! toi d'abord ; nous verrons les autres ensuite-
GRAND-LOUIS
Veux-tu bien ne pas me toucher?... Qu'est-ce que c'est?
FABIUS
Tu vas venir devant ma sœur répéter ce que tu as osé me dire ici... et malheur à toi, si tu l'as calomniée 1
5 11 le laisse.
I GRAND-LOUIS
Et qu'est-ce que tu me feras, monsieur Fabius?
Tuas été soldat?
GRAND- LOUIS
est-à-dire, j'ai été conscrit, et malgré moi.
FABIUS
Tu me rendras raison i
GRAND-LOUIS
Raison!... moi, à vous, à un méchant bâtard qui vient d'on ne sait où... le fils d'une vieille folle !
FABIUS
Tu insultes ma mère !
ï GRAND-LOUIS.
^ Le frère d'une...
FABIUS, le prenant et le terrassant à sa yauche. Ah ! misérable! tais-toi 1
GRAND-LOUIS
Au secours! au secours!
FABIUS
Tais-loi !
GRAND-LOUIS
Au secours!... il m'étrangle, le gueux!... au secours !