SCENE PREMIERE
ACHILLE, derrière la porte à droite, CÉLES- TINE, LA FOLLE , assise, et dans une vive agitation.
Achille se montre derrière la porte de la chamhre. CÉLESTINE.
Cachez-vous donc, ma mère va vous voir.
ACHILLE
Tâchez de la renvoyer dans sa chambre.
CÉLESTINE
Si vous croyez que c'est facile dans l'état où elle est...
LA FOLLE, se levant brusquement.
Quelle heure est-il 7
CÉLESTINE
Dix heures, ma mère.
LA FOLLE
Dix heures... et Fabius n'est pas rentré!... il veut me tuer, le misérable!... il a laissé passer l'heure.
CÉLESTINE
Mais il va revenir sans doute; à quoi bon vous tourmenter comme ça?
Vous le savez cependant, mademoiselle, une fois l'heure passée, il n'y a plus d'espoir. Quand on attend au lendemain, on meurt. Toutle monde sait cela.
ACHILLE, caché.
Elle a raison, la folle, il ne faut pas attendre au lendemain.
LA FOLLE, poussant la porte qu'elle voit remuer.
Fermez donc cette porte, il ne faut pas exciter la curiosité des domestiques... ces misérables ne demandent pas mieux que de vous dénoiicer, et alors, alors on chante la chanson de mort...
CÉLESTINE
Allons, la voilà partie !
LA FOLLE, chantant.
Ah! ça ira, ça ira, ça ira, les...
CÉLESTINE
Taisez-vous donc, ma mère; si l'on vous entendait...
LA FOLLE, plus doUCCVlcnl.
Ah! ça ira, ça ira, ça ira...
CÉLESTINE
Taisez-vous donc !
LA FOLLE, dont la voix s'iteint par degn's.
Ah! ça ira, ça ira, ça ira .. je ne me souviens plus. ( Vivement.) Mais vous, Célesline, vous devez vous rappeler... avant ce jour-là.
CELESTINE.
Mais avant quel jour?...
Eh bien, avant... vous ne comprenez pas?. Autrefois... où étions-nous?... mais répondez-^ moi donc... vous me regardez comme si j'étais] folle.
ACHILLE, cachê.
Elle ne peut guère la regarder autrement.
CÉLESTINE, à part.
C'est fini maintenant; elle en a pour toute la nuit. Allons, il faut entrer dans ses idées ; je parviendrai peut-être à l'éloigner un moment. {A sa mère, doucement, en la suivant pendant que celleci s'agite.) Tenez, ma mère, vous devriez aller audevant de Fabius... vous savez, il arrive toujours par le petit bois ; vous l'y trouverez. LA FOLLE , marchant toujours dans une vive agitation.
Non, non, il n'y est pas... il est chez quelque chanteuse de l'Opéra avec des poètes, des musiciens, des philosophes. Et voilà comment la noblesse se perd, en se mêlant à tout ce monde de rien, et Fabius fait comme les autres!...
CÉLESTINE
Eh bien, il faudrait aller le chercher; il vous obéirait, à vous.
LA FOLLE
Je vous dis que non ; il n'a pas le cœur d'un gentilhomme, il ne porte pas l'épée. ..(afec dédain) ton vicomte de Matta non plus, il ne porte pas l'épée. Petite noblesse, noblesse dérobe et de parlement!
CÉLESTINE
Sans doute, et Fabius est bien coupable.
LA FOLLE, avec Colère.
Ce sont les parlemens qui sont les plus coupables; ce sont eux qui ont semé l'esprit de révolte dans le peuple; ils perdront la monarchie... et Fabius ne voit que ces gens-là.
CÉLESTINE
Certainement, ma mère, et il se sera arrêté dans quelque cabaret à boire avec eux.
LA FOLLE
Tant mieux s'il apporte du vin ; dites qu'on le donne au sommelier. (// sonne une demie.) Ah! c'est bien.
Elle va vers la cliamhre où est Achille. CÉLESTINE, voulant l'arrêier.
Où allez-vous donc par là, ma mère?
LA FOLLE
Est-ce que vous n'avez pas entendu l'heure?
LE FILS DE LA FOLLE
il faut que je sois au coucher de la reine... {Elle ouvre la porte et voit Achille) Huissier, annoncezmoi, je suis présentée.
ACHILLE
Plaît-il? que dit-elle?
LA FOLLE
Je suis présentée, j'ai droit d'être annoncée.
Soit! {Il se raïuje de côte et clcve la voix comme vour annoncer.) M"' la comtesse deFabius!
LA FOLLE, se reculant et allant vers sa lillc.
Insolent', comtesse! il m'appelle comtesse!... tout est perdu, vois-tu; on méconnaît les titres.. c'est fini, ohl oui, oui, (c'ncc«n«.«e. a /i//|;.l faut fuir, il faut émigrer; viens, viens, viens .
CÉLESTINE
Mais, ma mère...
LA FOLLE
Ah! ça ira, ça ira. i
Elle ioil cil ciununl.
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