‹ ThéâtreChapitre 29 sur 971 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DIANE, M'"*^ DEKERMIC, MARTIAL, euliani

par la porte de dtoile.

jime DE kERMIC.

Martial, il est tard, il faut aller te reposer... n'oublie pas que lu pars demain matin à quatre heures.

MARTIAL

C'est parce que je ne l'oublie pas que je reste. Songez donc que je n'ai plus que quelques heures à passer au château... et si vous étiez bien bonne, grand'mère , je veillerais avec vous et Diane jusqu'à l'heure de mon départ.

M""' DE KERMIC.

Passer une nuit quand tu as près de cent lieues à faire... à ton âge, faible comme tu es; je n'y consentirai pas.

MARTIAL

C'est ça... mon âge. .. faible comme je suis ; on n'a jamais d'autre raison à m'opposer.... quand je veux faire comme tout le monde, monter à cheval ou aller à la chasse... Passer une nuit... voilà quelque chose de bien extraordinaire... j'ea ai passé plus d'une au bal.

DIANE

Au bal! toi! et qu'y fais-tu?

MARTIAL

Ce que j'y ai fait... toute la nuit j'ai dansé avec les plus jolies femmes... c'est si charmant une femme qui vous regarde doucement en dansant... Oh I jetais amoureux de toutes.

DlA?iE.

Amoureux 1... toi ? ce doit être drôle!,

MARTIAL

Oui, moi... et puis, il fallait voir à souper !... j'ai bu du Champagne avec des gaillards!... j'ea ai bu... j'en ai bu. . enfin, je me suis amusé comme un homme doit s'amuser.

M"'« DE KERMIC.

Et comme on ne s'amuse pas ici. "^

MARTIAL

Ça, c'est vrai.

DIANE

Et comme tu retournes à Paris, il faut être bien sage ici pour pouvoir aller encore au bal et danser avec les jolies femmes.

Pendant ce temps on entend le vent siffler. M^'ile Kermic s'approche d'une fcnêlre et e'coute.

• Diane, Marlial, M>»e de Kcrmic.

DIAîHE DE CHIVRI.

MARTIAL

Dont pas une n'est si jolie que toi.

DIANE

Tu voudrais me le persuader.

MARTIAL

Parce que c'est la vérité.

DIANE

Parce que tu es un flatteur, Martial; [bas ) mais M faut obéir à notre bonne mère et aller te coucher.

MARTIAL

Je ne te reverrai donc plus, car je pars demain matin à quatre heures.

Orage progressif.

DIANE

Je serai levée pour te dire adieu.

MARTIAL

Te lever avant le jour?

DIANE

Est-ce que j'ai besoin de l'attendre? est-ce que le jour commence pour moi ?

Elle va s'asseoir, jinie DE KERMIC, écoutant l'orage.

Quel temps ! quel temps !

MARTIAL

Temps affreux pendant lequel je jure bien qu'il me sera impossible de dormir. ^ // prend un siège.) Ainsi, si vous voulez bien le permettre, je vais m'asseoir là.

M™« DE KERMIC.

Il me semble , Martial , que je vous avais prié de vous retirer.

MARTIAL

Mais, ma mère...

M""-" DE KERMIC, Sévèrement.

Maintenant, je vous lordonne^ rentrez dans votre chambre.

MARTIAL-

Mais, ma mère, c'est m'envoyer au lit comme un enfant.

M"» DE KERMIC.

11 faut bien vous traiter comme* un enfant, puisque vous n'avez pas encore assez de bon sens pour comprendre, sans qu'on vous le dise formellement, que votre présence est de trop.

MARTIAL

Mais qu'avez-vous donc à dire de si secret?

M""' DE KERMIC, sévùrcment.

Mon fils...

Ah! ma mère, pardonnez-lui. ( A Martial. ) Allons, Martial, va, je t'en prie.

MARTIAL

Oui, je m'en vais. ( A part.) Elle me le paiera. ( Haut avec affectation.) Je vais me coucher... au fait, je me sens fatigue et je dormirai très-bien , pourvu que je ne rêve pas brigands ou Léonard Asthon.'

M""! DE KERMIC

Léonard Asthon!... que voulez-vous dire?

' Di.iiie, M"" lie Kfvmii-, M.irli^tl.

DIANE

Ah! Martial, ce n'est pas bien.

MARTIAL

Vous savez, grand'mère, quand on entend toujours parler d'une chose, malgré soi, on en rêve ; et comme le beau Léonard Asthon est le sujet ordinaire de l'admiration du château...

M"'« DE KERMIC.

Il serait heureux pour vous de lui ressembler.

MARTIAL

C'est vrai... j'aurais cinq pieds six pouces, des pistolets à ma ceinture comme un chef de bandits, un grand sabre, une cocarde blanche, des airs de matamore, de grosses moustaches. 5]me DE KERMIC, vivement.

Je ne puis vous dire si le portrait est ressemblant, car je n'ai jamais vu M. Asthon ; mais ce que vous auriez certainement, Martial, c'est un noble cœur, une fidélité à toute épreuve pour le malheur; ce que vous auriez surtout, c'est le respect pour la vieillesse, qui vous manque.

MARTIAL

Oh! grand'mère... moi, vous avoir manqué de respect... je ne l'ai pas voulu... vous ne le pouvez croire.

M'^e DE KERMIC.

Vous étiez cependant sur de me faire de la peine en parlant si légèrement d'un homme que vous savez que j'estime.

MARTIAL

Et dont je suis jaloux, car vous l'aimez mieux que moi, mieux que mon père, que mes frères... c'est votre héros... c'est celui de Diane... vous semblez nous blâmer tous en le vantant sans cesse.

DIANE , voulant imposer silence à Martial.

Martial !... Martial!...

M""^ DE KERMIC , doucemeut.

Écoute, mon enfant, et apprends de bonne heure à être indulgent. — Je ne me fais pas le juge de la conduite de ton père et de tes frères... l'honneur est partout où la conscience nous mène. Bien que persécuté par la révolution , ton père en a adopté depuis long-temps les principes, et je ne me suis pas étonnée de le voir appuyer leur triomphe lors de la révolution de 1830. Je respecte ses motifs, et je les crois raisonnables; mais moi qui ne suis qu'une femme, je raisonne moins que je ne sens; moi, qui suis vieille, je me souviens peut-être plus que je n'espère; toute ma vie est dans le passé, comme la tienne et celle de les frères est dans l'avenir. Eh bien ! ce passé, je le pleure... jelainie, et lorsque je vois un homme connue Léonard Astiion , un homme d un nom sans tache, d'une conduite irrrproriiable . d'uir courage héroïque, sarrilicr loulos les espérance? ambitieuses de sa vie à la défense d'une cause (jui est la mienne, d'une cause dont il ne désespère pas, lorsque tout le munde la croit perdue, tu dois comprendre que je garde une noble place à cet homme dans mon estime et mon admiration „

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tu dois comprendre que ce soit mon héros, comme tu l'appelles !

MARTIAL

Oh! pardon, ma mère, pardon... ne m'en veuillez pas de mon étourderie. Je me retire... car je crois que si je restais plus long-temps , vous me feriez aimer ce Léonard Asthon. (Gaiement à Diane.) Toi, qui restes, prends garde à toi, tu en es déjà presque amoureuse sans le connaître.

DIANE, se levant.

Tais-toi; est-ce que je puis aimer, moi?

M"'e DE KERMIC.

Tu entreras dans ma chambre avant ton départ.

MARTIAL

Je n'y manquerai pas... A demain.

Il sort après avoir embrassé Diane.

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