SCENE lY
DIANE, M-e DE KERMIC.
Pendant que Diane reconduit son frère au fond, à droite de l'acteur, Forage redouLle, et l'on entend le vent elle tonnerre.
DIANE
Il fait un temps affreux, en effet.
M"'« DE KERMIC
Et penser que peut-être en ce moment nos amis, ceux qui sont dévoués à la bonne cause, errent sans asile, traqués et poursuivis dans les bois, menacés de mort.
DIANE
Il faut espérer que les plus compromis auront trouvé moyen de quitter la France.
M"""" DE KERMIC.
Ce ne sont pas toujours les plus compromis qui senties plus prompts à se mettre à l'abri... ainsi j'ai appris certainement que Léonard Asthon... DIANE, vivement.
Léonard Asthon ! eh bien !
M™*^ DE KERMIC.
Eh bien, il a refusé de quitter la France, malgré les instances de nos amis de Nantes, qui lui avaient assuré un passage sur un navire anglais.
DIANE
Mais n'est-ce pas plus que du courage, et n'y a-t-il pas plus que de l'imprudence à agir ainsi?
jime DE KERMIC
Noble imprudence du moins, qui refuse son salut tant qu'il y a des malheureux en danger.
Que voulez-vous dire? Votre inquiétude depuis ce matin... le soin que vous venez de prendre d'éloigner mon frère... Ma mère, ma bonne mère... craindriez-vous pour quelqu'un de vos amis ? mmc DE KERMIC, après avoir regardé autour d'elle.
Nous sonmies seules... mets-toi là. [Elles «'aiseoieiityM"^^ de Kermic sur un fauteuil, Diane sur un tabouret à ses pieds *.) Écoute-nioi, Diane... tu sais, Valérien...
* M"" de Kermic, Diane.
m ANE.
Ce nouveau garde-chasse que vous avez depuis plusieurs jours ?
M'"^ DE KERxMIC
Oui, celui qui sort de chez ce misérable vicomte de Furières.
DIANE
Eh bien, ma mère, ce Valérien ?
M™'' DE KERMIC
Ce matin, en faisant sa tournée dans le bois qui entoure le parc, il a rencontré au plus épais du taillis un homme qui en l'apercevant s'est mis en état de défense.
DIANE
Quelque malfaiteur, sans doute.
M""*^ DE KERMIC
Non, mon enfant, un homme d'une noble tournure, d'un beau visage, ctdout les vêteniens, quoique souillés par la boue et la pluie, annoncent un homme distingué.
DIANE
Un proscrit peut-être.
Bjme DE KERMIC.
Je dois le croire ; car, d'après ce qu'il m'a raconté, Valérien l'a abordé en lui disant : « Ne craignez rien, monsieur... Je suis garde-chasse pour surveiller les braconniers ; mais je ne suis pas gendarme pour arrêter les voleurs ou les chouans. »
DIANE
C'est bien delà part deValérien... et cet homme?
M™<^ DE KERMIC
Il paraît qu'à ce mot de chouan cet homme a tressailli en regardant autour de lui... Puis, il s'est approché à son tour de Valérien, et lui a dit tout bas : « N'ètes-vous pas au service de M™* de Kermic? — Oui, monsieur, lui a répondu Valérien. — En ce cas , dites-lui...» Cet homme s'est arrêté tout-à-coup ; puis il a repris : « Non, ce serait la compromettre... Sa générosité ne lui permettrait pas de me refuser un asile... Ne lui dites rien de cette rencontre ; » et aussitôt il s'est éloigné.
DIANE
Et quand Valérien vous a-t-il raconté cela?
M™«= DE KERMIC
Moins d'une heure après la rencontre.
Il ne soupçonne pas quel peut être ce malheureux?
M™e DE KERMIC
Au portrait qu'il m'en a fait, à l'air de distinction et de commandement qu'il m'a dit que cet inconnu porte en lui, j'ai cru reconnaître que ce devait être...
DIANE
Qui donc?
M"" DE KERMIC.
M. Léonard Asthon lui-même.
DIANE
Léonard Asthon... le chef des Vendéens... réduit à ce misérable état !
DIAISE DE CHIVRl.
MO'f DE KEBHIC.
Que ce soit lui ou un autre... c'est toujours un homme qui souffre pour une cause qui est la nôtre... Il a droit à un asile chez moi, et je le lui donnerai.
DIA>E
Mais comment le lui donner, puisqu'il s'est éloigné... sans vouloir le demander?
M"« DE KERHIC.
Et c'est cette noble conduite qui m'a dicté la mienne... J'ai chargé Valérien de chercher cet inconnu, de le retrouver, et de lui dire que ce serait me faire injure que de refuser mon hospitalité.