‹ ThéâtreChapitre 292 sur 971 · FABR'S · texte numérisé non relu

FABR'S

Ah I je vous jure que je l'ignorais.

ACHILLE

Vous l'ignoriez , je vcu\ le croire; mais maintenant que vous le savez, daignez me répondre : que feriez-vous à ma place ?

FABIUS

A votre place, monsieur? à votre place... je voudrais a tout prix imposer silence à ces affreux ressenliriicns; à votre place, monsieur, je me dévouerais à sauver l'honneur de mon père, l'honneur du nom que je dois porter.

ACHILLE

J'étais sfir que vous me comprendriez; et je n'ai pas besoin de vous demander ce que vous feriez pour cela.

Pour cela, monsieur, je ne sacrifierais pas seulement ma vie ; j'humilierais mon orgueil; j'oublierais une menace échappée à un premier transport de douleur, et j'irais implorer celte mère irritée , et je lui demanderais a genoux de ne pas flétrir le nom que je viens offrir à sa fille.

ACIIII.LE.

Sans doute, monsieur, si la marquise d'Esgrigny et sa fille étaient seules en ce monde, je ferais ce que vous dites , car rien ne doit coûter à un fils pour sauver l'honneur de son père !

FABIUS

Ah ! vous sentez cela , monsieur, n'est-ce pas ?

ACHILLE

Mais ce qui eût été convenable en face de deux

femmes abandonnées deviendrait une lâcheté quand il y a un homme qui les protège.

FABIUS

Que voulez-vous dire?

ACHILLE

Qu'après le refus de votre mère, ce n'est plus une affaire entre elle et mon père, mais une affaire entre nous.

FABIUS

Une affaire entre nous ?

ACHILLE

Elle aura un autre motif que celui de l'explication que vous êtes venu me demander hier en mon absence; voilà tout.

FABIUS, avec force.

Mais savez-vous que c'est un duel que j'allais vous proposer ?

ACHILLE

C'est pour cela qu'il vous sera facile de l'accepter.

FABIUS

L'accepter... moi ! de vous? c'est impossible.

ACHILLE

Mais vous le demandiez hier.

FABIUS

Et je le repousse aujourd'hui.

ACHILLE, avec dédain.

La provocation de M. Fabius s'accorde mal avec les refus de M. le marquis d'Esgrigny. FABIUS, 'solennellement.

Vous vous trompez, monsieur; c'est un devoir sacré qui m'a dicté l'un et l'autre.

ACHILLE

Comme il vous plaira. Ainsi donc vous refusez ?

FABIUS

Je refuse.

ACHILLE

Soit; mais vous trouverez bon alors que j'exige de vous une garantie qui mette l'honneur de mon père à l'abri de toutes les accusations.

Ah I que l'honneur de votre père soit sauvé, c'est mon plus ardent désir!

ACHILLE

Le moyen est facile : écrivez un désaveu anticipé et formel de tout ce que peut dire votre mère.

FABIUS

Moi?

ACHILLE

Écrivez que ce sont les im|)utations d'une folle, et que vous êtes satisfait des explications qui vous ont été données par le comte de Matta.

FABIIS.

Vous me demandez de déshonorer ma mère, monsieur; vous me demandez de l'accuser de mensonge? {Avec t't /a».) Ah ! prenez garde de me faire oublier qui vous êtes.

ACHILLE

Mais je vous demande de vous en souvenir; je suis le fils du comte de Matta, je suis le fils du citoyen Dénard.

MAGASIiN THEATRAL

FABIUS, (ipacr.

0 mon père!...

Le fils du citoyen Bénard, enlendez-vous, marquis d'Esgrigny?

FABIt'S.

Ne m'appelez pas ainsi, monsieur.

ACHILLE

Ah ! vous faites bien de ne pas répondre à ce nom ; car vous le déshonorez.

FABics, n pari, avec dése-ipoir.

Mon Dieu! mon Dieu!... venez à mon aide; arrachez-moi à ses injures.

ACUILLE.

Mieux eût valu qu'il se fût éteint sur l'cchafaud que d'être transmis à un lâche.

FABIUS, avec un cri de fureur, ei arrêtant Achille qui va pour sortir.

A un Ihchel. .{Après u7ie pause.) Monsieur, vous direz à votre père que vous m'avez appelé un lâche, et que je ne vous ai pas tué.

ACHILLE

Allons donc...

FABICS.

Vous le lui direz, monsieur; et si le citoyen Bénard , si le comte de Matla , si votre père ne vous dit pas : Va lui tendre la main et lui demander pardon... alors... oh! alors... malheur à vous! et malheur à lui!... car enfin que m'importe l'honneur de ce nom, qui n'est que le vOtre?

ACHILLE

Je retrouve enfin le marquis d'Esgrigny.

La Marquise parait .

FABIUS

Vous maiipelez marquis d'Esgrigny ; eh bien! c'est en ce nom que je vous parle... Honte et malheur à vous!... honte au père qui a acheté l'adultère parle sang, et qui n'a pas même tenu son infâme marché! Honte au fils qui a accepté le fatal héi ilage du père, en déshonorant la fille de la victime... exécration et malheur sur eux!... mortel honte à tous deux!

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