LA MARQUISE , FABIUS
FABIUS, seul un moment.
Ah! mon Dieu, secourez-moi, et éclairez-moi dans cet affreux orage, où tout ce que j'aime semble devoir périr.
LA MARQUISE, à part.
Sera-t-il ce que je veux? Voyons. ( Haut. ) Eh bien! monsieur, avez-vous choisi?
FABIUS
Oui, ma mère, j'ai choisi de vivre ou de mourir pour vous.
Ce n'est pas d'avoir le courage de vivre ou de mourir qui est difficile... c'est d'avoir la force de nous sauver...
FABIUS
Dieu et mon amour pour vous m'inspireront, je l'espère, car ma raison y succombe.
LA MARQUISE
Cependant vous avez entendu cet homme, et il vous a montré combien c'était facile si je voulais pardonner... iln'arien oublié...
FABIUS
Il a oublié, ma mère, que ce pardon qu'il demande au nom des iutérêts de ce monde. Dieu le commande à ses enfans comme la plus sainte des vertus.
LA MARQUISE
Je le sais. Supposons donc que, pour obéir à cette loi du ciel, j'accorde ce pardon, et sauve l'honneur de votre père, l'honneur de M. de Matta... que deviendra celui de ma fille?..
FABIUS
Ma mère, le fils de M. de Matta est innocent, et son nom...
LA MARQUISE
Son nom... soit... Il la sauvera, elle... Mais qui me sauvera, moi?...
FABIUS
Ma mère...
Que serez-vous à mes côtés?
FABIUS
Ma mère...
LE FILS DE LA FOLLE
LA MARQCISE.
Que ne me redites-vous tous les projets de cet homme!.-, vous serez le marquis d'Esgrigny...
FABIUS
Ah! jamais...
LA MARQUISE
Vous serez riche.vous serez l'époux d'une femme belle, qui vous aime, que vous aimez, et pour cela, que faut-il? un innocent mensonge... le ûls du meurtrier héritera du nom de la victime, et tout sera réparé.
FABIUS
Ah! je ne vous ai pas demandé d'y consentir, et je l'ai refusé avec horreur...
LA HARQUISE.
Peut-être parce que je suis là?
FABIUS
Oh ! ma mère 1
En effet, supposez qu'au moment où j'ai retrouvé ma raison avec mon désespoir, supposez que je fusse morte, tout cela devenait facile, tout cela serait peut-être fait en ce moment.
FABIUS
Que dites-vous ?
LA MARQUISE
Il n'y a donc qu'un obstacle à vos projets, c'est ma vie.
FABIUS, avec éclat.
Ou la mienne.
LA MARQUISE
La vôtre?
FABIUS
Ahl Dieu vient de me montrer enfin l'issue de cet affreux dédale de malheurs où je me perdais.
LA MARQUISE
Et vous la voyez dans votre mort.
FABIUS, avec solennité.
Oui, madame, et maintenant je puis vous parler comme si le sacrifice était accompli, car il est résolu.
LA MARQUISE
Résolu...
FABIUS, solennellement.
Vous écouterez la voix du ciel, qui vous ordonne le pardon et l'oubli.
J'y étais résignée.
FABIUS
Vous écouterez la voix de votre époux, qui vous demande de sauver l'honneur de sa Glle.
LA HARQUISE.
Je l'avais entendue.
FABIUS
Vous écouterez la mienne, ma mère, qui vous commande de sauver votre honneur en acceptant pour moi ce nom de marquis d'Esgrigny.
LA MARQUISE, avec désespoîy.
Mais c'est là ce qui serait un vol infâme.
FABIUS
Oui, madame, pour celui qui garderait ce bien précieux, pour celui qui s'en glorifierait en ce monde, pour celui qui lui demanderait bonheur et fortune; mais pour celui qui ne demande qu'à l'écrire sur une tombe, ce n'est plus un vol, c'est une expiation.
LA MARQUISE
Sur une tombe !.. {A part avec douleur.) Ah! ce n'est pas à la sienne que j'avais pensé.
FABIUS, se mettant à genoux.
Acceptez donc votre honneur de votre fils mort, ma mère, puisque vous ne pouvez le recevoir de votre fils vivant.
LA BIARQUISE, avec effuùon.
Ainsi lu mourrais, toi, le seul innocent!
FABIUS
Le seul heureux, ma mère, si à l'heure de ma mort vous étendez les mains sur moi pour me bénir.
LA MARQUISE
Pour te bénir... et te presser sur mon cœur. {Elle lerelève.)'Mon fils, mon fils, dont je suis fière, mon fils, qui me itardonnera l'horrible épreuve que je lui ai fait subir, puisqu'elle l'a montré si grand aux yeux de sa mère.
FABIUS
Enfin vous m'avez appelé votre fils.
LA MARQUISE, l'embrassant encore.
Oui, mon fils... mon fils... {Regardant le ciel.) Ah! mon noble Henri me pardonnera de te donner le nom qu'il portait avec tant d'honneur.
FABUS.
Et que ma mort ne flétrira pas, je vous le jure.
LA MARQUISE
Non, mon fils, pour qu'on pardonne au ciel comme sur la terre, il faut que ta vie l'honore.
FABIUS
Ma mère...
Elle rcsle sur Iciltvanl de la sccnc à gaiiclio tldus los bras (le son fils.
LA MARQUISE, TABH S, sur le devant de la scène, LE COMTE, lANNY, CËLESTINE, ACHILLE.
I,K COMTE, an fond.
C'est à vous, mes cnfans, d'achever ce qu'il a si noblement commencé.
Cclcslinc s'axance avec Achille à jauclic ilcsa mère.
LA HARQCISE.
Ma fille, ma Louise!... [Voyant Achille.)Elle s'appelle Louise, monsieur; vous lui rendrez ce nom, je vous en prie (Ils se groupent près d'elle. Elle voit Fanny qtii s'est avancée à droite; à Fabius.) C'est elle?
PABICS.
Oui, ma mère.
LA MARQi'iSB, à Fanny.
Eh bien î est-ce que vous ne voulet pas embrasser votre mère aussi ?
FANNY, allant à elle.
Ah! madame, madame!
LE COMTEj s'avançant.
Je l'emporte enfin.
LA MARQnsE, fliec effroi.
Ah! cette voix... ah! jamais vous, jamais... monsieur... car je pourrais perdre encore la raison ou me souvenir de ma vengeance.
LE COMTE
Votre vengeance, la voilà, madame. Je vais partir seul, et je vous laisse au milieu de vos enfans.
Itsort, FiiLius lui prenJ la maia et la Laise riirlirenient.