‹ ThéâtreChapitre 301 sur 971 · URSULE , LÉON · texte numérisé non relu

URSULE , LÉON

URSULE, retenant Léon.

Oh! prenez garde, monsieur Léon! c'est l'ame damnée de votre frère, son espion, qui peut-être va déjà lui dire tout ce qui vient de se passer... un des massacreurs de Nîmes .. Et Dieu sait quel est le plus enragé du maître ou du valet !...

LE PROSCRIT

Il voudra peut-être aussi vous faire passer pour un suspect.

LÉON

En effet, arrivé hier soir de Saint-Cyr pour assister au mariage de ma sœur, je l'avoue que l'accueil que j'ai reçu m"a cruellement surpris... Ma mère et mon frère semblent voir en moi un étranger.. .Louise m'évite... et loi-même,Ursule...

CRSULK,

C'est que ce n'est pas seulementdans la France que la restauration a semé la discorde... c'est jusque dans les meilleures familles.

LÉON

Et la nôtre est une preuve cruelle de ce malheur; car ce furent ces événemens' qui en 1814, il y a deux ans, amenèrent la sé|iaration de mon père et de ma mère. Ce fut alors qu'elle le quitta et partit pour Paris, afin de présenter mon frère a la cour de Louis XVIII; et telle était déjà la différence qu'elle faisait entre lui et moi, que, quoique je fusse près d'elle à Saint-Cyr, jamais elle n'a daigné venir m'y voir.

UUSULE.

Et ce fut alors, et pendant son absence, que, malgré tout ce qu'elle put écrire, le général donna sa fille, ma bonne Louise, au brave colonel IJernard... Le colonel et le général sont morts

eux... Et votre mère ne leur a pas encore

iné.

LÉON

passion t' égare, Ursule, et ce que m'a dit

VBSDLB.

vcz-vous vue seule?

LÉON

Pas encore... la veille et le jour d'un mariage, une femme a tant à faire 1

unscLE, tristement.

Ou tant à pleurer!

LÉON, avec initrct.

Que veux-tu dire?

insn.E.

Que je parierais qu'on la sacrifie, la pauvre enfant!

LÉON

Oublies-tu qu'elle est veuve, maltresse d'ellemême, indépendante par sa fortune?

URSULE

Précisément, c'est sa fortune!... votre frère sait calculer, et en donnant au vicnnite Arthur d'A— varenne, qui est fort bien en cour, mais (jui est pauvre, une lemme (|ui lui ap|)urte cinquante mille écus de rente, le maniuiscspère que M. d'Avarennc lui rendra en places et en honneurs ce <iu'il lui fait avoir en fortune.

LÉON

Ft tu crois le vicomte d'Avarcnnc complice d'un pareil marché ?

URSll.E.

Lui! non, je le crois un honnête homme .. et puis, il est amoureux de Louise.

LEON

Mais elle, ma sœur, que dit-elle?

CRSCLE.

Ah: voilà où je ne comprends rien... Tantôt elle veut, tantôt elle ne veut pas... elle pleure, elle se lamente; puis elle semble contente quand arrive M. Arthur; puis elle l'évite... Ah! tenez, il y a quelque chose là-dessous.

LÉON

Et tu penses que Louise cède à une violence qu'elle n'ose braver?

URSULE

Vous savez ce qu'est votre sœur : bonne jusqu'à la faiblesse, tremblant devant toute volonté qui la menace... Quand elle a épousé le colonel Bernard, c'a été plus par obéissance que par amour.

LÉON

Est-ce qu'elle n'aimait pas son mari ?

URSULE

Je ne dis pas ça... il était si brave, si bon , si beau !... ftlais l'amour n'est venu qu'après, j'en suis sûre... tandis que, cette fois-ci, j'ai bien peur que ça ne vienne pas du tout. Enfin, vous ne me retireriez pas de lu tête qu'on la force, qu'on la violente...

LÉON , apercevant le ]\Tarqui.s.

C'est ce que je vais savoir, car voici mon frère!

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