SCENE PREMIERE
LÉON, LE VICOMTE
Il fait nuit au deliors. — Il y a des bougies allumées sur une tahie, à droite. Le Vicomte est assis près de la taille et paraît profondément absorbé dans ses réflexions. Léon paraît par la porie de gauche.
LÉON, s'approchani.
Vous m'attendiez, monsieur?
LE VICOMTE
Ah! c'est vous, Léon!... Comment se trouve votre sœur depuis qu'elle est revenue de son évanouissement?
LÉON
Ursule vient de me dire qu'elle était beaucoup mieux.
LE VICOMTE , étonné.
Ursule!... Ah!... Vous n'étiez donc pas près de
Non, monsieur, non... j'attendais avec ma mère dans le salon qui précède sa chambre.
LE VICOMTE
Quoi!... M""» de Mellisens...
LÉON
■ Vûus paraissez surpris de cet abandon , mon-
sieur... mais je neveux rien vous cacher... je vous dois une explication franche de tout ceci, et vous la comprendrez , je l'espère comme elle doit être comprise.
LE VICOMTE
Je vous écoute !
LÉOX.
A peine ma sœur a-t-eile repris ses sens qu'elle a été en proie à une espèce de délire que la vue de notre mère semblait irriter. Vous l'avez voulu, lui disait-elle, c'est votre ouvrage.
LE VICOMTE
Je ne m'étais donc pas trompé !
LÉON
Si je vous dis cela, monsieur le vicomte, c'est que je puis mieux qu'un autre détruire les craintes que de semblables paroles peuvent faire naître en vous... Louise vous aime, j'en suis sfir; elle me l'a confié, à moi, dans toute l'effusion de son ame... mais ce que je dois vous dire aussi, c'est que cet amour n'est pas exempt de remords...
LE VICOMTE, amireiinnt.
Ah! elle éprouve des remords!
LÉON
Soyez juste, Arthur !... songez au nom qu'elle a porté et à celui qu'elle vient de recevoir.
MAGASIN THEATRAL
LE TICOMTE.
Si ce n'était que cela l
LÉON
Et que voulez-vous doncquece puisse être?... Je le jure! avant d'avoir vu ce proscrit, Louise m'avait confié ses terreurs, et s'il faut vous le répéter, les remords dont elle était poursuivie ; considérez maintenant jusqu'où a pu les porter la présence fatale et inattendue de ce malheureux dont la position devait exciter en elle de si funestes souvenirs; qu'elle a vu arrêter dans sa maison, par les ordres de son frère, et sous les yeux de son nouvel époux.
LE VICOMTE
Sans doute, sans doute!... Mais vous, Léon, TOUS le connaissez, cet homme ?
LÉON
Je saurais son nom que je ne craindrais pas de le livrer à votre honneur... mais je l'ignore, je vous le proteste.
Mais Ursule doit le savoir.
LÉON
Je le crois... et si vous désirez l'interroger...
LE VICOMTE
Elle!... non... Mais si Louise pouvait me recevoir... ou plutôt si elle daignait venir un moment...
LÉON
Je vais lui transmettre votre désir... mais avant, permettez-moi, Arthur, de vous rappeler votre promesse de tout faire pour sauver ce proscrit.
LE VICOMTE
Je ne l'ai pas oubliée, et c'est pour cela que j'ai besoin de voir M™^ d'Avarenne sur-le-champ ; mon père est parti... le marquis, dans son zèle trop vif pour la cause publique, l'a suivi jusqu'à Grenoble, pour en ramener la force armée nécessaire à la translation du prisonnier.
LÉON
C'est donc là le motif de son départ?
LE VICOMTE
Oui, car le bruit de cette arrestation est déjà sorti du château ; les campagnes sont mal disposées, et si le prisonnier n'était accompagné d'une escorte respectable, on pourrait craindre de le voir enlever par un coup de main.
LÉON
Que de précautions contre un seul homme!...
Ces précautions peuvent tourner en sa faveur; elles nous laissent libres d'agir en l'absence de mon père et du marquis... c'est à ma garde qu'il est confié, et si ce que je vais apprendre de Louise me permet de faire ce que je veux, je puis le sauver.
LÉON
Eh! quoique vouspuissiez apprendre, sauvez-le, monsieur, sauvez-le! Louisevous aime déjà pour la protection que vous lui avez accordée, étendez-la jusqu'à ce malheureux, et cet amour qu'elle
TOUS porte n'aura plus alors ni terreurs ni remords !
n sort par la porte de gauclie.
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