‹ ThéâtreChapitre 329 sur 971 · LOUISE, LE VICOMTE · texte numérisé non relu

LOUISE, LE VICOMTE

LOUISE

Que veut-il dire, monsieur?

LE VICOMTE

Ne l'avez-vous donc pas compris... et faut-il que je vous dise tout pour que vous ne me jugiez pas aussi cruel que ceux qui vous font souffrir?

LOCISE, accablée.

Oui, je souffre! je souffre horriblement... mais enfin, vous m'avez fait demander, je suis venue.

LE VICOMTE

Louise! Louise! vous pâlissez... oh! plus tard, plus tard !

LOtlISE, se remettant.

Non, non, monsieur, maintenant, maintenant... je vous en supplie.

LE VICOMTE

Pardonnez-moi donc de donner à cet entrelien une solennité que plus de confiance en moi eût rendue inutile.

LOUISE

Plus de confiance!... Ah! je n'ai jamais douté !e la générosité de vos sentimens.

LE VICOMTE

Et cependant, Louise, hier, quand ce proscrit îtvenu vous demander asile, ce n'est pas à moi ae vous vous êtes adressée.

LOLISE.

A vous? moi, m'adresser à vous!

LE VICOMTE

Oui, Louise... et si vous m'aviez mieux connu, vous n'eussiez pas hésité.

LODISE.

Ah! monsieur...

LÉ VICOMTE

Car il est temps que vous le sachiez enfin... Croyez-moi, Louise, les haines politiques ne sont violentes que chez les liommes qui n'ont jamais eu à souffrir pour le parti dont ils se disent les victimes; les ardeurs de persccution n'appartiennent qu'à ceux qui n'ont pns été persécutés; elles ne sont pas dans le cœur de ceux qui ont donné toute leur vie pour g;ij,'c de la sincérité do leurs opinions... Mon père et moi, nous avons vécu dans l'exil de notre cause, et si le sang versé est un signe éclatant de fidélité, ni lui, ni moi n'avions besoin «leceluides proscrits, car depuislong-temps le nôtre avait marqué notre dévouement d'un sceau ineffaçable.

Oui, je lésais, monsieur, et cependant...

LE VICO.MTE.

Cependant mon père a été inflexible, n'est-ce

pas ? Mais cette sévérité a été l'ouvrage de nos ennemis, et c'est à force de nous jeter à la face le reproche de lâcheté, qu'ils nous ont forcés à leur répondre par des rigueurs, et à braver les représailles dont on nous menaçait sans cesse. LOUISE, à part.

Et qui veillent si près d'ici, mon Dieu !...

LE VICOMTE

Mais aujourd'hui cette horrible lutte est finie.., les sentimens de pardon et d'oubli peuvent parler sans crainte d'être accusés de timidité; nous sommes assez forts pour pardonner, et nous pardonnerons; voilà ce que sont les hommes sincères de notre cause!... voilà ce que je suis, Louise; voilà celui à qui vous avez donné votre existence; et maintenant n'avez- vous rien à me dire?

LOUISE

Oh! Arthur, vous êtes noble et généreux, vous î

LE VICOMTE

Est-ce bien là toute votre pensée, Louise?

LOUISE

Oui, Arthur, je vous comprends... Et vous sauverez ce proscrit, n'est-ce pas?

LE VICOMTE, avec douceur et amour.

Oui, je le sauverai... Mais alors, Louise, vous m'aimerez sans crainte, alors vous serez à moi avec bonheur ?

LOUISE, avec embarras.

Ah! monsieur, monsieur!

LE vicor,iTE, la regardant avec affection. Louise, Louise ! Mais pourquoi trembler toujours?

LOUISE

Ah! ne me regardez pas ainsi, vous me faites peur :

LE VICOMTE

Peur!... mais, après ce que je viens de vous dire, à quel titre puis-je donc encore vous épouvanter ?

LOUISE, éclatant.

Mais ne voyez-vous pas qu'il y a dans mon cœur quelque chose d'affreux i quelque chose que je n'ose pas... que je ne peux pas vous dire! LE VICOMTE, à part, en se détournant.

Ornes soupçons! mes soupçons!

LOUISE, allant an Vicomte.

Mais vous avez promis de le sauver, et vous le sauverez?...

LE VICOMTE, froidement.

Oui, vous avez raison, madame... et ne craignez plus pour lui la proscription ni l'échafaud... je vous promets sa liberté.

LOUISE, avec ftU.

Oh! merci, monsieur, merci!... {Avec prière.) Et vous me permettrez , n'est-ce pas, d'aller lui porter cette heureuse nouvelle ?

LEVicoMiE, après un silence.

Non, madame, non!... la délcrminalion que je viens de prendre entraîne une responsabilité qui ne doit peser que sur moi !

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i.otiSE , avec crainte.

Une responsabilité!... et c'est pour moi. ..pour moi que vous la bravez ?

LE VICOMTE

Peut-être y suis-je intéressé... Mais rentrez dans votre appartement... il faut que je préside seul aux préparatifs de cette fuite!... Allez, madame, allez ! rapportez-vous-en à moi !

LOUISE, }nête à sortir, s'arrête et se tourne vers le vicomte.

Arthur! Arthur! si vous saviez ce que j'éprouve de reconnaissance!... si vous saviez ce que je souffre!... (Le vicomte se rapproche d'elle.) Oh! vous rne plaindrez un jour... vous me plaindrez , j'en suis sûre.

Elie sort.

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