‹ ThéâtreChapitre 330 sur 971 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LE VICOMTE, seul.

La plaindre!... oh! me venger d'abord! [Il sontie; un Agent paraît.) Faites venir ici le prisonnier! (L'Agent «ori.) Mais il laime donc bien, cet homme! qu'il ait bravé la mort pour la revoir... pour me la disputer peut-être! et cependant je doute encore... Oh! non, non... cette terreur... ce dernier adieu!... Ah! Louise! Louise!... ce secret que vous n'avez pas voulu me dire ! je l'arracherai à cet homme, je vous le jure; et si Dieu est juste... cet homme ne le dira à personne qu'à moi !

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SCEXE VI.

GEORGES , LE VICOMTE, o Agem.

GEORGES, à l'Agent qui entre avec lui par la porte du fond.

C'est monsieur qui me demande?

LE VICOMTE, sur le devant de la scène. C'est moi, monsieur! [A l'Agent.) Qu'on nous laisse I

L'agent sort. Le Ylcomte remonte la scène pour s'assurer qu'il est seul avec Georges.

GEORGES, à part, en descendant.

Lui ! dont le père a condamné tant de mes frères ! lui qui m'a enlevé l'amour de Louise !... Ah! ne lui rendrai-je pas quelques-unes des tortures que j'ai souffertes !

LE \IC0MTE, revenant et se posant devant Georges. Me connaissez-vous, monsieur?

GEORGES, avec un froid didain.

Hier, monsieur, au moment où l'on m'a arrêté, il y avait trois hommes devant moi... l'un qui

voulait me sauver ; un autre qui voulait me perdre; un troisième qui regardait faire. Le'preraier , un noble enfant! c'était Léon Dubourg; le second, un fanatique royaliste; c'était le marquis de Mellisens; le troisième, celui qui n'avait ni le courage de la générosité, ni le courage de la persécution: c'était le vicomte d'Avarenne, c'était vous!.. .Vous voyez, monsieur, que je vous connais.

LE AICOMTB, avec calme.

Je vois, monsieur, que vous savez mon nom. GEORGES , avec dédain.

Et vous pouvez voir que je sais la valeur de celui qui le porte.

LE VICOMTE, avec un ton de bonhomie dédaigneuse.

Pardon, monsieur, nous avons à nous dire autre chose que des injures sans portée... Vous prétendez me connaître, soit!... quant à moi, j'ignore tout de vous, jusqu'à votre nom.

GEORGES

Ah! M""^ la vicomtesse d'Avarenne a refusé de vous le dire ?

LE VICOMTE

Je ne le lui ai pas demandé, monsieur.

GEORGES, souriant.

C'est beaucoup de discrétion, monsieur

LE VICOMTE

Vous jugerez mieux jusqu'où je por qualité quand vous saurez que c'est de la M™« d'Avarenne que je viens près de vou GEORGES, avec une colère concenlr,

Ah: M^e d'Avarenne vous a chargé, d'un message pour moi?

LE VICOMTE

jXme d'Avarenne qui a bien voulu s'intéresser à votre sort.

GEORGES, de même.

Ah! elle a bien voulu s'intéressera mon sort!...

LE VICO.MTE.

Elle a fait plus; elle m'a prié, supplié, d'accorder la vie et la liberté du proscrit. GEORGES, avec amertume.

Du proscrit ?

LE VICOMTE

Et cette liberté, je viens la lui ofiFrir, monsieur.

GEORGES, avec dirision.

Vous!... à moi !

LE VICOMTE

Oui, monsieur! Et je viens aussi vous demander si vous... vous l'acceptez de moi?

GEORGES, de même.

De vous!... avec le plus grand plaisir.

LE VICOMTE, avec emportement.

Ah ! monsieur! cette raillerie I

GEORGES, froidement Qu'y a-t-il, monsieur?

Silence.

LE VICOMTE , à part.

Oh! je le ferai parler.

LE PROSCRIT

GEORGES, à part.

Oh ! je l'ai compris enfin... Et je puis me venger maintenant.

LB TICOMTE, reprenant son ion de politesse dédaigneuse.

En vérité, monsieur, je suis trop heureux que vous vouliez bien accepter ce service.

GEORGES, affectant un tonde légèreté.

Pour lequel je dois à M"-* d'Avarenne une reconnaissance dont elle seule peut comprendre toute la portée.

LE VICOMTE

Et dont elle vous dispense, monsieur... car en vous sauvant, Louise n'a écouté que la voix de la pitié.

GEORGES

En me sauvant, Louise, puisque vous voulez bien l'appeler ainsi , Louise a peut-être aussi écouté la voix de ses souvenirs !

LE VICOMTE, après un mouvement de colère qu'il co)iiienl.

Il est vrai que le parti auquel vous appartenez â pu lui en laisser de cruels.

GEORGES

Oh: les souvenirs politiques ont peu d'empire chez les femmes, et leur cœur préfère en garder de plus doux.

LB VICOMTE, gravement.

DUS croyez avoir droit a des souvenirs pareils? GEORGES, avec légèreté et ironie.

voulez-vous, monsieur le vicomte! Nous de rudes soldats, nous, très-mal appris des lanières des gentilshommes de la gardenais comme vous n'étiez pas encore là... i VICOMTE, avec une fureur froide.

Il suffit, monsieur, je sais de vous tout ce que j'en voulais savoir.

GEORGES, avec un ton railleur.

Sans doute! car en vérité je ne peux pas vous en dire davantage.

LE VICOMTE

Et je n'en ai pas besoin de plus pour savoir qui VOUS êtes.

GEORGES, étonné.

Qui je suis !

LK VICOMTE, avec une colère froide.

Oui, monsieur, qui vous êtes!... car maintenant je comprends ce que valent les paroles d'un homme comme vous, cl je vous dis que vous en avez menti.

GEORGES, ^'emportant.

Menti! [Reprenant de suite son ton railleur.) Mais... je m'emporte... j'ai tort... et je comprends, monsieur, qu'il vous convienne beaucoup mieux de m'accuscr de mensonge ; c'est plus commode, et surtout moins dangereux !

LK VICOMTE, toujours avcc une colère retenue.

Mais je vous ai dit, monsieur, que vous en aviez menti.

GEOnGES.

Vous m'avez dit aussi tout-à-l'heure que nous

n'étions pas ici pour nous dire des injures sans

portée.

LE VICOMTE, avec mépris.

C'est que je ne vous croyais pas toutes les lâchetés.

GEORGES, l'interrompant.

Il en est une dont un prisonnier ne saurait se défendre; mais il en est une aussi dont je puis me justifier, et que je ne veux pas laisser peser sur moi... c'est la lâcheté du mensonge. LE VICOMTE , avec emportement.

Vous recommencez, monsieur?

GEORGES

Non, je finis... En rendant mes armes au moment où l'on m'a arrêté, vos agens se sont trouvés dispensés de me fouiller... j'ai donc pu jusqu'à ce moment conserver ce portrait.

Il montre au Vironite un mc'daillon.

LE VICOMTE , avec une curiosité inquiète. Ce portrait!

GEORGES souriant.

Oh! c'est bien celui de Louise; regardez !

LE VICOMTE , se retenant encore.

Celui de Louise !

GEORGES, avec suffisance.

Dans ce temps-là elle était plus belle qu'aujourd'hui.

LE VICOMTE, avec colère.

Misérable!

GEORGES, avec raillerie.

Le bonheur de vous appartenir ne lui avait pas encore coûte toutes les larmes qui ont altéré sa beauté.

LE VICOMTE, avec fureur.

Infâme !

GEORGES, avec raillerie.

Mais elle est encore fort bien, et...

LE VICOMTE , hors de lui.

Lâche! lâche! lâche !

GEORGES , avec éclat.

Allons donc! monsieur... un peu de colère!-., que je vous sente souffrir!

Il s\'loigne Ju Vicomte.

LE VICOMTE, exaspéré.

Oh! tu mourras maintenant!

GEORGES

Oui, je sais que vos bourreaux m'attendent à Grenoble.

LE VICOMTE, arec fureur, et allant à Georges.

Oh! pas à Grenoblel... ici,ii! ;... tout-à- Ihcure... Qui que lu sois, proscrit ou non, lu m'appartiens, lu es à moi, et tu ne m'échapperas pas! GEORGES, avec dignité.

Ah! merci! monsieur le vicomte; je vous demande pardon de vous avoir insulté... \ous étiez digne de vous battre avec moi, j'accepte!

LE VICO.MTE.

Dans deux heures le jour sera levé.

GEORGES

Dans deux heures, il n'y aura plus de jour pouiTun de nous deux.

Ils V(inl piiur sortir pir la porle Ju fond Louise accourt p.ir la purlc ilo i^auclie.

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