LOUISE, LE VICOMTE
LE VICOMTE
Louise, est-ce donc ma présence qui vous ef- £raie ainsi?
LOUISE, à part.
Ah! j'espérais ne plus le revoir lui!
LE VICOMTE, avec tristesse. Madame, le sacriflce est accompli ; tout ce que vous avez désiré a été fait.
LOUISE
Tout?
LE VICOMTE
Oui, madame, les amis du colonel, avertis à temps, ont dû se disperser, et votre mari va être libre.
LOUISE
Je vous avais demandé tout cela, et je le lui avais promis avant d'avoir votre réponse.
LE VICOMTE
Je VOUS remercie d'avoir ainsi compté sur moi, c'est une preuve du moins que vous estimiez celui à qui vous aviez donné votre main, si vous ne l'aimiez pas.
LOUISE, à part.
Si je ne l'aimais pas, mon Dieu!...
LE VICOMTE, maîtrisant son émotion.
Soyez heureuse, madame; et si jamais mon nom devait être prononcé devant vous, n'oubliez pas que, moi, je n'ai jamais insulté à celui du colonel Bernard !
LOUISE
Qui VOUS apprécie, monsieur, qu justice que vous méritez, car c'es' d'honneur, et dont je suir Gère .. ■ 'P' ' nom.
LE VICOMTE, avec peine.
Fière et heureuse, n'est-ce pas? Soit ' partir, madame; je veux lui épargner jusqu'à l'embarras de ma présence... et j'aurais mieux fait aussi de partir sans vous revoir!
LOUISE, avec embarras.
Oui, monsieur, oui, cela eiit mieux valu!
LE VICOMTE, avec amertume.
C'est que j'espérais un mot!... un mot de regret... une promesse de souvenir au moins!
LOUISE
Je n'en puis plus avoir pour vous.
LE VICOMTE
Adieu donc, madame, oubliez-moi... je tâcherai de vous oublier aussi...
Il se de'tourne pour caclicr ses larm 5.
LOUISE, à part, avec douleur.
Ah! c'est parce que je ne l'aurais pas oublié, que je me suis condamnée, moi...
LE VICOMTE
Le colonel vous attend, madame... il reçoit en ce moment ses passeports pour quitter la France avec vous que je ne reverrai plus.
LOUISE
Avec moi!...
LE VICOMTE
Oui, avec vous...
LE PROSCRIT
Vous VOUS trompez, monsieur... pas avec moil
LE yiCOJUTE, surpris .
Quoi! VOUS ne le suivez pas?... vous ne suivez pas le mari dont vous êtes si fière? LOCISE, éclatant.
Ah! vraiment!... c'est trop de cruauté, mon Dieu!... deux hommes qui torturent à plaisir une pauvre femme!...
LE VICOMTE
Que dites-vous?
LOUISE
Deux hommes qui se plaignent... qui m'accusent... et qui n'ont pas eu un mot de pitié pour moi, qui suis si malheureuse!...
Elle pleure avec amertume.
LE VICOMTE, l'interrogeant.
Malheureuse? ce n'est pas là ce que vous disiez tout-à-l'heure.
LOUISE, se décidant.
Mais ne comprenez-vous pas que je ne l'aime plus, lui?
LE VICOMTE, surpris.
Vous ne l'aimez pas!...
LOUISE, avec abandon.
Ne comprenez-vous pas que c'est vous que 'aime ?
LE VICOMTE, avec honheur.
Moi!... grand Dieu!
*i , Arthur!... et cet amour était si puissant, je m'épouvantais de vous l'avouer... La penl'être à vous me semblait un rêve si céleste
. doux que je n'osais y livrer mon cœur... et
que je tremblais que ce ne fût un crime et une illusion... tant cette félicité me semblait au-delà de ce que Dieu a promis sur la terre ! LE VICOMTE, enthousiasmé.
Louise!... Louiee!... est-il vrai ?
LOUISE, avec %m plus grand abandon.
Tu vois que je ne m'étais pas trompée... l'illusion est détruite , et le crime est dans mon cœur... car je t'aime, Arthur, je t'aime, et c'eût été trop affreux, de mourir sans te l'avoir dit. LE VICOMTE, avec feu.
Louise!... ah! s'il en est ainsi, l'avenir peut encore nous appartenir.
LOUISE, arec terreur.
Grand Dieu !...
LE VICOMTE , avec bonheur.
Tu m'aimes, Louise !
LOUISE , le repoussant de la main.
Oh! taisez-vous f... taisez-vous!...
LE VICOMTE
Louise, Louise!..,
LODISE , avec dignité.
Monsieur d'Avarcnnc, vous parlez à une femme qui a porté votre nom.
LE VICOMTE
Louise!...
LOUISE, de même.
Qui porte encore celui de Georges Bernard... et qui vous les rendra à tous deux purs comme vous les lui avez donnés!
Elle sort.
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