I-K BAUON
Ses domaines'.... ses paysans!
LE CUEVALIKH.
Ne voyez-vous pas que monsieur veut railler... Il sait bien que me.s terres sont de vraies roches pelées, que mes domaines sont des masures en ruines, et que je n'ai pas un seul paysan... Je lui ai tout dit... Et pourquoi lui aurais-je caché la vérité? Je suis sans vanité, moi : je dis a qui veut l'entendre. (Tirant un vieux porufeuille de sa poche.) Voyez-vous ce portefeuille... la-dessus est brodé mon écusson .. il porte un chardon de simple en champ de sable. Eh bien: on peut dire, en toute vérité, que ce sont des armes (lar lantes : car dans toute l'étendue de mes domaines il ne croît que de mauvaises herbes ; j'ai un « bateau, mais je n'ose plus y demeurer, tant il menace ruine : depuis bientôt deux années il pleut dans ma chambre a coucher, et c'est pourtant la seule qui soit un peu habitable... Qu'y ferais-je, n'ayant ni sou ni maille pour relever ces décombres? Je laisse la pluie et le vent démolir mon bien, et je m'en vais errant de côté et d'autre, en prenant ma vie ihez les nobles parens qui veulent accueillir un pauvre cousin aussi noble qu'eux, mais mal accommodé par la fortune. Voici longues années que je passe ainsi ma vie, me tenant a l'abri des calamités qui ont frappé de plus heureux que moi. J'ai mis toute ambition sous les pieds; c'est le moyen de ne se heurter contre aucun ennemi : personne n'en veut a quiconque ne veut rien de personne... mais comme mes jiarens hospitaliers doivent avoir tous des droits égaux a ma reconnaissance, je reste six semaines chez chacun d'eux, ni plus ni moins... ce soir même il y aura six semaines que je suis au château de Cadenet; et voilà, mon cousin, voil.i pourquoi ]>■ pars.
LK BAROIS.
Mais vous, monsieur (îiulio de Lara, vous ne pensez pas encore a nous i)uiller. n'est-ce pas'.'
LE CHATEAU DU SAINT-GERMAIN
eiuLio.
Enhardi par vos bontés, monsieur le baron, j'ai formé le projet de diiTérer les alïaires qui m'appellent à Paris et de rester auprès de vous deux ou trois semaines encore.
LE BAROX.
Dix, si vous voulez; puissiez-vous nous quitter le plus tard possible I
LE CUEVALIER.
Mais, grand Dieu! mon cousin! voilà que je m'en aperçois seulement! Que se passe-t-il donc céans, que vous voilà habillé comme pour un enterrement?
LE BARON
Aujourd'hui on va célébrer là, dans la chapelle du château, un service pour l'ame de monseigneur Henri de Monimoreiicy. {A GiuUo. ) Voulez-vous y assister, monsieur?
GICLIO.
Si je le veux. .. j'ai en grande vénération la mémoire du dernier duc de Montmorency: c'est un martyr et un saint dans le ciel. ♦
LF. CUEVALIES , o part.
Et moi qui le croyais pour le cardinal ! » CtULIO, d'un !ou pénC'lré,
Il existe donc encore quelques amis fidèles à la mémoire de cette noble victime! On prie ici pour celui dont personne n'ose prononcer tout haut le nom.
LB BARON, d'une voix sombre.
Jusqu'à mon dernier jour, je ferai prier solennellement pour l'ame de Henri de Montmorency, assassiné par la jalousie de Richelieu et la lâcheté de Gaston.
GIULIO
Vous avez été l'ami et le fidèle partisan de Montmorency, monsieur le baron; vous l'avez servi de vos conseils et de votre épée jusqu'au dernier jour de sa vie; mais comment se peut-il que vous l'ayez laissé se sacrifier imprudemment aux intérêts d'un prince si peu ferme en ses amitiés, et qui toute sa vie a si mal tenu sa parole ? Vous sage et prudent, vous vieilli dans la guerre et les affaires d'état, vous vous êtes fié aux promesses de Gaston I
LB BAROIf.
Les promesses de Gaston!., la parole de Gaston!.. Mais qui s'y serait fié? Il fallait d'autres garanties, il les donna...
GIUUO.
Il les donna!.. Mais alors pourquoi ne s'en eston pas servi? Ce manifeste a la main, pourquoi n'a-t-on pas forcé Gaston à sauver Montmorency?
LE BARON étOUIli.
Qu'entends je? {Au Chevalier.) Chevalier, veuillez me laisser avec monsieur.
LE CUKVALIER.
le suis de trop, j'obéis. {A part.) EnTm je sais et qii'i! pense, l'Italien... à moins ponrianl que ce M ioit un jeu, pour plaire au vieux baron.
11 sort.
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