LA€BE
Vous êtes injuste, monsieur le comte; M"»* de Faverney ne vous a pas nui dans mon esprit.
LE COMTE
Elle l'a tenté, du moins.
LAURB.
Les volontés de M. le baron ne sont pas changées... j'obéirai.
LE COMTE
Sans haine et sans répugnance?
LAURB, baissant les yeux.
Sans haine!
LE COMTE
C'est assez. Vous le voyez, je ne suis pas exigeant. C'est que j'ai confiance en votre'caraclcrc, en votre vertu. Un autre à ma place s'efîrayernit de trouver un cœur si indifférent, une volonté si résignée, et contrainte peut-être... Soit présomption, soit imprudence, je me confierai à l'avenir; pour être mieux dans votre affection, je rendrai votre vie si belle et si heureuse; je l'environnerai de tant d'éclat, de tant de soins, qu'il faudra bien m'aimer un peu... ne fût-ce que par reconnaissance.
LAURE
Je vous remercie de cette bonne volonté pour moi... Hélas! j'en profiterai mal!
LE COMTE
Pourquoi? Une jeune et belle femme est toujours sensible à ces vanités-là,,. C'est quelque chose de porter un beau nom, d'être la première entre toutes les dames de la noblesse... quand on n'a poititde passion dans le cœur, ceci suffit pour remjilir la vie de satisfaction. Je suis le plus riche gentilhomme de la province, et toute ma lorlune servira à vous épargner un désir,
LAURB.
Je ne désire, monsieur, que la retraite et une vie tranquille.
LE COMTB.
Alors vous vous trouvez heureuse ici, mademoiselle?
LAURB.
Si heureuse, que tous mes vœux se borneraient à n'en sortir jamais!
LE COMTB.
Pourtant, il y a trois mois, vous ne rcdoutiei pas ainsi un ciinngemcnt de position ; je vous ai vue sourire de loin au monde dans lequel voii.i allez entrer; et le séjour de ce château ne vous semblait pas le plus bcui el le plus a.rcablcde la terre. Une douce g.iUé, une parfaite sérénité dame se reflétaient sur \-otre front; aujourd'hui vous êtes triste, soucieuse; pourtant vous êtes toujours ici p:os de ceux que vous aimez: vove bonlipur nest pas lini encore, et maintenant que je suis averti, je ne me presserai pas d'y mettre un terme.. {Légère pause.) Celte assurance doit
MAGASIN THEATRAL
ous plaire, mademoiselle; vous devez être coniCflte de moi?
LAORE.
Je suis siDcèrcment lecounaissante de tous vos procédés, monsieur.
tE COUTB.
Et maintenant vous voilà heureuse, tranquille jcouime il y a trois mois?
LACRE.
Oui, monsieur , fort heureuse !
LE COÏITE.
Et cependant vous retenez des pleurs ; dans ce moment même j'en vois sous vos paupières baissecs.
LADRE, passant son mouchoir sur ses yeux. Ce n'estrien, monsieur; n'y faites pas alteulioD.
LE COMTE, à part.
Çuel soupçon! {A Laure.) M. le baron est sorti aTeo M. Desgravauxet M. de Lara. ..Vous plaît-il, mademoiselle, que je vous ramène près d'eux?
Je vous remercie, monsieur; en attendant le service funèbre que l'on va bientôt célébrer, je vais prier dans la chapelle.
LE COMTE
Oui, priez Dieu pour nousl
Laure sort par la porte de gauche.
tM'WVt%WVWVWW\WVVWVMVV\VWW\W'VWVVVVVV\VWVMVVWVV