MÀULÈON, LE BARON, LAURE, GIULIO
LE BARON, à la vue de Laure.
On ne nous avait pas trompés '.
MACLÉON.
C'est bien elle! c'est bien Laure deNangis!
LADRE
Oui, Laure de Nangis, qui ne vivait, qui ne respirait que pour lui, et qui, désespérée, éperdue, en apprenant qu'il partait, est venue le supplier de ne la pas abandonner, de ne la pas livrer au plus affreux désespoir; car cet homme, voyez-vous... eh bien! je suis à lui ! LB BARON, la saisissant par le poignet avec force.
Infâme! infâme! {Puis, la repoussant brusquement, il va droit à Giulio.) Je t'avais reçu chez moi; je t'avais recueilli comme un ami... et, lâche séducteur, tu as couvert mon nom de honte et d'opprobre... Oh! prie Dieu! prie Dieu! car tu vas mourir!
Il tire son poignard.
LADRE, se jetant aux genoux du Baron.
lion oncle, grâce, grâce pour lui!
LK BARON, la repousstant.
Grâce! non, non, vengeance!
LADRE, toujours a tjenoux.
Biais il licst pas coupable!... c'est moi, moi scnle!... Oui, j accepterai ma honte toute entière , et je me soumets d'avance ù tous vos mépris... Il partait: il s'éloignait sans me revoir!... Et c'est moi qui , dans mon lalal égarement, ai couru moi-niômeàma perle, àmon déshonneur!... j'ai mérité la mort! je vous la demande à gcoouxl Tuez-moi, par pillé, luez-moil
LE BARO.N
Laure, tu ne m'as pas dit vrai! n'est-ce pas? tu ne m'as pas dit vrai?
LAURE
Ua honte voui répond As»e2t...
LE BARON
Un serment! je veux un serment! Jure-moi que tu viens de me dire la vérité! ou je le tue!
GIULIO
Elle s'accuse... mais je suis seul coupable... frappez-moi !
LAURE, se cachant la tête dans ses mains. Oh! j'ai dit vrai... je le jure par le ciel que j'outrage et qui m'entend.
LE BARON laissant tomber le poignard.
Elle seule est coupable ! oh !
Il reste un iostïnt absorbé par 9a (Couleur. LADRE, pleurant et à elle-même.
Malheur! malheur sur moi!
MAULÉON, momnuii Laureet àpart.
Infortunée I
Il va à elle et veut la relever.
LE BARON, en forçant Laure à demeurer à genoux. Reste à genoux, malheureuse, reste à genoux! {À Mauléon.) Auriez-vous pitié délie? vous!.,. Mais vous ne l'avez donc pas entendue ?
MAULÉON
Monsieur le baron, hier àmon arrivée je m'étais aperçu qu'un autre était l'objet des secrètes pensées àa M"e de Nangis, et que moi son fiancé j'étais oublié; mais je nedésespéraispas de reconquérir la tendresse de celle qui m'avait donné sa foi et ses sermens.. . j'ai trop présumé de moi, je me suis mal jugé., je rends à mademoiselle de Nangis sa parole, sa liberté, et je lui pardonne.
II la relève.
LE BABON.
Et moi, je ne lui pardonne pas... demain, les portes d'un couvent s'ouvriront et se refermeront à jamais sur elle.
LADRE
Qu'avez-vous dit? un couvent! ah! grâce! grâce !
LB BABOlf.
Laissez-moi t
LADRE
Un couvent c'est un saint asile... c'est la maison de Dieu., et Dieu me repoussera, me rejettera comme indigne... je le fléchirai, me dirczvous, à force de le prier., mais la prière qui monte jusqu'à lui, la prière qui le fait nous absoudre., elle ne sera pas dans mon cœur... Ehl comment y trouverait-elle place?... Mon cœur sera plein, toujours plein de cet amour qui me cause tant de maux ei qui pourtant fait ma joie et mon bonheur. Ah! mon oncle, ne m'enfermez pas dans ce fatal couvent, ne m'ùlez pas tout espoir de me réconcilier un jour avec le ciel, ne ma livrez pas au courroux éternel de Dieu!
LB BARON
Assez! assez!
LADRE
Et puis, dans ce couvent, je mourrai, oui jo
mourrai... car je ne le verrai plus, lui! el lui...
c'est mon sang, c'est ma vie .. Mourir dans les
larmes, dans la douleur! dans des tortures hor-
I ribles... et par >otre volonté., ohl non! là, tout*
' a-lhcure, quand je vom ùiiùt i Xue2-moi I. \9\i»
MAGASIN THEATRAL
m'avei épargnée, vous m'épargnerez encore... mon oncle, mon bon oncle.. Ah ! votre main frémit dans la mienne... vous soupirez... vous pleurez...(oiiec élan) VOUS pleurez!., vous m'avez pardonné!..
LB BARO?r.
Relève-loi! [Laurese relève cl regarde le baron avec anxiété, mouvement de silence.) Voici l'heure où nous allons nous incliner devant le Dieu qui a de l'indulgence pour tous les coupables et un pardon pour toutes les fautes... (A Laure et à Giulio.) Suivez-moi tous deux à la chapelle!
LAURE, A part, avec joie.
Ciel!
GI€L10, tout troublé.
Monsieur...
LE BARON
Ne m'avez-vous donc pas compris ?.. ne voyezvous pas que je veux sauver l'honneur de ma famille ?...
GICLIO.
Eh bieni monsieur... ce mariage...
LE BARON
Achevez!..
GIULIO
Il est impossible ! ..
LAURE
Juste ciel!
LE BARON
Impossible, avez-vous dit? ce mariage est impossible!
GIULIO
Ohl monsieur, si vous saviez...
LE BARON, avec la dernière violence.
Expliquez-vous donc?
LAURE, avec exaltation et désespoir.
Marié! marié!
GICLIO.
Non!., oh! non!.. {S'approchant du Baron.) Monsieur... ohl la parole me manque... elle expire sur mes lèvres... jamais je n'aurai la force de faire cet aveu...
LE BARON
Parlerez-vous, enfin?
GIULIO
Eh bien ! {Puis, comme frappé d'un souvenir, il arrache une lettre de son sein.) Tenez, monsieur, tenez, lisez. .. vous saurez tout.
LAURE, au désespoir.
0 mon Dieu! mon Dieu! perdue, déshonorée!
LE BARON
Qu'ai-je lu!... Oh! horreur, horreur!
MAULÉoN, au Baron.
Mais qu'est-ce donc ?
LE BARON, sans leur répondre, courant à Giulio.
Lâche! misérable!.. Ainsi tu apportes le déshonneur, et tu ne peux donner la réparation!... Oh ! faut-il que ma rage soit impuissante.. .Tu le sais, lâche, tu lésais, je ne puis verser ton sang! mais, va-t'en., va-t'en !.. je te voue à l'exécration des hommes et à la vengeance du ciel! Ah I... à moi!... à moi!...
LAURE
Mon oncle !
LE BARON, à Laure et à Mauléon.
Cet homme! écoutez tous... ah! Dieu... Dieu le punira!...
Mon oncle ! Du secours ! {Elle lui met la main sur le cœur.) Mort !
HAULÉON.
Mort!
Tout le monde entre. Moment de silence.
GIULIO, apercevant à terre le papier qu'il a remis au Baron, et qui s'est échappé de sa main.
Ciel! ce papier I... [Mauléon veut s'en emparer, Giulio le devance et le ramasse avant lui.) A. moi cet écrit, monsieur ! c'est mon secret!...
HAULÉON.
Oh ! je vous l'arracherai !
GICLIO.
Vous me tuerez plutôt! Venez, monsieur. . der*
rière la chapelle de Bon-Secours I j MAULÉON, avec joie.
' Ah! le courage vous vient enfin!.. {Saisissant
Giulio par le bras.) Partons! partons à l'instant'
vous pourriez changer encore d'avis! et ce serait
trop de lâchetés en un jourl
riN rv nitJOXitiKi xcvt.
LE CHATEAU DE SAiNT-GERMAlN.
%v\wvv^^vw\wv•^^vv\^^^^^^'»^^w^\^\^M \
^^v^^v•v■»v\•vw\^^^^v•\w\w\v\^vw\^v^\^^\■v\v\^•v^\v\vv»\\\^\\\\^\w\\»\vvv■v\VV\%\vv^^\v^*^*