‹ ThéâtreChapitre 412 sur 971 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

MAZARIN, seul.

Pauvre enfant! Pensez à ma mère ! elle ne ronnntt pas toute la portée de ces paroles 1... Oue l'aire? que répontlre?... Imprudent l'hilippe de Mancini! .. un duel, un écl.Tt! à la veille déco mariage qui fixe sur lui tous les yeux de la cour!. .. Quel est cet homme, cet inconnu, qui l'a blessé dans relie funpslc rencontre, un rival .«ans doute! El demain, col homme paraîtra devant ses juges! Pour se jusiifier, il dira tout, il racontera ccuo

MAGASIN THEATRAL

fcènc de séduction et de violence... Je veux le voir, l'iùterroger...

DESCRA-VAUX, avançant mijstêrieu^emeni la tête par une porte, MaZABIN.

OESGRAVACX, avec te plus grand mystère.

Monseigneur!... monseigneur!...

MAZARIN, avec impatience.

Qu'y a-t-il? Ahl c'est vous!...

CESGRAV'AUX, entrant en retjardant autour de lui très-mystérieusement.

Monseigneur... Cette fois, je ne serai pas en retard. J'ai tout lieu de croire que la jeune fille trouvée évanouie près de M. Philippe de ilancini D'est autre que Christine de Lara!...

UAZARIX, impatienté.

Eh! je lésais, monsieur Desgravaux!...

CESGRAVADX, avec le même mystère et regardan autour de lui à ihr^que mot.

J'ai autre chose à vous apprendre. La religieuse qui vient d'entrer au château, et qui demandait à voir le roi, c'est Laure de Nansis !...

UAZARIN, au comble de l'impatience.

Eh! je lésais, monsieur Desgrivaux!

DESGRAVAL'X, à part.

Décidément, j ai du guignon... Et dire que je sais autre chose... mais que ça, j'ai juré de n'en pas parler.

HAZARIir.

Monsieur Dtsgravaux...

DESGRAVACX.

Monseigneur.

MAZARl?î.

Cet inconnu, qui s'est batiu avec M. de Mancini, et qu'ont arrête les gardes de la prévôté...

DESGRAVAIX, a part.

Précisément, il men parle. [Haut.) Eh bien, moLscJgneur?

MAZAP.IX.

Je veux le voir, l'interiogcr:...

DESGr.AVAlX.

Justement, moisseigncur; il soiliritait la faveur d'être introduit près de vous... {^.^muranl la porte du fond.) Il est là, (i.ins cette galerie.

MAZAUIX.

Qu'il entre.

Dci"iavjux introiUiit rincminu. ?>Iazarin fuit signe à Dcsgravaux de sortir, ceiul-ci ol cil.

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SCETSi: IX.

MAZARIN, M-iULEON.

MACLÉON , à part.

C'est lui!...

HAZARITf.

Approchez. C'est vous qui avez tiré l'épée aux environs d'une résidence royale et contrevenu

«ux édits de £a mâjeâié coutre le ùud7

MAVLEOR.

C'e;t moi, monseigneur!

MAZAUIN.

C'est vous qui avez blessé mon neveu Philippe de Mdncini?

MACLÉOX.

C'est moi. J'ignorais que mon adversaire fût votre neveu, monseigneur. Je n'ai vu qu'i.;; homme qui voulait luire violence à une feniiiic... J'aurais counuM. de Manciui, que j'aurais agi y\ : même.

HAZARirV.

La loi e^t inexorable, vous le savez... A\:/vous réfléchi aux périls de votre po>ii'i>t<!... ii; sais que Philippe de Mnnciiii est comme \u:\f isi état de rébellion aux ordres du roi... ir.nis il i-it blessé, et la loi se laisse quelquefois fléchir pour le vaincu.

MAi'LÉON, souriant.

Surtout, quand le vaincu est le neveu de monseigneur Alazarin.

MAZARIN

Demain, vous comparaîtrez devant le grand prévôt... vous savez que ses jugemens sont saris appel et qu'ils s'exécutent sans délai... Que pourrez-\ous dire cour votre défense? En supros-mt que vos juges soient disposés à se laisser fléchir, qui prouvera que vous avez agi en loyal adversaire, que ce duel sans témoins n'a pas été un assassinat?

MACI-ÉOîï.

Qui le prouvera? une déclaration de mon adversaire, qu'il a de lui-même fait adresser à mes juges.

MAZARIN

Et que direz-vûus devant le tribunal ? Comment expliquprez-vous ce duel avec un homme que vous n'aviez jamais connu... {L'examinant.) Et pour une jeune fille?

HACLÉON.

Que je ne connais pas non plus, monseigneur, je vous le jure ici sur l'honneur... ce que je dirai devant mes juges, la vérité, et rien de plus... monseigneur. Il y a d'étranges rapprochemens!... Cette maison oîi m'avaient attiré les cris d'une femme fut de tout temps vouée à la séduction et à la honte... Là une autre femme avait longtemps souffert, tenant un enfant dans ses bras... là, long-temps après, une jeune fille se débattait encore sous l'étreinte et dans les bras d'un ravisseur... n'est-ce pas, monseigneur, qu'il y a des lieux prédestinés?

MAZARIN, à part.

Quel est donc cet homme? { Haut. )Yo\xs avcz refuse de faire connaître votre nom?

MAILÉON.

J'ai dit qu'il ae serait connu que de Y0U5<

HAZABIN.

f £tes-rous prêt à tenir votre paroIeJ

i MAULÉON,

1 Sans doute , t^ODjçieUvU) l

LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN

MAZAR!?!.

Qui êtes-vous donc ?

MAULÉOX.

Je suis le comte de Mauléon î

MAZAHIN, à purl, avec trouble.

Mauléon! [Haut.] Il y a contre vous un arrêt de proscription... Vous aviez pris parti pour les princes contre le roi, vous ne pouviez rentrer en France.

MAULÉON

Aussi, monseigneur, ne voulais-je confier qu'à vous le motif secret de mon retour.

MAZARIN

Parlez, monsieur, je vous écoute.

MACLÉON.

Une pauvre fille, nommée Christine de Lara, n'a plus dans le monde que moi pour appui... proscrit, errant à l'étranger, je ne l'avais pas vue depuis dix ans; seslettres, oîi je voyais grandiretse développer son intelligence, m'exprimaient l'amour d'une fille pour son père... La pauvre enfant me peignait aussi son désespoir... car elle était seule dans le monde, et le cloître s'était pour jamais fermé sur sa mère! Elle n'avait ni nom, ni famille; car ce nom de Lara n'était qu'un mensonge, et c'est là tout ce que lui avait légué son père!... Que pouvais-je lui donner? moi... de l'or, rien de plus : Tout-à-coup, une crainte immense vint me saisir : si j'allais mourir, et laisser celte pauvre enfant sans nom, sans fortune, sans avenir ! Alors, l'idée me vint de rentrer en France malgré tous les dangers que je pouvais courir, de me confier à votre générosité, monseigneur, et de vous dire: «Suspendez pendant huit jours seulement, l'arrêt qui m'a proscrit; il s'agit de donner un nom à une pauvre enfant et de l'enrichir !... Laissez-moi huit jours ici, monseigneur, et supprimez de mou arrêt de proscription cette clause cruelle qui me défend d'aliéner mes biens et d'en disposer à mon gré... Monseigneur, vous aurais-je dit, il y a un temps pour le pardon et la clémence, je ne vous demande qu'une grâce, laissez-moi adopter Christine pour mon enfant, et lui faire donation de tous mes biens! Quelle soit après moi riche et heureuse ! et qu'elle se nomme Christine de Mauléon !... Voilà ce que je voulais obtenir de vous, monseigneur, et vuilà pourquoi je rentrais en France. »

HAZARiN , dmu, se remet.

Continuez, monsieur!

HAULKON.

Arrivé à Paris, ma première pensée fut d'aller vous trouver sur-le-champ, monseigneur, au château de Saint-Germain... Je traversais à cheval la forêt, il faisait nuit. Arrivé devant cette petite maison du Pecq dont je vous ai parlé, je sentis mon cœur se briser, et je fus ariêié par une force irrésistible; toul-a-coup des cris fra()pciit mon oreille... c'était la voix d'une jeune lill* qui semblait se débattre contre la violence... Au secours, criait-cile... laissez-moi I... je m'élance vers une fenêtre d'où partaient ces cris... La fenêtre cède a

mes efforts... Une jeune fille toute éperdue se précipite vers moi comme vers un sauveur envoyé du ciel!... Je tire l'épée pour la défendre... A. cette vue, elle tombe sans mouvement, vous savez ie reste, monseigneur. Arrêté presque aussitôt parles gardes de la prévôté, j'appris que l'homme que j'avais trouvé attentant à l'honneur d'une femme, dans cette maison de si funeste souvenir, était le neveu de monseigneur le cardinal Ma zarin.

MAZARIN dans le plus grand trouble.

Que voulez-vous de moi maiolenant , monsieur?

MAULÉON

Le vœu que j'avais formé comme proscrit , je viens vous l'exprimer, monseigneur, avec plus d'instance encore, à la veille d'une condamnation capitale.. [Présentant un portefeuille à Mazarin.) Dans ce portefeuille est un acte d'adoption par lequel je reconnais Christine de Lara pour ma fille, et je lui lègue tous mes biens... ne vous refusez pas, monseigneur, à exécuter cette volonté dernière, à assurer le sort d'une malheureuse orpheline... et maintenant, monseigneur, encore une grâce.

M.tZAlUN.

Parlez !

HAULéoN remettant une lettre à Mazarin.

Celte lettre est adressée à M"" Christine de Lara... Je l'instruis du malheur qui m'a frappé... veuillez la lui faire parvenir, et si elle vient à Saint-Germain , monseigneur, laissezmoi la consolation de reinbrasser avant de mourir...

MAZAm^ , prenant la Litre.

Celte lettre, monsieur, lui sera remise...

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