‹ ThéâtreChapitre 446 sur 971 · SCENE YlII · texte numérisé non relu

SCENE YlII

SAINT-CUARLES, VAUTRIN, LAFOU- RAILLK.

LAFOURAILLE.

Foilà, mennesir, le baron te Fieillc-Chône!

Vautrin paraît vôlu d'un lialiil marron très-clair, d'une coupe très-antique, à gros Voulons de métal; il a une culotte de soie noire, dis ])as de soie noirs, des souliers ^ boucles d'or, un gilet carré à (leurs, deux chaînes de montre, cravate du temps de la Bévolulion, une perruque de clieveux blancs, une figure de vieillard , fin, usé, débauché, le paler doux et la voix cassée.

VAUTRIN, n Lafouraille.

C'est bien, laissez-nous. ( Lafouraille sort. A pan.) A nous deux, n.ons Blondet. (fTuuf.) Monsieur, je suis bien votre serviteur.

SAINT-CHARLES, à part.

Un renard usé, c'est encore dangereux. (Tlaut.) Excusez-moi, monsieur le baron, si je vous dérange sans avoir l'honneur d'être connu de vous.

VAUTRIN

Je devine, monsieur, ce dont il s'agit.

SAINT-CHARLES, à part.

Bah!

VAUTRIN

Vous êtes architecte, et vous venez traiter avec moi; mais j'ai déjà des offres superbes.

SAINT-CHARLES

Pardon, votre Allemand vous aura mal dit mon nom. Je suis le chevalier de Saint-Charles. VAUTRIN, levant ses lunettes.

Oh! mais attendez donc... nous sommes de vieilles connaissances. Vous étiez au congrès de Vienne, et l'on vous nommait alors le comte de Gorcum... joli nom !

SAINT-CHARLES, à part.

Enfonce-toi, mon vieux ! {Haut.) Vous y êtes donc allé aussi?

VAUTRIN

Parbleu ! Et je suis charmé de vous retrouver, car vous êtes un rusé compère. Les avez-vous roulés !... ah ! vous les avez roulés.

SAINT-CHARLES, à part.

Va pour Vienne ! [Bant.) Moi, monsieur le baron, je vous remets parfaitement à cette heure, et vous y avez bien habilement mené votre barque...

VAUTRIN

Que voulez-vous? nous avions les femmes pour nous! Ah rà, mais avez-vous encore votre belle Italienne?

SAINT-CHARLES

Vous la connaissez aussi? C'est une f^mme d'une adresse...

VAUTRIN

Eh ! mon cher, à qui le dites- vous ? Elle a voulu savoir qui jetais.

SAINT-CHARLES

Alors, elle le sait.

VAUTRIN

Eh bien, mon cher!. . —vous ne m'en voudrez pas? — Elle n'a rien su.

SAINT-CHARLES

Eh bien, baron, puisque nous sommes dans un moment de franchise, je vous avouerai de mon côté que votre admirable Polonaise.

VAUTRIN

Aussi! vous?

SAINT-CUARLKS.

Ma foi, oui !

VAUTRIN, riant.

Ah I ah ! ah ! ah !

SAINT-CUARLES, riant.

Oh : oh ! oh ! oh !

VAUTRIN

Nous pouvons en rire a notre aise, car je suppose que vous l'avez laissée là ?

SAINT-CUARLES.

Comme vous, tout de suite. Je vois que nous sommes revenus tous (ieux manger notre argent à Paris, et nous avons bien fait; mais il me semble,

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baron, que vous avez pris une position bien secondaire , et qui cependant attire l'attention.

VAUTRIN

Ah! je vous remercie, chevalier. J'espère que nous voici maintenant amis pour long-temps?

SAI>T-CaARLES.

Pour toujours.

VAUTRIN

Vous pouvez m'être extrêmement utile, je puis vous servir énormément, entendons-nous! Queje sache l'intérêt qui vous amène, et je vous dirai le mien.

SAINT-CUARLES, à part.

Ah çà, est-ce lui qu'on lâclie sur moi, ou moi sur lui?

VAUTRIN, à part.

Ça peut aller long-temps comme ça.

SAINT-CHARLES

Je vais commencer.

VAUTRIN

Allons donc!

SAINT-CHARLES

Baron, de vous à moi, je vous admire.

VAUTRIN

Quel éloge dans votre bouche?

SAINT-CHARLES

Non, d'honneur! créer un de Frescas à la face de tout Paris, est une invention qui passe de mille piques celle de nos comtesses au congrès. Vous péchez à la dot avec une rare audace.

VAUTRIN

Je pêche à la dot?

SAINT-CHARLES

Mais, mon cher, vous seriez découvert, si ce n'était pas moi, votre ami, qu'on eût chargé de vous observer, car je vous suis détaché de trèshaut. Comment aussi, permettez-moi de vous le reprocher, osez-vous disputer une héritière à la famille de Montsorel?

Et moi, qui croyais bonnement que vous veniez me proposer de faire des affaires ensemble, et que nous aurions spéculé tous deux avec l'argent de M. de Frescas, dont je dispose entièrement!... et vous me dites des choses d'un autre monde! Frescas, mon cher, est un des noms légitimes de ce jeune seigneur qui en a sept. De hautes raisons l'empêchent encore pour vingt-quatre heures de déclarer sa famille, que je connais : leurs biens sont immenses, je les ai vus, j'en reviens. Que vous m'ayez pris pour un fripon, passe encore, il s'agit de sommes qui ne sont pas déshonorantes ; mais pour un imbécile capable de se mettre à la suite d'un gentilhomme d'occasion, assez niais pour rompre en visière aux Montsorel avec un semblant de grand seigneur... Décidément, mon cher, il paraîtrait que vous n'avez pas été à Vienne 1 Nous ne nous comprenons plus du tout.

SAINT-CHARLES

Ne vous emportez pas, respectable intendant! cessons de nous entortiller de mensonges plus ou

moins agréables, vous n'avez pas la prétention de m'en faire avaler davantage. Notre caisse se porte mieux que la vôtre, venez donc à nous! Votre jeune homme e.st Frescas comme je suis chevalier et comme vous êtes baron Vous l'avez rencontré sur les côtes d'Italie; c'était alors un vagabond, aujourd'hui c'est un aventurier, voilà tout!

VAUTRIN

Vous avez raison, cessons de nous entortiller de mensonges plus ou moins agréables, disonsnous la vérité.

SAINT-CHARLES

Je vous la paie.

Je vous la donne. Vous êtes une infâme canaille, mon cher. Vous vous nommez Charles Blondet ; vous avez été l'intendant de la maison de Langeac; vous avez acheté deux fois le vicomte, et vous ne l'avez \>as payé .. c'est honteux ! vous devez quatre-vingt mille francs à l'un de mes valets ; vous avez fait fusiller le vicomte de Langeac à Mortagne pour garder les biens que la famille vous avait confiés. Si le duc de Montsorel, qui vous envoie, savait qui vous êtes... hé! hé! il. vous ferait rendre des comptes étranges! Ote tes moustaches, tes favoris, ta perruque, tes fausses décorations et ces broches d'ordres étrangers... {Il lui arrache sa perruque, ses favoris, ses décorations.) Bonjour, drôle! Commentas-tu fait pour dévorer cette fortune si spirituellement acquise? Elle était colossale; où l'as-tu perdue?

SAINT-CHABLES

Dans les malheurs.

VAUTRIN

Je comprends... Que veux-tu maintenant?

SAINT-CHARLES

Qui que tu sois, tape là, je te rends les armes, je n'ai pas de chance aujourd'hui: tues le diable ou Jacques Collin.

VAUTRIN

Je suis et ne veux être pour toi que le baron de Vieux-Chêne. Écoute bien mon ultimatum ; je puis te faire enterrer dans une de mes caves à l'instant, à la minute ; on ne te réclamera pas.

SAINT-CHARLES

C'est vrai.

Ce serait prudent 1 Veux-tu faire pour moi chez les Montsorel ce que les Montsorel t'envoient faire ici?

SAINT-CHARLES

Accepté! Quels avantages?

VAUTRIN

Tout ce que tu prendras.

SAlNT-CHABLES.

Des deux côtés ?

VAUTRIN

Soit ! Tu remettras à celui de mes gens qui t'accompagnera tous les actes qui concernent la famille de Langeac; tu dois les avoir encore. Si M. de Frescas épouse M'i« de Christoval, tu ne

VAUTRIN

seras pas son intendant, mais tu recevras cent mille francs. Tu as affaire à des gens difûciles, ainsi marche droit, on ne te trahira pas.

SAINT-CHAKLES.

Marché conclu.

VAUTRIN

Je ne le ratifierai qu'avec les pièces en main • jusque là, prends garde! (Il sonne; tous les gens paraissent.) Reconduisez monsieur le chevalier avec tous les égards dus à son rang. [A Saint- Charles, lui montrani Philosophe.) Voici l'homme qui vous accompagnera. (A Philosophe.) Ne le quitte pas.

SAINT-CHARLES, à part.

Si je me tire sain et sauf de leurs griffes, je ferai faire main-basse sur ce nid de voleurs.

VADTRIN.

Monsieur le chevalier, je vous suis tout acquis.

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SCENK IX.

VAUTRIN, LAFOURAILLE.

LAFOURAILLE.

Monsieur Vautrin !

VAL'TRIN

Ehbien!

LAFOURAILLE.

Vous le laissez aller?

VAUTRIN

S'il ne se croyait pas libre, que pourrions-nous savoir? Mes instructions sont données: on va lui apprendre à ne pas mettre de cordes chez les gens à pendre. Quand Philosophe me rapportera les pièces que cet homme doit lui remettre, on me les donnera partout où je serai.

LAFOURAILLE.

Mais après, le laisserez-vousen vie?

VAUTRIN

Vous êtes toujours un peu trop vifs, mes mignons : nesavez-vous donc, pas combien les morts inquiètent les vivansT Chut 1 j'entends Raoul... laisse-nous.

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SCr.NE X.

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