FABIO, LE COMTE CAMPIREALI, MAR- GARITA
LE COMTE
Dites-moi, la vieille... pourrait-on s'arrêter quelques instans ici ? celle montée est rude .. SI AROAitiTA, avec respect.
Comme il vous plaira, monseigneur?
FABio, examinant la chambre, avec dédain. Il ne faut pas être exigeant ici... Pouvez-vous nous donner de l'eau fraîche?
MAUARITA, avec volubilité.
Oui. messeigneurs; nous avons là tout près une source bien connue dans le pays! c'est là que viennent puiser toutes les jolies filles d'Albano! et Dieu merci, il n'en manque pas!... notre eau est si claire, si limpide!... et puis M. Jules est is beau garçon!... pur cristal de roche!...
FABIO
Eh bien! allez! allez donc !
MARGARITA
J'y cours. Ah! dam! c'est que je tiens à la réputation de notre eau!...
Elle sort.
LK COMTE, examinant la cabane.
Mais il y a erreur, Fabio.
FABIO
Non, mon père, non ; ce sont bien ici les rochers du Giogo; c'est bien la maison qu'on nous a indiquée.
LK CO-MTE.
Mais il est impossible que ce soit là la demeure d'un homme qui aurait osé lever les yeux jusqu'à votre sœur, jusqu'à la fille des Campireali. [Margarita rentre, apportant des verres et une bouteille d'eau en grès. ) Qui habite cette maison , bonne femme?
MARGARITA
M. Jules, monseigneur.
FABIO
Jules qui?
MAKGARITA.
Dam ! M. Jules !
LE COMTE
Il n'a pas un nom de famille?
MARGARITA-
Je ne lui en connais pas d'autre.
PARIO.
Qui sont ses parens?
MARGARITA
Je ne lui en connais pas non plus... C'est un pauvre orphelin, élevé, je crois, par le vieux peintre Tonio, à qui il avait été confié.
FABIO, avec impatience.
Mais enfin, qui e»t il ?
MARGARITA
Ah! c'est un joli garçon, dont toutes les filles raffollent et qu'elles aimeraient s'il voulait.
Ce n'est pas là ce qu'on vous demande.
MARGARITA
Il est très-bon au pauvre monde, souvent triste , mais toujours brave.
FABIO
Vous êtes bien sotte de ne pouvoir comprendre qu'on vous demande quelle est sa position dans le monde.
MARGARITA
Sa position?
FABIO
Oui, ce qu'il fait!
MARGARITA
Ah! c'est différent. 11 chasse, monseigneur, il chasse... quelquefois aussi il peint... il peint des madones... Dernièrement encore, il a fait mon portrait.
Jules, son fusil sur l'épaule, paraît sur la montagne. Musique en trémolo jusqu'à la sortie des Campireali.
LK COMTE, bas à Fabio.
Mais c'est incroyable d'audace!... Et voilà
L'ABBAYE DE CASTRO
l'homme qui, dit-on, vient rôder tous les soirs sous les fenêtres de ma lille Hélène!... HARGAitiTA, apercevant Jules.
Tenez, messeigneurs, le voila lui-même.
Les Mêmes, JULES, dt'poiani son fusil.
JLI.es, à ]iiirl.
Les Campirealichez moi ! quelle bonneforlune! Oh! accueillons-les comme des messagers de bonheur.
Le Comte et Fabio se lèvent, l.e Comte passe devant lui en le toisant avec mépris et s'arrête sur le seuil.
FABIO, raillant avec insolence.
Ehl l'ami... toi qui n'as pas de nom... il ne serait pas juste que nous eussions pris pour rien, chez toi, la seule chose que tu puisses offrir a tes hôtes. Quand tu viendras rôder autour du palais Campireali, avec cela du moins tu pourras t'acbeterun autre pourpoint.
Kn (lis.intcela, il jette aux pieils «le Jules une Iiourse, puis il s'éloigne avec son père. Jules reslf pétrifie, les yeun fixés sur la bourse. Maigarita emporte tout ce qu'elle avait mis sur la table.
ser de trace après moi, sans laisser de souvenir... C'en est fait, Hélène, Hélène, adieu!...
Il court vers le précipi' e, mais Ranuccio s'est jeté devant et lui barre le passage.
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