V AI
Moi? Vous le savez bien, je suis... j'ai Phonncur d'ctre, depuis divimii mois, greilier du conseil judiciaire de Saint-Omer.
MICIIKI,.
Ali ! oui... grelTier d'un tribunal !.. C'est là que vous devez en voir et en enresijirer de belles!
ni VAL.
Dans ma profession , je vois , j'ccoulc , jV-
r^-rris.. mais je n'ai pns le droit d'avoir une cpi-
MONTBaILLY.
^ion ni de rien dire... et quand je rentre dans -^voisin • OnV^f r^ ««« ^^ mon domicile... ou plutôt dans le domicile de de M, un tel? ^^^^^^ ^^ ^^^^°^
C est vrai, c'est vrai, pourtant... A votre santé !
A la vôtre!.. (Les deux'hommes, quî s'étaient levés vivement, pendant la dernière partie de cette scène, se rasse.ent ici , et reprennent leur déjeuner.) Voda pourquoi, mon bon Michel, dans la crainte de faire du mal et de devenir, sans le vouloir, un affreux calomniateur, j'aime mieux ne rien dire, rien, absolument ri^i.. j'aiSemleï^
mon domicile... ou plutôt dans le domicile de ma respectable cousine , la veuve Montbailly, chez laquelle j'ai le plaisir de vous recevoir ce matin , je garde le caractère et je continue de m'imposer les devoirs de ma profession... je m'abstiens de dire jamais mon avis sur ce qui se passe autour de moi... c'est qu'il m'est prouvé par expérience, mon brave ami, que la conversation la plus simple, à propos des affaires des autres, que le mot le plus innocent, qui ne va pas même jusqu'à la médisance, ne tarde pas, en se transmettant de bouche en bouche et d'oreille en oreille, à devenir une calomnie horrible qui compromet, qui tue celui qui en est la victime.
MICHEL
Ah bah ! vous croyez qu'il est possible...
DUVAL
Jugeons-en par la première chose venue... suivez-moi bien.
MICHEL
Je ne perds pas une syllabe. A votre santé!
DUVAL
A la vôtre. (Dans tous ces toasts, Michel boit toujours et Duval jamais. Il reprend.) Si vous dites à un voisin bien innocemment, sans intention, pour parler, uniquement pour parler: Qu'est-ce que vous pensez du ménage de M. un tel ? Eh ! eh ! vous répond le voisin, il paraît qu'il n'est pas très bien avec sa femme... mi autre voisin ajoute: Comment donc? mais il est horriblement mal avec sa femme. Survient un troisième voisin qui vous dit : Il bat sa femme; puis une voisine qui ajoute... Il la fera mourir, il la tuera... c'est un monstre, un scélérat qui est capable de toutes les horreurs. On se sépare , et chacun s'en va avec la dernière opinion, celle qui a été donnée par la voisine. Chacun va chez soi, à ses affaires, et voit son monde, ses amis, ses connaissances, et chacun donne aux autres, toujours sans méchanceté, les impressions qu'il a reçues ; et bientôt la scélératesse du mari passe eh proverbe dans toute la ville, si bien qu'un beau jour la femme vient a mourir d'une lièvre maligne ou d'une fluxion de poitrine... quelqu'un dit tout naturellement que le monstre a empoisonné sa femme ; et chacun le croit, et chacun en est certain, et l'on trouve cent preuves pour une, et le pauvre diable de mari, qui est au fond une excellente créature, a toutes les peines du monde pour ne pas être pendu!
MICHEL
Ah ! mon Dieu !
DUVAL
Il est pendu... et à qui la faute? à qui s'en prendre? A Faccusateur?.. Du tout... Aux témoins?.. Non pas... Au médecin ignorant, qui atteste que réellement sa femme est morte par le poison?.. Non, non, ce n'est pas cela; vous n'y êtes pas, mon cher ami... la faute en est à vous, à vous seul.
MICHEL
A moi !
MICHEL
Oh ! vous, on vous rend bien justice mon cher M. Duval; voulez-vous que ji vous'dSe? vous êtes trop bon. '
DUVAL
Eh bien ! non, je vous assure que je ne le SUIS pas trop. ^ •'
MICHEL
Je vous dis que si.
DUVAL
Je vous dis que non.
MICHEL
Vous êtes mille fois trop bon. A votre santé'
DUVAL
A la vôtre !
(Un courrier entre en scène par le fond, tenant à la mam une lettre caclietée de noir.)