‹ ThéâtreChapitre 557 sur 971 · DUVAL, SUZANNE · texte numérisé non relu

DUVAL, SUZANNE

DUVAL , arrêtant Suzanne qui se dirige vers le fond du théâtre.

Vous me fuyez, Mademoiselle?

SLZANNE.

Pardon... Je ne vous avais pas vu, M. Duval.

Vous avez hâte de sortir ?

SUZANNE

Oui ; je vais reporter cet ouvrage que Thérèse et moi nous venons de terminer.

DUVAL

Toujours au travail!., vous, élevée dans le luxe et l'opulence, vous qui devriez, qui pourriez aujourd'hui...

SUZANNE

Oh ! ne cherchez pas à me rendre ambitieuse, à me faire jeter un regard de regret vers une existence qui ne peut plus être la mienne... 11 y *a un an , mon père, ruiné par de malheureuses opérations de finance, est mort de douleur en songeant surtout à la misère qui allait peser siu* ses enfans ; et moi , plus forte que ma sœiu", j'ai dû accepter, avec courage, avec résignation, l'épreuve que Dieu envoyait aux pauvres orphelins ! La richesse, je ne la désire plus pour moi ; et pour ma sœur , je suis tranquille.

DUVAL

Comment? "

SUZANNE

Je l'espère, elle épousera celui quelle aime, qui lui fut destiné dès l'enfuice, et avec lui, elle n'aura rien à regretter de notre opulence d'autrefois.

DLVAL.

Celui qu'elle aime?.. Ah! l'écolier qui fut l'ami de \otre pèie, qui part aiijoiu'd'hui |)our aller achever à Toulouse ses éludes (le jurisprudence... M. Olivier, c'est lui, n'est-ce pas?

M. lîuval, c'est le secret de ma sœur; vous me pardonnerez de ne pas répondre à vos questions. Je vous salue.

DUVAL

Un instant! un instant encore. Mademoiselle, et ne partez pas sans m'avoir promis que vous aussi, vous accepterez enfin, et pour la vie, l'appui, la protection d'un ami (pii n'a pluscpi'uu désir an fond de l'àme, c'est de vous faire oublier tous vos chagrins, c'est de vous prouver. Mademoiselle...

SUZANNE

Je vous comprends, M. Du val; cot ami, c'est vous, n'esl-il pas vrai? vous à qui j'avais demandé instainmenl de ne plus me parler de ce que vous appelez votre amitié.

DUVAL

j'éprouve; oui, mon amour! je puis, avec assurance, et sans vous offenser, Mademoiselle, vous offrir celui d'un époux.

SUZANNE

Moi , votre femme !

DUVAL

Dites un mot, et je vais, pour cette union, solliciter l'agrément de ma chère cousme.

SUZANNE

IM. Duval, je dois vous répondre avec franchise, je ne puis être votre femme...

DIVAL.

Quel obstacle?

SUZANNE

Uiiseul...

DUVAL

Vous ne m'aimez pas!.,

SLZANNE.

J'en aime un autre...

DUVAL

Un autre!., et qui donc?., si ce n'est pas ce jeune Olivier...

SUZANNE

Lui !.. il est appelé à de hautes destinées, et je vous ai dit que moi, j'étais résignée à vivre et à mourir pauvre...

DUVAL

Mais enfin, quel est donc ce rival? refuserezvousde me l'apprendre?..

SUZANNE

Non, ce n'est plus le secret de ma sœur, c'est le mien, et je puis vous le dire,,, celui que j'aime... c'est un ouvrier de celte maison... comme moi, sans fortune... sans famille... un ouvrier bien méchant, bien colère, à ce qu'on dit souvent autour de moi... c'est vrai, mais je l'aime...

DUVAL

0 ciel!.. Georges, n'est-ce pas?

Oui, Georges...

DUVAL, à part.

Toujours! toujours lui !..

SUZANNE

Oh ! je connais tous ses défauts, il est emporté, violeiu, querelleur... un caractère affreux, qui lui fait bien des ennemis, et dont j'aurai peut-être beaucoup à soulliir,., mais ([ue voulez- vous, M, Duval? je l'aime ! je l'aime parce que le cœur deceihonnnesibrtisqiu'j siviolenl.., est grand et généreux;jeraime, i)arceque.,. écoutez, et vous verrez si mon amour ii'osl pas ini devoir.,, lorsque je plemais la mort de mon père, lorsqu'on venait autour de son cercueil... saisir le peu de meubles (ju'il n'avait pas encore vendus dans sa détresse ; lorsque nousétionsabaiulouiiéesde tous ses amis,,, car Olivier lui-nu'Mue ignorait iu)tre infortune, ma sœur, en voyant les hommes si oublieux et si inqiiloyables,,. ma pauvre sœur osa douter un inslaiU de la bonté de Dieu,., dans son désespoir, elle s'arracha de mes bras, résolue à mourir... oui, mourir par un suicide.,, et ce fut lui, ce fut Georges qui se précipita daius le» Ilots pour lui sauver la vie, ce fut lui (|ui la ramena dans mes bras.., qui nous conduisit l'une et l'auUe auprès de votre cousine.,, sans lui, Thérèse et nu)i nous serions mortes de misère et de Mon amour, Suzanne!., car j*^ ne chçrcbo^faim... Eh! que m'importent ses défauts, quand

MONTBAILLT.

je lui dois tant de reconnaissance... c'est depuis»^ (Au même moment, par le fond à gauche, entre

huit jours seulement qu'il m'a fait l'aveu de sa tendresse... mais, moi, je l'aimais... oh! je l'aimais de toute la force de mon âme, depuis un an, depuis que j'étais orpheline... depuis qu'il m'avait rendu ma sœur...

DUVAL, froidement.

Et supposez-vous que ma cousine puisse consentir à votre mariage?..

SL'ZANXE.

M"" Montbailly!.. quel motif, et quel droit aurait-elle donc pour s'y opposer?..

DUVAL

C'est juste! tout ce qu'on dit dans la ville à ce sujet n'est que fausseté et mensonge ; mais malgré soi, à force d'entendre...

SUZANNE

M. Duval, expliquez-vous, tout ce qu'on dit dans la ville...

DUVAL

Pardon! c'est ce Michel, avec tousses propos, qui m'a brouillé la cervelle...

SUZANNE

M. Michel !.. le maître serrurier... que disait- U?..

DUVAL

Bien... rien... c'est un fou qui voit tout en mal...

SUZANNE

Enfin, que disait-il?

DUVAL

Dieu me garde de me faire l'écho de pareilles infamies...

Cependant, M. Duval...

DUVAL

N'en parlons plus... vous refusez ma main, vous en aimez un autre... c'est bien, très bien... je vous sais gré du moins de votre franchise... je vous prie d'oublier, Mademoiselle, la déclaration imprudente que j'ai osé vous faire, et je souhaite que vous soyez heureuse... Quant à ma respectable cousine, je suis sûr, comme vous, qu'elle n'a aucun motif pour s'opposer à votre mariage... aucun droit d'être jalouse de vous...

SUZANNE

Jalouse!..

DUVAL

J'en suis sûr... et s'il y a un obstacle, ce n'est pas d'elle qu'il viendra...

SUZANNE, à part.

Jalouse! M'* Montbailly!.. le droit d'être jalouse de moi!., ah! mon' Dieu! mon Dieu! je n'avais jamais eu cette pensée...

GEORGES, dans la coulisse.

Non , mordieu ! ça ne se passera pas comme ça... celui qui a dit ça est un misérable...

SUZANNE

Ah! Georges!..

DUVAL

En effet... c'est lui !.. uie querelle , comme à son ordinaù-e...

Oh ! dans cet instant, je ne puis... je ne veux pas le voir... Adieu, adieu, M. Duval...

(Elle sort vivement par la droite.)

DUVAL

Serviteur, Mademoiselle,,,

Georges entouré de tous les ouvriers, et se querellant avec eux.)

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