SCÈNE IV
DUVAL, seul.
Et toi , tu es, avec ta probité et ta franchise , le sot le plus crédule et le bavard le plus dangereux que je puisse mettre en avant pourTexécution de mes projets... Cours, en me quittant , mon brave Michel , marionnette que je fais marcher et mouvoir à mon gré , sans que tu t'en doutes, instrument dont je tire tous les sons, tons les bruits qu'il me plaît de jeter aux oreilles des oisifs et des curieux de cette petite ville, cours répéter ce que tu viens d'entendre. Ce Georges, qui ne t"a jamais fait de mal , et qui te déplaît seulement parce que je l'ai voulu , c'est toi qui m'aideras à le perdre... il est violent, emporté, sa force est prodigieuse... Je l'ai éprouvé il y a long-temps lorsque lui et mol n'avions encore qu'une quinzaine d'années; et j'ai toujours sur le cœur les... les mauvais traitemens de mon jeune camarade... Mais dès cette époque, j'aimais à vivre tranquille, et la rancune s'arnassait là, tout doucement, sans que rien s'exhalât au-dehors... Je le perdrai, lui que je hais, liù qui m'a oflusqué depuis mon enfance , lui qui finirait peut-être par m'enlever l'héritage de ma cousine , je le perdrai... Un coup de langue peut être plus dangereux qu'un coup d'épée , plus mortel qu'un coup de poignard. Je le ferai délester, mépriser dans tout Saint-Omer, et jamais il ne devinera d'où lui vient ce mé,)ris et cette haine ; je le brouillerai avec sa protectrice, et il scn prendra de ses malheurs à tout autre qu'à moi... il ne songera pas même à me soupçonner, parce que... je ne suis pas bon coniaie le croit cet imbécilie de Michel... Mais à présent, comme autrefois, j'aime à vivre tranquille,,. (Regardant vers la gauche.) Ah ! Slizaii»