SCÈNE X
GEORGES, seul.
Que dois-je croire?., et comment contenir, comment fixer toutesles pensées qui viennent a la fois se réunir, se confondre dans ma tète, et la brisent? Suzanne... me tromper!., cette lettre... ce n'est pas la première qu'elle a reçue, et dont jamais je ne lui ai demandé compte... J'aurais rougi , moi qui l'aime tant, moi qui lui ai donné toute ma confiance, qui ai mis en elle toutes mes espérances de bonheur, j'aurais rougi de paraître même la soupçonner un instant... mais s'il était vrai... et c'est ma mère qui me l'assure... une mère n irait pas à plaisir jeter la jalousie, le désespoir au cœur de son fils... ah ! s'il était vrai, ce serait le comble de la perfidie, et, alors, malheur a toi, Suzanne, et à lui, cet infâme qui aurait brisé toute ma vie en m'enlevant ton amour... malheur! ah ! malheur à moi-même! car je ne vous survivrais pas! Mais, mon Dieu ! je suis bien insensé de chercher ainsi moi-même tous les motifs qui peuvent me torturer l'àme et augmenter mes soupçons, lorsque d'un mot, un seul mot peut-être* Suzanne va les détruire... Non, elle n'est pas, elle ne peut être parjure; non, si elle me trompait, elle n'aurait pas en ma présence ce calme, cette tranquillité... non... j aurais surpris dans ses regards un indice de sa trahison. Je vais la voir, je vais la prier de me montrer celle lettre, et, j'en suis sûr... elle n'hésitera pas, et, quand je l'aurai lue, je n aurai qu'à lui demander grâce de mon injuste défiance... Elle est là... entrons... (Marchant vers la chambre à droite , puis s'arrêtant tout-à-coup après avoir entr'ouvert la porte.) La voilà! comme elle est émue ! et cet écrit est dans ses mains... elle le lit, elle le relit encore, et son émotion augmente. . . et puis, elle se lève, elle regarde au dehors avec inquiétude, comme si elle attendait quelqu'un... (Allant regarder au fond, à la fenêtre qui donne sur le jardui.) Ah ! le voilà !.. c'est lui... je le reconnais... Olivier!.. Olivier!.. Ah! je veux a l'iDStant... (Il fait qiiçlqnçs pas, puis s'arr«lç.) Je «<^ larmes.
o^ne puis... la colère... je tremble... mes genoux fiéchissent, ma vue se trouble, et je ne vois plus rien...
(Il tombe comme anéanti sur un canapé, au fond
du théâtre. Entrent, par la droite, Suzanne , et
Olivier par le fond.)