‹ ThéâtreChapitre 600 sur 971 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MICHEL, LE Notaire, Peuple, puis, un instant après, DUVAL.

(Moment de silence de tous les personnages restes en scène, à la télé desquels est Michel; on regarde, avec une curiosité inquiète, du côté de la chambre de gauche.)

MICHEL

N'approchez pas ! n'approchez pas! la chambre est déjà pleine de monde, et dans l'intérêt même de celte pauvre femme... on nous fait signe de nous éloigner... on ouvre la fi'nctre... on essaie de lui faire respirer l'air, on renlourc, et Je ne vois plus rien!..

TOUS

Rien!..

Quel malheur pour M. Georges, si en effet i| doit perdre sa mère.. .je venais avec vous, décidé à demander son expulsion de la ville, et maintenant je ne puis m'enipécher de le plaindre... sa douleur est siiici're, je le crois, et j'ai beau lui on vouloir, j'ai beau me ra|)peler tout le mal qu'il a fait... ma colère cesse devant son infortune...

(Duval sort de la chambre avec les autres personnes tt^t qui ly avaient suivi.)

MONTBAILLT.

MICHEL , et tous les autres.

Eh bien?.,

DUVAL, d'un air désolé.

Eh bien, je n'ai plus d'espérance... et le médecin n'arrivera que pour constater le décès de ma pauvre cousine...

MICHEL

Mais n'aviez-vous pas été chargé par elle , de lui amener M. le Notaire?..

(Il montre un des personnages qui l'entourent.) DTJVAL, au Notaire.

Oui, elle semblait prévoir sa destinée... et je m'en souviens, Monsieur, ce papier que je devais TOUS remettre pour elle... et sm- lequel elle voulait vous consulter en présence de tous ses amis... LE NOTAIRE, prenant le papier et le parcourant. Ce papier... vous ne l'aviez pas lu, M. Duval?..

DUVAL

Non, j'étais si préoccupé, si effrayé de l'état oii j'avais laissé ma parente...

LE NOTAIRE

Écoutez, écoutez tous... dans les circonstances actuelles, cet écrit peut donner lieu à d'étranges conjectures. (Tous les personnages se pressent autour du Notaire, qui lit.) « Je sens que ma fln » approche, et c'est l'ingratitude de mon fils qui » me conduit au tombeau , prête à paraître de- » vaut Dieu, je déclare que je maudis et que je » déshérite mon fils... »

Tors.

Maudit! déshérité!

LE NOTAIRE

Il faut convenir que si la voix publique a dit vrai, tous deux ont eu envers elle des torts impardonnables... n'est-ce pas, M. Michel?

MICHEL

Sans doute... il était brutal... emporté... et la jeune femme pleine d'orgueil et d'arrogance, n'est-ce pas, M. Duval?

DUVAL

Moi! je ne sais rien, je ne dois rien dire... lorsqu'une si grande catastrophe vient peser sur ma famille, qu'il me soit permis du moins de garder le silence...

MICHEL

Enfin , ils l'avaient forcée de les maudire, elle si bonne... elle qui les avait tant aimés... et c'est dans ce moment qu'elle est morte dans leuis bras...

(Ici Duval marche lentement et comme sans intention vers le secrétaire, et tout le monde suit son mouvement.)

LE NOTAIRE

Ici... à deux pas de ce secrétaire, que sans doute elle venait d'ouvrir...

MICHEL

A moins que ce ne fût M. Georges ou sa femme...

DUVAL

Impossible ! ma cousine elle seule en avait la clé.

LE NOTAIRE

Mais elle a pu la leur donner...

DUVAL

Ce n'est pas probable, elle venait de les déshériter... e®s

MICHEL

Eh bien ! ils ont pu la lui prendre...

DUVAL

0 ciel! que dites-vous? quel affreux soupçon, Michel!..

LE NOTAIRE

Allons, du calme... du sang-froid... et par grâce, veuillez me repondre, M. Duval... que renfermait ce secrétaire?..

TOUS

Oui, oui... parlez, que renfermait-il?..

DUVAL

Une partie de la fortune de ma cousine...

(Il va se placer devant les deux valises.) MICHEL.

Tous ces papiers... regardez! regardez! et par ici... qu'est-ce que cela?

(Il montre les valises , devant lesquelles Duval s'est

arrêté.)

DUVAL

Ah ! les valises de voyage que devaient emporter Georges et Suzanne !

MICHEL

Un contrat de rente!., des billets!., de l'or!..

TOUS

De l'or!..

DUVAL

Tout cela appartenait à leur mère...

MICHEL

Des bijoux !

C'étaient ceux de leur mère !..

MICHEL

Eh bien ! amis, eh bien ! croyez-vous encore que mes soupçons soient injustes...

TOUS

Non, non... quelle horreur!..

MICHEL

Ils ont mis le comble à leurs infamies... ils se sont lassés de la tuer en détail... ils ont voulu achever leur crime d'un seul coup... ils l'ont tuée pour rendre nul l'acte qui les privait de sa fortune... ils ont tué leur mère pour s'emparer de son or et de ses bijoux... Vengeance pour la mère !

LE NOTAIRE

Justice contre les coupables ! un magistrat !

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