SCÈNE III
GEORGES, SUZANNE
TOUS DEUX, s'embrassant et fondant en larmes. Suzanne! Georges!
SUZANNE
J'avais cru ne plus te revoir... Les cruels!., ah!., qu'ils nous frappent, qu'ils nous tuent... mais ensemble; n'est-ce pas, ensemble?
Allons, apaise-toi, Suzanne. Bientôt, peut-être, on nous rendra justice... le ciel ne voudra pas qu'au nom de la loi on assassine deux innocens.
SUZANNE
Le ciel... ah ! le ciel nous abandonne... Si tu savais, ami... tiens! vois... j'en frémis encore... quand je suis entrée dans cette salle, je croyais qu'on me laisserait parler, du moins, et ma défense me semblait bien facile... mais que répondre à des injures, à des menaces?., oui, nos juges eux-mêmes sont à l'avance, pour nous, des ennemis impitoyables... ils m'interrogeaient avec colère... et leur justice... c'est de la haine, c'est de la vengeance... Alors, l'indignation m'a rendu un peu de courage, et me tournant vers le banc où sont assis les avocats : Défendez-moi, me suis-je écriée... Défendez-nous; mon mari n'est qu'un artisan, un homme de cœur et un honnête homme , mais qui ne trouvera pas de paroles aussi puissantes que les vôtres pour prouver la vérité... et moi, moi, je ne suis qu'une pauvre femme , prête à perdre la force et la raison devant cet amas d'impostm-es... défendez-nous; c'est votre devoir, défendez-nous!
GEORGES
Eh bien ?
SUZANNE
Eh bien! Georges... le croirais-tu?., tous, ils m'ont répondu en m'insultant, comme avait fait ce peuple, comme avaient fait nos juges... non, non, pas de défenseurs, pas d'avocats pour les parricides... Alors... oh! alors, abandonnée de tous... tu n'étais pas là, Georges, et vainement je cherchais autour de moi dans cette foule un regard, un seul regard de compassion... lorsque mes veux se sont fixés sur cette image qui domine le tribunal, cette image du Christ, placée là, sans doute, pour annoncer aux plus grands criminels qu'il y a pour eux encore un Dieu de clémence et de miséricorde. Je suis tombée à