SCÈNE II
GEORGES, seul.
Oh! je tiendrai bon, mordieu! je tiendrai bon jusqu'à la lin, je ferai taire tout ce peuple d'ennemis, tous ces furieux, ces insensés qui semblent ligués ensemble pour nous perdre , pour répéter à la face du ciel cet eUroyable mensonge!.. Georges Montbailly a tué sa mère! ma mère ! il y a six heures à peine que je t'ai perdue, que tu es moite en m'ombrassant; tu as été pour moi à ton dernier soupir ce que lu étais autrefois, la meilleure, la plus tendre des mères... et maintenant, maint<!iiant que tes restes inanimés sont abandonnés à la garde de nos ennemis, c'est à peine s'ils m'ont laissé un instant pour penser à toi et poin- te pleurer , ma pauvre mère ! (Tumulte dans la coulisse de gauche.) Ah! toujours, toujours ces cris de fureur qui nous poursuivent... Suzanne! elle est Jà!.. elle m'attend! et jo ne puis franchir cette porte pour aller lui tendre la main, ^S-" genoux, et à ce Dieu, moi, je n'ai demandé que
sence et mes regards... Ah ! c'est pour elle surtout que je tremble.,. Oui, si tu m'as choisi, grand Dieu , pour être un exemple effrayant de l'erreur ou de l'injustice humaine , pitié pour elle du moins ; sauve-la, sauve-la, et jusque sous la hache du bourreau, je te bénirai , Seigneur, je te bénirai !
(Les cris redoublent, la porte de gauche s'ouvre, Suzanne, pâle et avec tous les signes de la plus grande terreur, paraît sur les degrés, conduite par Duval ; elle aperçoit son mari , et va se jeter en pleurant dans ses bras. Duval rentre, la porte se referme. Le bruit ne se fait plus entendre que sourdement, puis il cesse tout-à-fait.)