‹ ThéâtreChapitre 62 sur 971 · LÉONARD, DIANE · texte numérisé non relu

LÉONARD, DIANE

DIANE, cherchant à retenir Louis qui sort. Non, non. monsieur, j'avais souhaité parler à M. Léonard Asthon... à lui seul... Je dois me retirer, puisque je ne l'ai pas rencontré.

LÉONARD

Ne pourriez-vous dire à son ami le plus cher... ce que vous vouliez lui demander î

DIANE

Je n'ai plus rien à demander à M. Asthon luimènio, monsieur; le refus qu'il fait de me rccovoir m'en dit assez... C'est ma... condamnation.

LÉONARD

Votre condamnation.,, mais Léonard n'a pa«

refusé de vous recevoir.

MAGASIN THEATRAL

DIANE

Pourquoi donc n'est-il pas ici ?

l,io:?îARD, à part.

Elle ne me connaît pas. {Haut.) Mais si c'était lui qui vous parle ?

DIANE

Lui ? ah I monsieur, je ne sais qui vous êtes ; mais il y a de la cruauté à espérer tromper une pauvre femme aveugle... Lui, dites-vous? lui qui me parle?... Je connais Léonard Asthon, monsieur.

LÉONARD

Vous le connaissez ?

DIANE

Ohl oui... je le connais.

LÉONARD, à part.

C'est donc vrai... un autrcl... ah je découvrirai l'infâme. {Haut.') Ainsi vous connaissez Léonard Asthon?

DIANE

Dieu m'a refusé de voir le jour qu'il a fait et le visage de ceux à qui je parle... mais si au milieu de ce château où je suis perdue, j'avais entendu un seul accent de sa voix... oh ! je l'aurais reconnue au milieu du murmure de mille autres; elle m'eût éclairée, elle m'eût guidée, et j'aurais couru vers lui, pour lui demander grâce et pitié.

LÉONARD

Vous, demander grâce et pitié à Léonard Asthon... et pourquoi?

DIANE

Ahl monsieur... qui que vous soyez, n'abusez pas du trouble d'une infortunée, du désordre d'un cœur désespéré... laissez-moi... laissez-moi fuir. Ahl il n'a pas voulu sans doute ajouter à son crime celui de me livrer à la risée de ses amis.

LÉONARD

Lui, lui, Léonard Asthon... vous ne pouvez le croire... mais c'est un homme d'honneur... mais c'est un noble et brave soldat... mais il est incapable d'une pareille infamie t

DIANE

Mais, encore une fois, pourquoi n'est-il pas ici? LÉONARD, après avoir hésité.

Eh bien, je dois vous l'avouer, le billet que vous lui avez fait écrire ne lui est point parvenu ; c'est dans mes mains qu'il est tombé.

DIANE

Etvousavei abusé...

LÉONARD

J'en avais peut-être le droit. Écoutez-moi, je vous en prie : supposez que ce soit le père de Léonard Asthon qui soit devant vous et qui vous interroge.

DIANE

Son père?

LÉONARD

Supposez que tout ec ([ue je puis vous dire en

son nom soit sacré comme si ces paroles passaient par la bouche d'un vieillard qui ne saurait mentir.

DIANE

D'un vieillard?... Êtes-vous véritablement un vieillard, monsieur?... Oh! ne me trompez pas... ce serait affreux... Je ne vous vois pas, moi... Oh ! par grâce ! qui êtes-vous ?

Ne me demandez pas qui je suis; mais recevez le serment que je fais devant Dieu que vous êtes en face d'un homme pour qui vous êtes sainte et respectable , d'un homme qui dès ce moment se voue à partager votre vie et votre honneur, d'un homme qui fait sa cause de la vôtre, d'un homme qui vous sauvera.

DIANE

Je vous crois, m.onsieur; je sens à votre accent que vous dites la vérité... Non, ce n'est pas ainsi qu'on ment... Eh bien donc, monsieur...

Elle s'arrête et écoute autour d'elle.

LÉONARD

Nous sommes seuls.

DIANE

Eh bien 1 monsieur... sauvez ma vie et celle de mes frères.

LÉONARD , à part.

Ah! malheureux!... la vie de ses frères...

DIANE

Allez à Léonard, dites-lui que je suis ici... dites-lui que je lui demande qu'il rende l'honneur à la paune fille qu'il a perdue à l'heure où elle venait de le sauver.

LÉONARD

De sauver Léonard Asthon?

DIANE

Oui, Léonard Asthon... Mais vous ne savez donc rien, monsieur?

Rien de cet affreux secret; mais parlez, au nom du ciel! parlez... il faut que je sache tout; il le faut, entendez-vous?... car il faut que je vous sauve, maintenant!

DIANE

Je ne puis vous comprendre... Mais vous, son ami, vous devez savoir qu'il a été proscrit?

LÉONARD

Oui, cruellement proscrit.

DIANE

Vous devez savoir qu'il a cherché un asile à quelques lieues dici.

LÉONARD

Aux environs d'Ancenis.

DIANE

Et vous savez sans doute où il a trouvé cet

asile?

LÉONARD

Je le sais.

DIANE DE CHIVRI.

DIAÎTE.

Eh bien! monsieur, je suis Diane de Chivri, la petite-fiUc de M™'' de Kermic, de celle dont il a si lâchement trahi l'hospitalité.

tÉONARD.

L'hospitalité de M'^'c de KermicI...A mon tour je ne vous comprends plus.

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