‹ ThéâtreChapitre 621 sur 971 · SUZANNE , MICHEL · texte numérisé non relu

SUZANNE , MICHEL

SUZANNE, sans voir Michel, se levant et marchant avec agitation.

On l'emmène! je ne le verrai plus! il va périr! Georges! Georges! il va périr... et moi, moi, qui suis forcée de lui survivTe, je ne trouverai pas, pendant le peu de temps qui lui reste, un ami , un setd à qui je puisse dire encore qu'il n'est pas coupable, à qui je puisse donner enfin une preuve de son innocence pour l'arracher à l'échafaud. Des preuves!., il n'y en a pas, pas une seule pour nous justifier... il y en a mdle pour nous perdre... et cependant, cependant ces preuves sont mensongères comme les paroles de nos accusateurs... (En marchant, elle se trouve près de Michel , le reconnaît , et recule avec horreur. ) Ah! quel est cet homme? Que fais-tu ici?., pourquoi ces soldats t'ont-ils laissé dans cette chambre? Est-ce un nouvel outrage, ime nouvelle angoisse que tu viens me faire subir ! Vat'en ! misérable!., meurtrier de mon pauvre Georges!., va-t'en! cours avec tous les tiens pour Repaître tes yeux du supplice de la victime!.. Puisse tout son sang te rejadhr au visase, et laisser sur ton front une tache que ne pourront jamais effacer ni larmes, m prières!.. Va-t'en! va-t'en!

MICHEL , tombant à genoux.

Pitié ! pitié, Madame, ne m'açcablçz pas ! e®»

^ SUZANNE

Ah!., qu'ai-je vu? l'accusateur aiLX genoux de celle qui a commis le crime ! le bourreau demandant grâce à celle qui doit mourir de sa main !

MICHEL

Ne m'accablez pas... j'ai cru être juste, j'ai cru dire la vérité... oh! je vous le jure... par mon vieux père, par mes enfans, je vous le jure... ce que j'ai dit au tribunal , je le croyais.

SUZANNE

Et tu en doutes à présent ?

MICHEL

Non, je ne doute plus... non... votre voix vient de retentir là , puissante et terrible , comme si c'était celle de Dieu... non, je ne doute plus... non, je suis sûr de votre innocence...

SUZANNE

Et cependant , on va le tuer, lui !

MICHEL

Oui, le tuer! le tuer, il est trop vrai... et cette mort est mon ouvrage !

SUZANNE

Mais, dis-moi, qui t'a fait notre ennemi?., quels torts avons-nous jamais eus envers toi ? Enfin quels motifs as-tu donc pour justifier cette haine acharnée qui nous conduit à la mort ?

MICHEL

De la haine? je n'en avais pas, non, le ciel m'en est témoin ; je n'ai pas de torts à vous reprocher, et vous ne m'avez jamais fait de mal... Et cependant , tous mes souvenirs me reviennent, et c'est en frémissant que je rentre en moimême... Oui , misérable que je suis, depuis six mois , depuis le jour de votre mariage , ma pensée de tous les instans, de toutes les heures, a été de vous nuire , de vous perdre , en irritant contre vous et votre mère et tout ce peuple qui ne m'a que trop bien obéi... Et je le répète , je croyais être juste et me conduire en honnête homme. Ah ! c'est que ce n'est pas d'après moi , sans doute , que je pensais , que j'agissais ainà !

SUZANNE

Comment! que dis-tu?.. Parle donc... parle donc... quelques minutes encore, et Georges ama cessé de vivTe.

MICHEL

Eh bien ! il y avait toujours entre vous et moi, comme il y avait entre vous et votre mère , un homme qui vous justifiait sans cesse , et qui ne parvenait cependant qu'à vous faire croire plus coupables... un homme qui voulait toujours rétabhr la paix dans cette famille, et qui poiu-tant ne se séparait de nous qu'après nous avoir tou* irrités davantage...

SUZANNE

Cet homme , quel était-il !

(Entrée, par la gauche, de Du val.)

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