‹ ThéâtreChapitre 639 sur 971 · ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X

Non , docteur, car je n'ai pas d'argent pour vous payer.

GEORGE, avec explosion.

Mais j'en aurai, moi, mon pèie! J'en trouverai , Monsieur, je vous paîrai tout ce qu'il faudra... Mon Dieu! il n'y a pas même de quoi soignci- mon |)6re, ici!., et je n'en savais rien, et je ne devinais rien ! et j'étais iii les bras croisés à rêver la fortune dans l'avenir, à remettre le travail à demain... Monsieur, consultez, ordonnez, n'épargnez rien, surtout; J'aurai aujourd'liui même tout l'argent nécessaire à la vie de mon père! Je m'en retourne à l'aielier de ce pas... je m'en vais travailler sans retard et sans relâche. Oli ! je n'ai |)Ius de mai, mainlenaiit... non, plus l'ien !.r (Il jetie son tcliarpc en l'air.) Toute ma force est revenue, (il agile sou bras.) Mon père soullre, je suis guéri !

(Il va prendre ses iiislriimens de travail.) SAMliEIi , se levant à tlenii.

Reste, reste, mon nol)lc enlaiit, ton dévouement est inutile, car je sens que je vais mourir.

J,E MÉDKCIN.

C'est une imprudence, jeune homme, dans l'état où je vous vois.

GEOUGE , (lécrocliant ses instrumens pendus à la muraille.

Allons, mes fidèles outils, dérouillons-nous! (Les agitant.) Bah! ils ne pèsent pas une once, aujourd'hui.

PAUL, allant à George et voulant le retenir. Entends-tu, Ceoige, c'est une imprudence, tu ne peux travailler encore sans danger !.. Reste, reste !

GEORGE, entraînant r.nd.

Oh ! je n'écoute rien... A l'œuvre ! à l'œuvre! mon père soullie, je suis guéri!

(Il sort vivement avec Paul.)

SCI'XK IX.

SAMUEL, LE MÉDECIN, puis PAUL.

SAMUEL

Le noble cœur... il s'expose en vain, car ma fin avance. Dieu m'a donné de braves enfaiis, Monsieur! et c'est bien le moins (pic je ne leur laisse pas en mourant un héritage de délies... Approchez-vous donc, de grâce !.. et écoutez !..

LE Mi.UECIN.

Vous vous fatiguez trop... attendez un peu pour parler.

SAMUEL , avec un sourire triste.

Je n'ai pas le temps. Monsieur...

PAUL, rentrant, à part, au fond du théâtre. Ah! ne pourrais-jc donc rien de plus que veillcrnion père?

(Il va auprès du berceau, sans être vu de persunnc.)

SA M (Kl,.

Comme je vous le disais à votre arrivée, je ne vousai pas ifait venir pour contracter de nouvelles dettes , mais pour payer les vieilles

LE MÉDECIN

Je ne vous comprends pas encore.

SAM r IL.

Personne ne nous entend ?

PAUL , à part.

Que va-t-il dire? écoutons!

SAMUEL, confideiiiicllement au Docteur.

Monsieur, tous les effoits de votre science ne nie guériraient pas... il n'y a pas de remède à quarante ans de misère... c'est le cancer incuraido dont je meurs... .Mais si vous ne pouvez me sauver la vie , vous pouvez me sauver l'honneur.

LE MÉDECIN

Moi...

SAMUEL

Vous le pouvez... '

LE MÉDECI?(. i

Conunent ? 1

SAMUEL

En achetant ce que je veux vous vendre,

LE MÉDECIX. t

Qu'est-ce donc?

SAMUEL, solennellement.

Je parle à un homme de science et de coiscience, n'est-ce pas? it un homme qui concevra le l)esoin que j'ai de faire celle oilie comme je conçois !e besoin qu'il a de l'accepter, ii un homme voué par son sublime métier aux spéculations comme aux ijraiiques les plus rebutantes; à un homme eniin qui voit sans pàiir l'agonie et le cadavre, qui enlead sans faiblesse et râler et mom-ir! Monsieur, je vous ai fait venir pour vous vendre un sujet d'étude... il vous en faut, n'est-ce pas, pour apprendre à guérir les hommes? achetez mon corps, le prix du mort paiera les dettes du vivant.

PAUL , intervenant vivement.

Ah! mon père, n'achevez pas! .Monsieur, ne le croyez pas!., respectez mon pè:e, soignez-!-^, gauvez-'e; il vivra, n'' st-ce pas? vousenréj)ondez. (A Saiiuiei.) ija\:\ !; ■; riblo marché venezvous de proposer !.. et vos tlciix cnfans, mou père?.. L'un déjà esta l'ouvrage, à mon tour de me dévouer!.. Si Geo:ge paie la délie du médecin, je me charge du reste... (il sort.)

SAMUEL

Que va-t-il faire aussi, celui-là?., mon Dieu qu'ils sont généreux ! qu'ils soient bénis!

LE MÉUECI.N.

Calmez-vous, calmez-vous!., ces émotion vous tuent... Encore une page soin!)re (pie le livie de ta vie iunnaine, ouvre devant moi, page pleine de soullrances irrémédiables, de sacrilices inutiles et de |)iobilé ignorée, livre monotone qui conlieiil partout les mêmes tnativ el les inêines injustices, depuis le commencement jusqua la lin. (Il tire son portefeuille et écril une ordonnance. Aiirrs a\oir écrit, s'adressant à Samuel.) Tenez, quand l'un de vos fils sera rentré, vous renverrez avec celle ordonnance chez mon pharmacien (|ui lui (loniu'ia ce (pi'il vous faut. Ne vous inquiétez pas du |)rix... c'e>t mon allaire... pour vous, du calme, du calme, surlout, si vous voulez guérir... Je reviendrai demain. (Il son.)

Page 1