SCÈNE IX
JENNY, debout derrière sa tante; ROSALINDE, assise et faisant semblant de lire; MUBRAY.
MURRAY , regardant l'adresse de la lettre, à part.
Une leltie de lord Barest , quand je l'attendais lui-même, ce matin, pour en finir... qu'cst-il donc arrivé ? voyons ! (il décaclKte la lettre et lit.) «Mon cher Monsieur, excusez-moi, de nVHre pas venu ce malin au rendez-vous que j'avais pris pour conclure la plus importante aflaire de ma vie. Mais aux ternies où nous en sommes il faut de la franchise. Or il m'est impossible de rien achever avunt d'avoir eu une explication avec vous; et il est do ces choses qu'on ne peut dire entièrement que par écrit. Je consens toujours, et de grand cœur , à l'honneur que vous voulez bien me faire d'une alliance entre nous; mais à la condition pourtant, à la condition expresse que vous mettrez un terme au scandale qui règne dans votre maison. «Qu'est-ce que cela signilie?.. que se passc-t-il ici?., je n'ose continuer...
JENNY , à part, avec douleur.
Oh! c'est bien sûr , la demande de ma main. ROSAIJKDE, à part, avec joie.
C'est de mon mariage qu'il s'agit!.. Mon niaiage!.. ce mot m'oppresse...
MURRAY
Achevons! (Reprenant.)» Ce scandale, vous l'ignoicz sans doute, je vais vous l'aj/p' Midn\ Hier, j'ai entendu certain propos qui r.,mnicnce à ciiculer dans le monde. Un dit que votre sœur, lady Uosalinde Alhol , entretient une intrigue amoureuse de bas étage, indigne d'elle, de son rang et de sa position.
RosALiNDE, à part.
Émiiio charmera mon frère , comme il m'a charmée.
JENNY, à part.
Si lord Barest pouvait l'indisposer!
MURRAY, conlimiant.
» A la veille d'entrer dans votre famille , j'ai dû naturellement remonter à la source du bruit pour le démentir, ou le faire cesser. Je me suis donc enquis soigneusement de la vérité, et j'ai découvert, à n'en plus douti-r, qu'en ellét l'amant de lady Athol, qui s'est donné pour un étranger exilé, alin de la séduire, n'est qu'iui ouvrier anglais, un serrurier, nomiué liinl. J'en ai la preuve irrécusable... Vous comprenez maintenant tous mes scrupules, et vous conNiendrez vous-même qu'il iaut que celte liaison .«.oit rompue avant que votre lillc devie/ine lady Barest, » J'ai l'honneur d'être, etc.
))Lorcl Barest. »
NV, à paît, avec inquicludcv
que va-t-il dire ?
ROSALINDE , à part , avec anxiété.
Que va-t-iî répondre?
MURRAY, à part.
Ces affronis-là n'arrivent qu'à moi... Oh ! mais aussi c'est épouvantable, une tante presque une mère, là, sous les yeux même de sa nièce. (Rejetant son regard sur la lettre.) Il n'y a pas à en douter, dit-jl , il n'y a rien à répliquer alors ! il a raison, ses scrupules sont justes. Oh! je ferai cesser cette indignité aujourd'hui même.
JENNY , à part.
S'il se décide : que ïe serai malheureuse !
ROSAI-iNDE, àpart.
S'il consent ! o bonheur î
MURRAY . à part.
Oui , mais comment faire ? elle est riche, indépendante, obstinée; comment l'amener à rompre cette inqualifiable liaison?.. Oh! cependant, je ne renoncerai pas à l'union de ma fille avec un pau' d'Angleterre, à cette grande alliance de la fortune et de la noblesse... et cela, pour une folle qui vient se ieter à la traverse dans mes projets de bonheur. Oui, lord Barest a cent fois laison, le lieshonneur d'un membre de la famille est une tache ,'énérale qu'il fauteflacer pourtousie plus tôt possible. J'en connais le moyen, je crois... c'est la vanité même, l'orgueil de ma sœur, qui me le fournissent... ce moyen réusira. (S'adressant à Rosalinde.) Ma sœur ! ROSALINDE , .hniie , à part.
Ah! (Haut.) Que voulez-vous, mon frère?
JENNY
Que demandez- vous , mon père ?
MURRAY
Je veux parler un instant à Milady seule...' Laisse-nous, Jenny.
JENNY, à part.
C'est sans doute pour la consulter sur mon mariage! (Haut.) Je me retire mon père. (Bas à Rosalinde.) Défendez-moi, ma tante! (a part.) j écouterai. (Llle sort iiar oii elle est cnlri-e.)