MURRAY, ROSALINDE
ROSALINDE, embarrassée. Est-ce de notre chère enfant que vous voulez me parler?
MURRAY
Non ma sœur, c'est de vous.
R0SAL1M)E, avec joie.
De moi !.. (A pan.) J'en étais sûre.
MURRAY
Ma sœur, écoutez-moi!
ROSALINDE, à part.
Quel ton solennel! (Haut.) Je suis attentive, mon frère.
MUnRAY.
Ma sœur, vous êtes libre de vos actions; vous êtes dans un âge et dans une position à ne dépendre de personne, et à êtie seule responsable de votre < onduite. Je ne veux donc ici ni vous blâmer, ni vous gêner dans vos alVections , et vous pouvez épouser M. BurI si vous voulez. ROSALINDE, avec la plus grande surprise.
M. Burl, dites-vous ? qu'est-ce que c'est que *Q.M. Burl?
MURRAY
Je sais tout, point de détotirs... Burl est l'homme que vous aimez.
ROSALINDK.
Ah ! par exemple ! je n'ai jamais aimé de Bml!.. Un Anglais! fi!.. Je n'ai jamais aimé d'Anglais. Mon mari Pétait. F.t, pnisqu'il faut tout (!ire,.. Phomme que j'aime est Espagnol. Mrr.iiAV.
Un Espnjïnnl de là Tninise , vous dis-je. Votre a.'unnt^ Ma'viaiiie, voa^^ a trompée pour vous sé- (iiiire : il s'appelle Burl , et il est serrurier. riOsAi.hNDt:.
Serrurier ! quelle horreuf !
.MUURAY.
l iscz. ( Il lui donne la lettre de lord Baresl. A pnii.) Elle CBI humiliée... je la tiens! r.nHM.iM)!' , ayant lu.
0 désillusion! ô honte!.. Sîais, t'est Impnsp.iî.le... e'est une ruse polir tn'ëmpôcher de l'épouser.
MrRRAY.
Vous empêcher de l'épouser !.. Que vous me jugez mal! Vod'j empéclier de l'épouser, moi!.. Jj.cU lireii garde, qnaiu! il n'y a pins que ce «!()}•• n de tout lépartM'. Oui, ma sœur, je vii-ns, au contraire, proposer le grand remède au grand mal : il s'agit de sativer votre honticur. Je ne »(.iis eniprche pis d'iiimer M. Burl, s'il vous p'aît ; je désire seulement qiie te soit d'nn iunmsr légitime* Je n'ai jîas le droit de m'op- 1J()5(T à votre bonheur, n.àis à votre lio;!!e. Je vous engage done^ (^t lord iUircsl n'en saurait e\iger davantage , à régulariser par le uliuiagc voire situation équivotiue. Après tout, un ourîicr est un mari romnie un atilre. H n'y a phis anjourd'hiii, eiiii'ok-s honimcs, d'autre noblosse <;ii(' la proMté, d'autre dislinclioii que l'iutelli- ^•cnce, d'autres titres que l'auîour qu'ils ont inspiré. Vous c<!nnaisseznuuiiienant îuessentimens r.. mes principes. Vous savez , de pitîs, que j'ai gagné ma fortune à la sueur de mon iront ; que j'étais pauvie aussi , quand je vous pris toute jeune, deshéritée cpDUuemoi. Si je suis re(ievenu riche, c'est par mon travail, par mon industrie. Je ne serai donc jamais hostile à eeux qui ont ijcsoia de Caire forlmie et vivent aussi du travail de leurs mains.
ROSAI.INDE , avec exaltation.
Ai-je bien entendu?.. Poiw qui me prenezvous donc , de nu^ faire de telles propositions ?.. r,|)ouser un ouvrier !.. l\ioi!.. Votre naïveté n'a d'égal que sa fourberie... 0 lord Byron ! Mais j'aMucrais mieux renoncer à tous les hommes de la terre que d'enépoiiseï- un de celte espèce-là !, 11 ferait beau voir lady Atiiol devenir M""" Burl ! M. Burl est un drôle , et vous clés un fouî MURRAY , à part.
Portons le dernier coup. (Haut.) Pensez-y Lien , ma sœur ! Vous n'aviez qu'un petit i)érule , vous-même, quand je vous ai prise avec moi. Vous n'êtes devenue lichc que par votre iiîuiage avec lord Athol. A votre tour, vous enrichirez par un mariage cet honnête M. Burl. Pourquoi pas? H est vrai que vous n'irez plus dans le giand monde, (pii serait (pielque pou scandalisé de cette mésalliance. Mais, qu'importe? Vous aurez ce qui est préférable à toutes .(^
LES DEUX .SERRURIERS
•^les vanités de la société
le bonheur <îu foyer domestique , les joies d'une passion satisfaite et d'un devoir rempli... Un ouvrier qu'on aime vaut mieux qu'un lord qu'on n'aime pas. ROSALINDK, oiitnîe.
Mon frère !.. mon frère !.. ne me parlez plus de ce faquin, ne m'en parlez plus! Vous m'exaspérez, vous me faites mourir. Oh! je ne le reverrai de ma vie, le misérable!.. Moi! M"" Burl!.. Etre appelée Durl !.. Ah! je vous quitte pour aller me trouver mal.
(Elle Sort par où elle est entrée.)
MURRAY, seul, se frottant les mains.
J'ai réussi! L'orgueil a répondu juste comniii je l'ai interrogé ! J'aurai le noble lord pour gendre ! 11 faut, maintenant, que je parle à ma iille sans plus larder.