‹ ThéâtreChapitre 68 sur 971 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, DIANE.

MARTIAL

Ah! mon père! grâce pour elle!... ne l'accablez pas !... Ce serait la tuer... vous l'avez dit.

DIANE

Martial I... Martial I... {S'approchant et reconnaissant son frère.) Ah ! c'est toi enfin !

MARTIAL

Pauvre sœurl... te voilà!... je t'ai quittée!.., pardonne-moi.

DIAKE.

Il était absent, je le sais, et tu as été le chercher... Quand tu es revenu, j'étais déjà partie sans doute avec l'homme généreux qui nous sauvera tous.

MARTIAL

Que dis-tu ?

Oui, Martial... c'est le ciel qui m'a inspirée lorsque j'ai voulu venir ici... Je le savais bien, que Léonard Asthon ne voudrait pas le déshonneur de Diane et de sa famille.

MARTIAL, à part.

Oh ! sa raison s'égare ! ( Ilaui. ) Ma sœur... que veux-tu dire ?

DIANE

Que ce que j'avais prévu est arrivé.

JUARTLAL.

Mais quoi donc?... qu'cst-il arrivé?

MAGASIN THEATRAL

DIANE

Écoute... Comme tu ne revenais pas, tourmentée de ton absence, craignant que la présence de Léonard ne t'eût fait oublier tout ce que tu m'avais promis, je me suis fait conduire dans sa maison.

MARTIAL

Et tu lui as parlé?

m AXE.

Non pas à lui , mais à un de ses amis, à un de ses parens, à un homme vénérable, dont l'ame m'a comprise... et cet homme m'a dit : « Léonard Asthon sauvera votre honneur; je le jure devant Dieu : »

Cet homme t'a dit cela ?

DIANE

Il me l'a dit... oui.

MARTIAL

Mais cet homme te trompait, malheureuse 1

DIANE

Encore!... encore un mensonge!... Mais c'est impossible!... Non, sa voix était solennelle et sa parole sacrée'.... non, il ne me trompait pas... Je l'entendais m'écouter le cœur haletant quand je lui demandais de sauver mon père et mes frères... Non, il ne pouvait me tromper ; car, lorsque je lui ai dit que c'était ma vie qu'il fallait prendre, et non pas la leur, ses sanglots étouffaient sa voix et déchiraient sa poitrine... Non, il ne me trompait pas, je le sens... Ah! je sauverai mon père et mes frères... J'en mourrai, je le sais... et je le lui ai promis, à cet homme... mais peut-être le pardon de mon père descendra sur ma tombe... peut-être que, plus heureuse, je le verrai me bénir sur mon lit de mort!... c'est ma seule espérance... Ah! si cet homme m'avait trompée, ce serait horrible !

M. DE CHIVRI, à part.

Oh! la malheureuse enfant!

MARTIAL

Hélas!.. . peut-être se trompait-il lui-même... car ce n'était pas Léonard Asthon, n'est-ce pas?

DIANE

Non, ce n'était pas lui.

C'est qu'alors cet homme ne savait rien.

DIANE

Il ne savait rien, dis-tu?... Il ne savait rien... Martial... mon père... où est mon père?

MARTIAL

Il vit, lui !

DIANE, avançant an hasard.

Lui?... Et mes frères, Martial... mes frères?

Martial se détourne et pleure.

M. DE CHIVRI, s'avançant et d'une voix sourde. Morts l

DIANE, avec tm cri affreux.

Ah ! mon pèrel... ahl...

Elle s'e'vauouit.

M. DE CHIVRI.

Ma fille 1... Oh! malheur à moi'... je l'ai tuée!

Aidé de Martial , il la place sur un fauteuil. MARTIAL.

Ma sœur !.

Il lui fait respirer des sels.

M. DE cniVRi, se niellant à (jenoux devant Diane. Ma CUel... Diane!... entends-moi!... c'est ton père !... Je sais tout; je sais que tu es innocente, je te pardonne... Elle ne m'entend pas... <^Avec désespoir.) Elle est morte!

Non, elle respire encore!... sa main presse la mienne... Diane !... Diane!

M. DE CHIVRI.

Ma fille!... mon enfant!...

MARTIAL

Ah! la voilà qui reprend ses sens... Ne lui faites pas entendre votre voix... son effroi... sa terreur pourraient l'accabler.

M. DE CHIVRI, bas.

Oui, je me tairai... je me tairai.

DIANE , revenant à elle.

Oh !... qui m'a parlé?... {Son père lui prend la main.) Qui est là ?... {Elle prend son père, et le palpe en parcourant son visage des mains.) Mon père!...

M. DE CHIVRI.

Oui, moi, qui te pardonne... qui te demande de vivre... qui n'ai plus que deux enfans!... et qui pleurerai avec vous ceux qui ne sont plus !... et qui les vengerai maintenant.

DIANE

Mon père!

M. DE CHIVRI.

Car je sais tout... ce n'est pas seulement le crime d'un lâche... {Il se lève.) Ohl Léonard Asthon!... Une pauvre fille aveugle, sans défense... et ce n'est pas même une séduction, c'est une violence...

Mon Dieu! vous ne voudrez donc jamais que je meure!...

UN DOMESTIQUE , paraissant en dehors de la porte du fond.

Un étranger désire voir monsieur de Chi>Tl.

M. DE CHIVRI.

Le procureur du roi, sans doute... Il craint que son nom ne dise qu'il y a un crime ici... on le saura bientôt... Martial, emmenez votre sœur... vous reviendrez.

DIANE

Oh! mon père, qu'allez-vous faire?

DIANE DE CHIVRI.

M. DE CHIVRI.

N'oubliez pas que vous devez venger vos frères , et que c'est vous qui devez accuser le coupable.

DIANE

Je publierai donc ma honte !

M. DE CHIVRI.

Souvenez-vous qu'ils se sont sacrifiés pour vous.

DIANE

Et je me sacrifierai pour eux... je dirai la vérité.

Elle sort appuyée sur le bras de Martial. M. DE CHIVRI.

Et ce sera la sentence du coupable... {Il reconduit ses enfans jusqu'au fond, et dit au domestique, quand ils sont partis : ) Faites entrer.

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