‹ ThéâtreChapitre 711 sur 971 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MARTI.4L, venant de dehors à gauche ", DO.MI- NIQUE.

MARTIAL

Non papa, je descends de mulet.

DOMINIQUE, se retournant.

Hein?... quoi!... le v'ià, toi?

M A HT l AL.

Moi-même, en chair et en os... Embrassez-moi, papa... {Dominique l'embrasse) A mon tour a

présent. .

11 va pour l'embrasser.

iKiMi.MQUE , l'arrêtant.

Un instant! or ça ! monsieur mor lils, comment éles-vous ici, pendant qu'on se bal a la Uochelle?

* Le premier nommé , est le premier à sauche du souftleur.

MARTIAL

C'est justement parce qu'on se bat à la Rochelle que je suis ici. Écoutez , papa : de ce que vous avez été soldat, et de ce que vous m'avez appelé Hfartial, il ne s'ensuit pas que je doive aimer la guerre. Comme un bon fils doit obéissance a son père, j'ai voulu, pour vous obéir, essayer de prendre goût aux arquebusades, canonnades, fusillades, dégringolades et caetera; mais j'ai eu beau faire , le goût ne venait pas...

DOMINIOUE.

Eh ben, après?

MARTIAL

Eh ben, après, il n'est pas venu . ça tient à mon tempérament .. je suis un homme a émotions...

DOMINIQUE

Qu'est-ce que tu me chantes là... un homme a émotions! ..

MARTIAL

Oui, papa, un savant m'a expliqué ça... quand vient le danger, le cœur est bon, mais c'te diable d'émotion me coupe les jambes... toute la force est là... ( // montre son cœur.) Il n'y a plus rien là...

Il montre ses jambes.

DOMi.MQUE , indigné.

Tu serais poltron !...

MARTIAL, trés-ëtonné. Poltron!... moi!... li don'c !.. je ne serais pas votre fils ! Trois fois j'ai suivi mes camarades a l'assaut... de cœur... oh! le cœur allait... il allait très-bien, il galopait même avec eux; mais le reste... tombait assis. . Comme j'étais volontaire dans l'armée royale, j'ai suivi ma volonté... et je suis revenu.

DOMINIQUE, furieux- Tu as déserté, malheureux!

MARTIAL

Oh! que non pas! {Finement ) Je suis trop finot pour ça... j'ai profité d'une occasioii...

DOMINIQUE

El tu auras le cœur de laisser prendre la Rochelle sans toi?

MARTIAL

Très-bien, très-bien! j'aurai le cœur-là... Et puis, allez, ne vous tourmentez pas, papa... on ne la prendra pas de longtemps, la Rochelle!. .

DO.MINIQUE.

Comment sais-tu ça?

MARTIAL

J'étais plus souvent au ijuarlier qu'à la brèche; cl comme j'ai l'oreille iies-tine, sans en avoir l'air

MADEMOISELLE DE LA FAILLE

j'entendais causer.. Il faut vous dire qu'ils sont la un las de commandants qui commandent tous a la fois, et qui ne s'entendent pas du tout..monsieur de Guise ! monsieur de Bassompierre '. monsieur de Marillac !... tous des bons amis de la reine-mère, et des ennemis enragés du cardinal!... et comme le cardinal veut qu'on prenne la llochelle, alors, eux. ils ne veulent pas .. histoire de le vexer!... et ils passent le temps à lui faire des niches !

DOMINIQUE

Pourquoi donc ça?., c'est un grand homme, le cardinal.

M.\KTi.Ai., en confidence.

Kt un fameux finot, allez, papa!... {plus hns\ il les passerait tous sous la jambe!... Pour lors, (|uand il a vu qu'on embrouillait ses écheveaux, il s'est dit a part lui •• Je m'en vas aller les dévider moi-même... Et un beau matin, nous l'avons vu arriver dans le camp, cuirasse au dos, casque en tète... et une épee a la main. noMiMOUF. , riant.

Ah ! bah, le cardinal ?

MVKTiAi. , ricint.

il fallait voir comme tout ça lui allait I... la, vrai, il n'était pas mal grotesque! on riait d'abord, mais ça n'a pas duré longtemps, car il vous a un regard... qui vous a bientôt rendu sérieux un homme!... Diable de regard!... je ne peux pas m'y habituer...

noMiMQL'E , avec impatience.

Mais tout ça ne me dit pas comment tu es sorti du camp.

MAIIT1,\L.

M'y v'Ià, papa, m'y v'ia... Ce matin, au petit point du jour, monsieur de Bassompierre est venu au quartier; il a [larlé bas à notre capitaine, monsieur le comte de Rlontgeron, un sournois, un brutal qui me menait toujours aux arrêts. . Oluici m'a montré du doigta monsieur de Bassompierre, puis est venu a moi. — L'ami, n'es-tu pas de la commune de saint .\iidré? — Oui, capitaine! — Une seule grande route conduit a l'abbaye de ..Saint-André? — Une seule, capitaine, quand elle n'est pas coupée jiar quelque inondation, comme qui dirait si la digue de (iaillac était rompue. — Kh bien, fais comme si la digue de Gaillac avait été rompue cette nuit ..trois hommes de ma compagnie ont une mission pour l'abbaye, peux-tu les conduire par la traverse? - Très-bien, capitaine. Kt une heure après nous sommes j)artis tous quatre, moi et nus trois hommes qui étaient masqués.

I (IMIMQ'F,.

Masqués '

MAIIT1AI .

Masqués! ( finemeut^ et bas) pour ([u'on ne vil pas leur visage. . mais arri\és à l'endroit où nous devions trouver la roule inondée... sèche comme un caillou... pas plus d'eau (jue dessus ma main... ( Doninique se rassure. ) Ils s'élaienl trompés... alors mes trois compagnons se sont ar

rêtés; ils paraissaient très-contrariés... moi, je regardais les étoiles, comme ça., mais je tendai< l'oreille... — L'inondation est en retard, ont ils dit tout bas, il faut remonter jusqu'à la digue. La-dessus mes trois masques m'ont planté la ; ël moi, je me suis dit : Je vas aller voir mon papa., et ma bonne sœur de lait, Séraphine.

DOMINIQUE, réfléchissant.

Voilà qui est étrange!

M.AKTIAL.

Oui, c'est étrange! .. mais, avant tout, vous allez me donner a déjeuner.

DOMINIQUE

Avant tout, tu vas courir jusqu'au château savoir si ta sœur Séraphine est revenue de sa promenade à cheval, car je suis d'une inquiétude. .

M.VRTl.AL,

Encore courir ?

DOMl.MQUE.

Nous déjeunerons après.

M.iRTHL.

Allons, je veux bien.. mais quand je revie.-.drai, papa, gare a vos pro\isions ! je fais un massacre !

Il sort au troisième plan, adroite.

DOMINIQUE

Ne pas revenir!... ah 1 comme je vais la gronder!... Elle sait pourtant bien que son père arrive aujourd'hui, et s'il était vrai que la digue de Gaillac ..

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