‹ ThéâtreChapitre 72 sur 971 · LE PROCUREUR DU ROI · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR DU ROI

Je prie messieurs les jurés de se rappeler cette circonstance.

LE PRÉSIDENT

Monsieur le comte, dites ce que vous savez de l'affaire à MM. les jurés.

M. DE CHIVRI.

J'étais à Paris en 1833, lorsque je reçus de M"" de Kermic, ma belle-mère, une lettre ainsi conçue : « Venez avant que je meure, car j'ai à » vous confier un secret qu'un père seul doit en- » tendre. » Mes fils étaient près de moi quand je reçus cette lettre ; ils voulurent m'accompagner; nous partîmes, et nous arrivâmes au milieu de la nuit au château de Kermic. J'entrai chez ma mère, m.a fille était près d'elle; ce fut en sa présence que M"e de Kermic me raconta qu'en octobre 1832 elle avait donné asile à un proscrit. Ce proscrit, me dit-elle, a répondu par un crime à mon hospitalité, et votre fille a été sa victime... Je demandai le nom du coupable, on me répondit qu'il se nommait Léonard Asthon.

LE PRÉSIDENT

Mine de Kermic vous a bien dit Léonard Asthon?

M. DE CHIVRI.

Je le jure ! je suis seul à venir témoigner de cette funeste confidence, celle qui me l'a faite a succombé à la douleur qui a frappé sa vieillesse, et les deux fils qui m'accompagnaient sont morts, tués par celui qui m'a déshonoré; mais leur mort est un témoignage sacré de la véritédece que je viens de vous révéler.

LE PRÉSIDENT, après Un silence.

Léonard, qu'avez-vous à dire î

LÉONARD

Rien, monsieur.

LE PRÉSIDENT

Vous acceptez donc la déposition du témoin comme véritable?

LÉONARD

Je crois du moins qu'elle est sincère.

LE PRÉSIDENT

Vous avouez donc avoir accepté en 1832 un asile chez M""^^ de Kermic?

LÉONARD

C'est une question à laquelle il ne m'est pas permis de répondre.

LE PRÉSIDENT, à M. de Chivri.

Mais n'avez-vous pas eu connaissance d'une cntre\ueque votre fille aurait eue avec un ami de Léonard Asthon ?

M. DR riiivni.

Oui, mon.sieur; ma fille, dans l'espérance d'obtenir de cet homme la réparation qui lui était due. et do prévenir une (unesle rencontre, s'était

rendue chez lui; mais il paraît qu'elle n'y trouva qu'un ami de l'accusé, qui lui promit en son nom, de lui rendre l'honneur.

LE PRÉSIDENT

Pourriez-vous nous dire quelle est la personne qui a reçu votre fille?

M. DE CHIVRI.

Non, monsieur.

LE PRÉSIDEXT.

Accusé, connaissez-vous cette personne ?

LÉO'ARD

Je la connais.

LE PRÉSIDENT

Nommez-la.

LÉONARD

Je ne puis.

Murmures.

LE préside:!?!.

Vous ne le pouvez, je le comprends; carilvous faudrait renier la parole qu'un homme d'honneur a cru pouvoir donner en votre nom.

léoxard.

Vous en jugerez bientôt; mais je demanderai à M. de Chivri si je ne me suis pas présenté chez lui pour la tenir ?

M. de chivri. Oui, cet homme est venu chez moi le jour même de la mort de mes fils; je ne sais quel mensonge il avait préparé pour me tromper, mais j'ai refusé de l'entendre.

le présidext.

Qu'on appelle M. Martial de Chivri.

L'huissier sort et rentre bientôt.

LÉOXARD.

Pardon, monsieur le président; mais n'a-t-on point retrouvé le témoin Valérien, qui, au dire de l'acte d'accusation, a dû m'introduire chez M™e de Kermic ?

LE PRÉSIDENT

Vous savez bien qu'on n'a pu le découvrir; vous pourriez peut-être nous dire mieux que personne où il se cache, et pourquoi il se cache; mais l'accusation saura s'en passer.

Pendant ceci, l'iiuissler a parlé bas au Procureur du roi. LÉONARD.

Et ma justification aussi, monsieur.

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