‹ ThéâtreChapitre 769 sur 971 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MARIE, puis FABILS.

MARIE, venant s'asseoir près de la table adroite. Quel peut-être cç message?... {Elle décachette la lettre.) Mais... rien n'est écrit sur ce papier. [Ici Fabius entre lentement par la droite et s'avance in^iuiel, sans être vu de Marie, jusqu'au milieu de la scène.) Non, rien... (|u'esl-ce (|ue cela veut dire? (5e levant.) Ohî... je veux rappeler C(»utran... {Apercevant Fabius.) Fabius!...

Elle s"appui(î cliancttlanie sur sa cliaise.

lARiUS. Pour la première fois, madame, j'ai osé mettre le pi<'d dans la demeure du maréchal Saint André... pardonnez-moi, .Marie... il fallait (|u'à tout prix j'arrivasse près de vous. .. parce (pie dans deux jours le maréchal Saint-André sera de retour, et je vous aime. .. et vous m'avez donné le droit de penser que vous m'aimiez. ( Mouvement de Marie.) Oui. .Marie, regardez votre maiu [Marie cherche à cacher ses mains Depuis le joiu- où j'ai jeté «m cri de malédiction eu vous \o\ant au doigt l'anneau de hancailles du mi.rèchal, vous ne l'avez plus porté. Moi, je vous aime. .Marie, plus tpie l'hoimeur, (pii est ma religion. .. In amour comme le mien, (pii dévore, élèveet traus|)orle... c'est un sentiment plus (piliumain. C'est une

■ Mnrie Contran.

MAGASIN THEATRAL

puissance qui doit entraîner celle Cfui l'a fait ! naître et qui l'inspire. .. Oui, quand on aime | comme j'aime, on doit dire: Nous nous ai- i nions... Et le maréchal revient... Il arrive... ' entre deux pensées confondues... il vienr, Marie, pour vous faire son épouse... ilvient, nn vous l'a dit, vous le savez... vous voyez l)ii'n (pie même au prix d'un mensonge il fallait que moi, qui vous aime, j'entrasse ici pour vous demander, madame, ce que vous aviez résolu.

MARIE, avec découragement. Rien, Fabius... rien.

FABIUS, vivement. Vous n'avez donc pas décidé que vous seriez sa femme?.. .

MARli;, vivement. Je n'ai pas dit... |

FABIUS, l'interrompant. Écoutez-moi, i Aiarie, car celte heure solennelle sera passée bien vite, et saiïs retour. {Marie, arcahUe, se laisse tomher assise, et cache sa tête dans se.s moins.) Je ne fus, moi, qu'un enfant abandonné, recueilli par des mendiants qui m'ont ramassé, parce que j'avais au coule portrait de ma mère 'qui était entouré d'un cercle d'or; ils croyaient que bientôt ils pourraient réclamer le prix de leur feinte humanité; mais après quelques années de vaines recherches, ils me perdirent au hasard, et j'étais en proie aux horreurs de la faim, quand le prêtre Vincent de Paul [mouvement de surprise de Marie) me prit en pitié , et ne pouvant me nourrir dans un temps de guerre , de peste et de famine, il me déposa sur un bâtiment qui promettait de nourrir pour leur travail quelques enfants *de mon âge... C'est ainsi que je devins marin... et pris ie nom de Fabius , qui était celui de ce bâtiment sur lequel, le prêtre aidant, j'ai commencé nia vie [Ici Marie l'écoute avec intérêt. ) Et n'avaiit ni foyer ni famille, je me suis associé aux plus hardis voyages ; à seize ans j'avais fait deux fois le tour du monde ; pendant cinq ans j'ai servi comme officier dans la marine royale , puis enfin dans les garde de la reine-mère. Aujourd'hui que je possède une petite fortune acqiiise dans mes vovages , je vais repartir au loin, dans des pavs où les cieux sont d'azur, où la nature est belle, où rien ne se dit de ce qui se passe ici, où l'on ne sait rien des serments insensés de l'enfance, où l'avenir a son espoir, les cœurs aimants leur liberté , et je viens vous demander, Marie, si je dois partir seul...

MARIE, à part. Seigneur, ayez pitié de moi. [Haut.] Si je partais, Fabius.... mon ingratitude resterait ici pour désoler mon bienfaiteur... [Avec résolution.) Je ne partirai pas...

FABIUS. Oui, je le sais, Marie... vous avez un devoir de reconnaissance à accomplir. Et puisque vous avez décidé que vous ne parti-

riez pas. . . je veux me résigner à la douleur à laquelle je me sentais condamné d'avance. .. Je n'insisterai pas , Marie... Pour appeler à moi je ne sais pas commander l'abandon des

autres Vous n'aimez pas comme j'aime;

en me suivant vous auriez des regrets et des remords... Restez... moi, je pars...

MARIE, se levant. Mais pas de suite, FABIUS. Je ne puis rentrer à Paris, où je vous ai tant aimée ; je pars sans regarder eu arrière... marchant seul au hasard... Que m'impone. .. la patrie pour moi, c'est partout où n'est pas la France... Mais je ne vous dis pas que le chagrin me tuera... Non, je ne veux pas qu'un mot de pitié m'accompagne. Je vous oublierai... je pourrai vivre... Soyez heureuse, madame. . . Adieu !

Il va pour sortir.

MARIE, aof'c désespoir. Fabius!...

FABIUS, revenant sur ses pas. Vous pleurez... mais que dois-je faire , mon Dieu !... (|ue faire ?. . .

MARIE. Ne partez pas encore. . .

FABIUS. Mais demain le maréchal arrive.

MARIE, avec terreur. Demain!... eh bien! demain vous partirez.

FABIUS. Demain.... oui , j'attendrai, Marie... j'attendrai... oh! ne tremblez pas... je ne vois dans ce mot demain que le retard de ma condamnation... que le combat d'une âme irrésolue... et je suis heureux parce que vous me permettez encore un jour , non d'espérance, mais de doute... [Montant la scène pour sortir.) Et ce doute qui console, je veux l'emporter avec moi sans vous laisser le temps de l'anéantir.. . [La retenant. ) Mais ne m'accompagnez pas... nous ne devons pas encore nous dire adieu... je retourne à Paris.'., restez, Marie... Ah! tu ne m'as donc pas encore condamné, Seigneur... 11 s'échappe par la droite.

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