‹ ThéâtreChapitre 768 sur 971 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CONTRAN, MARIE. •

CONTRAN, à part. Elle pleurait.

MARIE, Vapercevant. Ah! te voici, Gonuan...

CONTRAN, Oui, mademoiselle , ou madame, je ne sais comment je dois vous appeler à cette heure... Le maréchal m'a, lors de son départ, ordonné de vous appeler madame; vous me l'avez depuis défendu bien doucement; mais il sera bientôt de retour, et...

MARIE, l'interrompant. Jusque-là, Contran. .. toi le témoin de mon enfance, nonnnemoi toujours IMarie.

Elle lui tend la main.

CONTRAN, luiprenant affectueusement la main. Bien volontiers; mais alors, Marie, dites-moi pourquoi tout à l'heure vous pleuriez...

MARIE. Mes larmes étaient bien innocentes; j'étais à la fenêtre quand j'ai vu sortir de l'église de Clichy les orphelins recueillis par notre bon pasteur. Et tu dois bien comprendre que je ne puis les voir sans pleurer, toi qui sais que j'ai eu le même père, et que je devais avoir le même sort.

CONTRAN. Oui, IMarie... je comprends ces larmes-là; moi-même, vieux soldat qui ai vu tant de ces pauvres créaiiiros mortes et délaissées sur le pavé de s villes désolées par la guerre, je ne peux entrevoir les enfants que noire curé nourrit sans éjtrouver une émotion... {Allant près de la table à droite.) Mais voyez, Marie... Tous les papiers publics qui depuis hier ont été envoyés ici à la maison du maréchal, tous parlent de lui en racontant la prise de la Rochelle. Il est vraiment le héros de celle victoire. L'on dit (jue le roi lui a dû son salut, et (ju'il a décidé le succès des assiégeants... [Fcuilletanl les papiers.) Aussi les uns faisant Ihi^lorique de sa vie militaire, disent comment de simple volontaire il est devenu maréchal pai*a bravoure... d'autres parlent de son caractère soldatesque, loyal..-, [liemarifuant la morne préoccupalion de Marie. A part. ) Elle ne m'écoule pas.

MARIE, sortant de sa rêverie. .le voulais te prier, Contran, (le charger au plus tôt h'desser\ant de notre église (le dire dès aujourd'hui des messes pour remercier Dieu de la victoire des assiégeants. Le uiarèrhal scphiindrait à son retour si nous n'avions devancé ses ordres...

(lONTRAN. Vous avez raison, Marie ; je n'y songeais pas... et je veux me hâter dr réparer un impardonnable oubli... C'est que j'ai la tèle perdue.

Il va pour sortir, et rencontre un Page qui vient par l'allée de <lroite avec une lettre à la main: il la remet » Contran on désignant Marie, et se letire après avoir dit quelque;* mots à Coniran.

. MARIE, à elle-même. Le voilà donc arrivé ce jour que je devais tant bénir.... Qu'êtesvous donc devenues, joies du cœur sans inquiétude et sans terreur?

CONTRAN, redescendant la scène avec la lettre que le Page lui a remise*. Voici un message qui vous est apporté du Louvre... Mais... ce n'est pas l'écriture du maréchal... oh! non, le maréchal .ne peut être encore à Paris...

MARIE, toujours rêveuse. Donne, Contran.

CONTRAN, lui donnant la lettre. Le page qui me l'a remise pour vous m'a dit que le porteur de cette letire était resté près d'ici pour se mettre à vos ordres -s'il vous plaît de le charger d'une réponse... Atlendrai-je que vous ayez lu?...

MARIE. Non, Contran; s'il faut répondre, j'appellerai...

CONTRAN. Je vais au presb\>tère.

MARIE. Oui, va.

Contran sort par la gauche.

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