SCÈNE m
Les mêmes, FABIUS.
LE MARÉCHAL. Qui vient là ?
FABIUS, à ixirt. Le maréchal !
LE MARÉCHAL. Qui ètes-vous ?
FABIUS. On m'appelle Fabius.
LE MARÉCHAL, faisant un mouvement. A fart. Celui qu'elle aimait!.. {Gontran Iç retient. Après une réflexion.) Et que voulezvous?...
TATMVS, s' avançant, V air égaré. Je ne sais plus... tant de choses se sont passées depuis quelques heures que ma raison me fuit.... laissez-moi rappeler mes souvenirs. . . Ah ! oui, c'est cela. .. Marie m'a écrit : « Quand vous » lirez cette lettre, j'aurai cessé de vivre... » Bientôt , sans m'ètre aperçu que j'avais fait la route, j'étais au village de Clichy, voulant interroger tout le monde et n'osant ra'adresser à personne , pour savoir si cette lettre était mensonge ou réalité... Alors, la tête en
feu, le cœur brisé versant des pleurs ou
de regret ou de rage l'œil inquiet , j'épiais , je cherchais si je pourrais apercevoir l'ombre d'une femme ou d'un linceul. Quand j'entendis vos pages se dire entre eux qu'ici l'on pleurait la jeune fille trépassée , la vérité se révélant ainsi tout à coup, doute, idée de vengeance , espérance mensongère , ont disparu ; je n'ai plus trouvé de force même pour un cri de doulem"... un désespoir muet
m'a guidé j'ai traversé le vestibule de la
maison. ... j'ai monté les degrés... . un vague instinct m'a dit : C'est ici qu'est morte Marie.... c'est ici qu'on la pleure.... et je suis entré...
LE MARÉCHAL. Et que vcncz-vous aonc chercher ici ?.. .
FABIUS. La vie... si l'on peut vivre encore... la' mort, si l'on me tue ! Ce que je viens chercher.... c'est le sanctuaire où l'on prie... c'est la place de mes deux genoux sur la pierre de sa tombe...
LE MARÉCHAL. Et VOUS ne savicz donc pas que moi j'aimais 3l3rie?... d'amour...
FABIUS. Je le savais , maréchal ; mais on ne peut être jaloux de la douleur... et la rivalité s'éteint devant la mort... Qui l'aimait bien, ne peut avoir aujourd'hui ni l'énergie de la haine, ni le courage de la défense... la veille, peut-être, les épées devaient se croiser ; mais le jour de la mort les larmes doivent s'unir. Enfin, monsieur, avant d'entrer ici, j'ai jeté mon épée.... demain, plus tard, si vous le voulez , je saurai la ramasser , et nous aurons , s'il le faut , le repentir et le
combat Mais qu'à cette heure il me soit
permis de la pleurer dans l'asile d'où sa jeune âme a dû partir. . . voilà ce que je viens vous demander en suppliant, et ce que, s'il le faut, ^ monsieur.... { s' agenouillant) je \ous demande à genoux...
LE MARÉCHAL cachesa tête dans ses mains. Après un moment de silence. Votre audacieuse présence, monsieur, vient de détruire en mon àme un soupçon criminel, et je vous en rends grâce. . . (i j^art. ) Elle ne m'a pas trahi. . .
GOMRAN. Je le savais bien , maréchal.
LE MARÉCHAL, à Fabius. Comme vous l'avez dit , la rivaUté doit s'éteindre devant la mort... Non, ce n'est point aujourd'hui le jour de la lutte ou des reproches : c'e.st l'heure solennelle où les vivants doivent prier pour les m.orts... Soyez donc le bienvenu, vous, jeune homme, qui pleurez...
Fabius se relève.
FABIUS. Merci!... merci à vous qui savez plaindre et souffrir...
Ici, Vincent entre par le fund.
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