‹ ThéâtreChapitre 776 sur 971 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE MARÉCHAL, CONTRAN.

r.OMT.AN. Toutes mes nouvelles recherches ont été vaines aussi le jour n'a fait

que confirmer mes soupçons de cette nuit, et je me dis encore qu'il n'y a que le Ikuve

qui puisse être ainsi discret et silencieux...

LE MARÉCHAL, à part. Toujours le doute!...

CONTRAN. Comme vous me l'avez ordonné, je suis allé pour appeler près de vous noire saint pasteur, et le desservant, que j'ai rencontré sous le portique de l'égli-se, m'a dit qu'avant le jour notre père était parti pour assister un mourant dans une ferme des environs, et nous devons attendre son retour...

LE .AL\RÉCHAL. J'ai demandé le prêtre en cet instant terrible , comme on cherche un ro.saire au fort de la tempête... et maintenant je redoute sa présence, car lui qui m'a donné Marie tout enfant , que dira-t-il en entrant dans ma maison en deuil ?... va-t-il consoler? va-t-il maudire?...

GOMRAX. Vincent de Paul n'a jamais maudit, maréchal; il souffrira comme nous,

voilà tout {Avec cxplosinn.) Oh! sang

Dieu !... je ne me consolerai jamais de vous avoir entraîné pour chercher cette lettre, car à l'heure de notre départ pour Paris il était peut-être temj)s encore. ..

LE MARÉCHAL, l'interrompant. Oh !

ne nous accusons pas!.., n'accusons que la destinée... ne rejetons pas sur nous la cause du grand malheur.... Non!.... je serais trop cou])able , moi , qui aurais sauvé Mario si j'eusse étouffé ma passion pour elle (piand j(^ la sentis naître en mou cœur... et ceiieudant ou ne peut em|ièiher (pie le joiu" biille, que le feu bride... et (piand l'amour (|iii vient au cœur de l'homme lui montre en j^lein scdeil les plus grandes joies de la terre, l'honnue peut-il deviner le malheur (pii se cache dans

l'oud)re ? Non, Contran seulement

quand l'écueil imprévu h brise, il s'effraye, il regarde en arrière... et (piaud il voit alors l'ange à terre, la jeune fille morte... il se dit

eu .s'arrachant les cheveux Kl c'est moi

([ui l'ai luée !...

GO.vrnAN. Maréchal!...

LE .MARÉCHAL, avcc forcc. Fh ! ce n'est pas là, Contran, le plus graïul de mes maux; car si je pouvais m'abandonuer au désespoir, peut-èir(; (pie je m'engourdirais dans la douleur; mais un soupçon mortel...

CONTRAN. In soupç(ui?... cticquel?...

LE MM'.ÉCHAL. Nous u'avous pu, Coutrau, retrouver les restes de Marie... si elle vi>ail encore.... {Mouvement de Contran.) Si

MAGASIN THÉÂTRAL

après m'avoir écrit cette lettre, elle avait pris la fuite avec celui qu'elle aime ?. . .

GOMRAN. Marie était belle et noble de cœur... elle est morte. .. ne l'outrageons pas, maréchal. . .

LE MARÉCHAL. Oh ! c'est que l'homme qui souffre est injuste et cruel , c'est qu'il perd toute croyance, et se dit que souvent les plus belles fleurs ont des poisons , les plus beaux jours des orages , et quand un éclair de jalousie... lui traverse la tête...

GOXTRAX. Ln éclair dure si peu !...

LE MARÉCHAL. Mais, plus rapide que l'éclair , ma pensée me dit que cela pourrait être. [Avec une fureur concentrée.) Si cela était. ..

La porte latérale de gauche s'ouvre. Fabius, pâle,

défait, parait et reste sur le seuil de la porte.

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