SCENE PREMIERE
BRUNO^renoHt dit côté droit, ci D'ORBENDAS du fond. BRUNO, se tonrnaiH du côté d'où il vient. C'est un bien beau coup d'œil. (juune table splendidement servie!
o'oRBKNDAS, appelant.
Bruno?
BRUNO
Ah! c'est vous? Je venais ici n*péler la chanson que je dois chanter devant monseigneur.
l>'onBE>DAS.
Va faire seller mon cheval à l'instanl.
MAGASIN THEATRAL
BRUNO
Est-ce que vous n'assisterez pas au banquet que le sire de Flavy donne aux capitaines français qui lui sont venus porter la nouvelle des dernières victoire* sur l'armée anglaise ?
d'orbendas.
Il faut bien que j'y assiste. Que ferait monseigneur, s'il n'avait pas là soi? barbier pour point de mire à ses plaisanteries? Mais je veux partir immédiatement après; va donc.
BRL'NO, s'eti allant.
J'y cours. {Revenant.) Est-ce que vous allez la voir ?
d'orbendas, regardant autour de lui.
Oui, silence!
BRUNO
Vous connaissez ma discrétion. Le hasard m'avait rendu maître de votre secret. J'aurais pu le vendre bien cher à notre seigneur le sire de
d'orbendas.
Cela t'aurait valu cent ducats de la part de monseigneur, et la mort de la part de son barbier.
BRUNO
Vous m'auriez tué ?
d'orbendas.
Sans pitié... mais je te connais : je sais que tu préfères -la reconnaissance d'un ami à la munificence d'un maître.
Il lui tend la main.
BRUNO
Et d'ailleurs, ne m'avez-vous pas sauvé la vie dans la dernière bataille contre les Anglais? Après cela, que pourrais-je dire à monseigneur? qu'à six lieues d'ici, près du manoir de Montlouvier, il y a une femme que vous allez voir, une femme que j'ai aperçue de loin à une fenêtre, témoignant à votre approche la joie la plus impatiente et la plus vive, mais dont il m'a été impossible de distinguer les traits.
d'orbendas.
Il suffirait de cela pour exciter l'aventureuse curiosité de monseigneur: il a déjà remarqué mes fréquentes absences.
BRUNO
Vous pensez qu'il s'occuperait d'une inconnue, au milieu de ces femmes charmantes, ravies à leurs maris, en ces temps de guerre et de désordre, et dont il égaie la sombre tristesse de son manoir de Montlouvier?
La fantaisie pourrait lui en venir, je le connais ! J'ai été, pendant dix ans, son barbier, son compagnon d'armes et l'actif confident de ses amours. Certes! il m'a généreusement récompensé des services que je lui ai rendus en amour comme en guerre. Grâce à lui, je suis riche; j'ai des terres, un château ; mais pour le double de ma fortune, je ne voudrais pas que le sire de Flavy sût mon secret, ou qu'il vît cet ange une seule fois.
BRUNO
Vous craindriez donc les séductions de monseigneur ?
o orbendas.
Ses violences, Bruno. Ses séductions, oh 1 non. Elle est instruite, par mes soins, de ce qu'elle doit redouter dans le monde. La guerre pouvant, chaque jour, lui enlever mon appui, je n'ai pas voulu laisser son honneur sous la garde peu vigilante de l'innocence. J'ai éclairé sa raison, fortifié son cœur, de sorte qu'elle est tout à la fois la plus naïve, la plus pure et la plus intelligente des femmes.
BRUNO
Et belle ?
d'orbendas, lui montrant un portrait.
Regarde.
BRUNO, prenant le portrait.
Oh ! je veux faire une poésie sur ce portrait.
d'orbendas.
Eh bien ! monsieur le trouvère, comprenez-vous maintenant pourquoi je l'ai toujours cachée aux yeux de monseigneur?
BRUNO, baisant le portrait.
Oh ! qu'elle est belle !
d'orbendas , reprenant le portrait.
Eh bien ! eh bien ! que fais-tu là, étourdi ? et si c'était-ma fille, ma femme ou ma maîtresse ?
BRUNO
Oh! dites-moi, dites-moi... je voudrais bien que ce fût votre fille.
d'orbendas, .signe de silence.
Voici la femme de monseigneur!... que mon cheval soit prêt dans un quart d'heure... je me rends au banquet.
BRUNO
Oh! oui, si monseigneur savait'... Ce n'est pas votre femme, n'est-ce pas 1 [D' Orbendas lui impose silence et sort par la droite; Bruno sort par le fond.) Oh! non, il l'aime trop, pour que ce soit sa femme.