SCÈNE Yil
Les Mêmes, MARIE, FABIUS *.
MARIE. Vous avez voulu , mon père , que j'attendisse de nouveaux ordres avant de partir à l'abbaye ?
viNCEM". Oui, ma fille... mais ce n'est pas moi que vous devez entendre en ce moment.
MARIE, ht qui donc, mon père?
VINCENT. Vous allez le savoir, mon enfant. Il monte la scène et va ouvrir la porte du fond.
MARIE , à part. C'est peut-être l'abbesse venue ici ?
VINCENT, à Fabius, qui vient à lui. Vous voyez, mon (ils, que je liens ma parole.
MARIE, apercevant Fabius. Fabius!
VINCENT. Vous pouvez l'écouter, ma fille. .. je suis là... près de vous.
11 se relire près du Maréoh.il au fond.
FABIUS. Marie, ne vous effrayez pas...
l'amour, je dois létouffer à jamais dans mon sein, et si je suis ici maintenant, c'est pour VOUS prier, vous supplier.
MARIE. Marie ne peut rien en ce monde.
FABIUS. Vous pouvez tout.
MARIE. Que voulez-vous ?
FAF.ius. Vous demander un sacrifice digne, non pas seulement d'un cœur sublime, mais d'une sainte.
MARIE. Et lequel?
FARiLS. Marie, il faut que vous rentriez dans la demeure du maréchal.
MARIE. .M(ti ?
lAP.ius. Et ce n'est pas tout encore, il faut que, renonçant au service du Seigneur, vous retourniez auprès du maréchal , non pas comme amie, comme compagne, mais comme épouse.
MARIE. Et c'est vous qui me parlez ainsi?.,
FABIUS. Je vous ni Hii que je n'avais pour souvenir de mes parents iucDunus (pi'un
])ortrait de ma mère Eh bien! hier,
comme je venais de quilltr le maréchal , un sentiment que vous ne poiuriez comprendre
me fit revenir sur mes |)as je voulais lui
parler, pénétrer justpi'à lui^ et comme je traversais rapidement ses appartements, j'ar-
' Fabius, Marie, Vincent, le .Maréchal au fond, près du (lilici-.
rivai dans une chambre où je vis le portrait d'une femme, celui de ma mère...
MARIE. De votre mère !
FABIUS. Oui, Marie! le maréchal eut jadis
un fils que l'on croyait mort et ce fils,
c'est moi !
MARIE. Vous?
LE MARÉCHAL. Lui, mon fils? {Vincent Varrêtant, et à demi-voix.) Attendez, mon frère... il faut faire pénitence.
MARIE. Est-ce possible!
FABIUS. Contran , le soldat , était près de moi. . . (I Quel est ce portrait ? lui demandai-je. — C'est celui de la fenune du maréchal, morte depuis plus de vingt ans. — Quoi ! morte ici, près de lui ? — Non, répondit Contran; c'est une sombre histoire , et je ne puis vous la dire. » Mais je l'avais devinée, moi, et comme frappé de la foudre, j'ai fui la maison de mon père , à qui j'ai pris son bien , son rêve , sa vie , et je suis venu près de vous , Marie , pour vousdire que le maréchal, qui repart en guerre, n'y va chercher ni l'oubli ni la gloire, mais la mort...
MARIE. La mort !
FABIUS. Je le sais , je le jure , il n'y a qu'une force au monde qui puisse l'en détourner. Celte force, c'est vous , Marie; et Fabius , qui tombe à vos pieds , n'est plus à
cette heure un amant mais un fils qui
vient vous supplier de sauver son père.
MARIE, avec ré.<olution. Je le sauverai, Fabius !
FABIUS, se relevant. Je l'espérais, Marie !
MARIE. Et vous deviez l'espérer... oui, si je puis, en empêchant la mort de mou bienfaiteur, accomplir le vœu de Fabius, je le ferai... même s'il doit m'en coûter la vie.
FABii s. Et après tant de sacrifices, .Marie, Dieu détruira dans nos cœurs cette passion qu'il semble réprouver... et alors le fils peutêtre pourra venir un jour s'ass' oir au fover de stm père... mais... attendez, Marie... "ne lui dites pas que son fils existe, car hier il maudissait les orphelins nourris loin du .sein de leurs mèie.s.
VINCENT, 1)03, au Maréchal. Ce sont des enfants trouvé.s... maréclial...