MARTIGNY
Celcf veut dire...
FLAVY
Une femme qui ne l'est guère et qui est bien près de ne l'être plus. Laissons cela.
' Martigny, Flavy, les ofRciers, d'Orbendas.
LE MAIN'OIR DE IMONTLOUYIER
MARTIGNT.
Décidément, monseigneur, vous ne retournez point avec nous à l'armée? vous ne voulez pas assister à nos dernières victoires?
FLAV'V, nonchalamment.
Elles sont trop faciles. Vous n'avez plus qu'à chasser des fuyards.
MAUTIG>'T.
Et la formidable garnison anglaise qui occupe Bordeaux!::: vingt mille hommes d'élite commandés par le chevalier d'Eurondel, un des plus braves gentilshommes anglais I
FLAVV.
Le chevalier d'Eurondel? j'ai fait mes preuves contre lui. Voici bientôt vingt ans que je l'ai rencontré sur les champs de bataille. Demandezlui s'il sait ce que pèse mon genou sur une poitrine.:. Ah! si ses compagnons ne l'eussent pas arrache bien des fois de mes mains, la vicomtesse, ma noble dame, eût brûlé plus d'un cierge en l'honneur de M. Saint-Denis.
mautigny:
La vicomtesse?
flavy:
Oh! elle est bonne Française!;:: Elle déteste les Anglais en général, et en particulier, le chevalier d'Eurondel; Toutes les fois qu'on prononce ce nom devant elle, le rouge lui monte au visage : on voit bien que c'est un sang généreux qui coule dans ses veines:
MAUTIGXY.
Faites-lui donc la galanterie de tuer cet Anglais, monseigneur.
FLAVV;
II est trop loin de nous; je ne nie déplace pas pour si peu. Notre roi Charles VII n'a plus besoin de mes services; je suis fatigué; il me faut du repos, de la solitude, de la tempérance;.: Comment trouvez-vous mon vin d'Espagne?
MARTIG>V.
Délicieux:
d'orbe>das, par (lissant.
Il est vrai; mais il porte à la tête:
Kr.Avv; Arrive donc, bâtard !... Ceci, messieurs, est un bâtard, mon barbier, qui a volé un nom. l)'onitEM)AS, ijaimcnl.
Je n'en avais pas ; il m'en fallait un. Personne ne voulait me le donner... je lai pris dans lalphabet; qu'on le réclame:
FI.AVV.
Il est trop laid pour cela : d'Orbendas I D'ouiiKNn.vs.
Et puis, ne \ous vantez pas tant, niesseigneurs : vous tous qui coiuiaissez vos familles, vous resseniblez au vulgaire deslionunes; cela est trivial. Pour nous autres, pauvres abandonnés, nous ressemblons au dieu Saturne..: père et mère inconnus.
Ou 1 t.
FI.AVV, lui louchant l'tpttnlc.
Du reste, l)on soldat, serviteur dévoué, cœur
intrépide et force herculéenne. C'est lui qui, durant les trêves, me signalait les plus belles Anglaises des environs, et qui, de concert avec moi, eu débarrassait leurs propriétaires naturels. d'oreendas.
Plus gafant que cela, monseigneur : je débarrassais les femmes de leurs maris.
FLAVV.
C'est vrai. 11 lui est arrivé, pendant que j'enlevais la femme, d'emporter le mari récalcitrant sur ses épaules;
d'orbendas:
Et nous avons des Anglais d'un honnête pourtour !
LES AUTRES, riant.
Ah : ah ! ah !
d'orbexdas.
Oh! notre patriotisme ne chômait pas; et lorsqu'un armistice nous défendait d'attaquer les Anglais, nous cherchions ù conquérir des Anglaises.
FLAVV.
Toujours par esprit national; car bien souvent, n'est-ce pas, sauf l'attrait de nous tenir en haleine et d'exercer notre domination, nous n'avions pas plus de plaisir à enlever la femme d'un Anglais voisin, qu'à lui ravir son bœuf ou son cheval.
DORBEXDAS.
Et le voisin souvent ne regrettait guère plus l'un que l'autre : témoin ce jour, où ayant dérob(' son cheval et sa fenmie à mylord Pembrok . il vous laissa fuir, vous qui emportiez la femme, ol courut après moi qui emmenais le cheval; LES AUTRES, riant.
Ah : ah ! ah !
l)'0RBE>nA9.
Ah! notre histoire serait curieuse à entendre!... •elle de monseigneur surtout.
FLAVV.
Fais le modeste !
d'ouuendas.
Tout n'y est pas plaisant, par exemple!... si jr citais, entre mille aventures de ce genre, celle du mois d'août quatorze cent quara.;; FLAVV, l'interrompant.
Assez ! assez !
i)'on«E>nAS.
Je remercie Dieu de ne m'y être point trou\é;
FLAVV.
Dis plutôt que tu le regrettes.
i>'ou«E>nAs; Non. sur mon ame!... Messeigncurs , je vous en fais juges : c'était..:
FLAVV, st'urtmcnt. l J'ai dit : Assez !
nonBE>nAS, au.r autre».
Vous voyez bien !
FLAVV, l gi'r.mciil.
D'ailleurs 1< s , fTaiios ti'.mour ne le rcgaidenl plus.
MARIIG.NV.
(!onuncnt cela.
MAGASIN THEATRAL
FLAVY
Depuis deux ans, il s'est amendé. Il n'a plus
d'autre office près de moi que celui de barbier ;
il n'est plus le confident de mes amours, et j'ai
été obligé de le remplacer par son camarade
Melchy.
d'orbendas, souriant.
J'ai eu des remords.
FLAVY, à d'Orbendas, souriant.
Eh bien! ami, j'ai suivi ton exemple: J'ai quitté, moi aussi, la voie de perdition ; j'ai renoncé à l'amour.
d'orbendas, souriant.
Vous, monseigneur?
Il y a un mois, depuis la maladie de la vicomtesse, j'ai ordonné à Melchy d'aller au manoir de Montlouvier, et de rendre la liberté à mes prisonniers du genre féminin.
d'oubendas.
]\Ime la vicomtesse sait-elle votre sage résolution?
FLAVY
Pas encore, et tu me rappelles qu'elle m'a demandé un entretien.
MARTIGNV.
Nous vous laissons.
FLAVY, aux Officiers.
Ainsi, messieurs, vous pouvez dire au comte de Dunois, en retournant à l'armée, que Guillaume de riavy n'est plus le même ; qu'il respecte les personnes et les propriétés de toute espèce, et qu'il s'est fait ermite dans son château de Presle en Tartenois.
Il les reconduit.
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