‹ ThéâtreChapitre 829 sur 971 · ACTE PKEMlEh · texte numérisé non relu

ACTE PKEMlEh

Lf (ifvaiil lins McRsa^prips royales Hp la rue Nolro-Dariir (ir-; Vii-iniic;

SCÈiNK ntlvMIÈUE.

CHALUMKAU, POrLAIll), CUtVI-COEl I\, FN Afficheur, F.N ^Iarchand déchaînes DE suretF , UN Décroffeur ]>rès (le la parle an fond avec s« aellctic, UN Marchand DE CANNES, PASSANTS, CRIEURS, jnits BAGNOLKT.

Au lever du rideau , Crèvecreur est rouclié par lorre fcontre une liorno , à gauche du spectateur; il ne parait

pas s"i)rciiper dp ce qui se ])a<se aulmir dp lui. On entend crier : L'Indirateur des rues de Paris, le fiuide iIh Foi/af/e!ir; pendant ce tpinps un afiiclieur e>t eiilrp pt va CDller une petite allielw sur un d's niiir-- de l.i rour.

LE .MAIU.IIAM) DECHAINES. \ »)\ < /.. à \ ijlj^l-

iicuf. . . I)ijmi\ cil or , ronii oK'.s par i.i Monnaii-. l'OPi.ARD, criant. Alliiiiuilts cliimi<|iit s iillciiiandcs , un son le pacpii't, (U'ux son.s la ho ho !

^iAOASiN riiEA'rr.Ai,.

I/AFFICIIEL'R , qtii a jiosé son a f fiche . V'Ià re (|uc c'est... [Lisant.] On dégage les effets (lu mont-de-piélé et on acliète les reconnaissances, rue Yide-Gousset,- numéro neuf.

Il reprend son pot et son pinoeau et sort.

CHALUMEAU , qui l'a suivi et examiné en se cachant, s'approche de Vaffiche dès qu'il est parti. Lisant. On dégage les effets du mont-de-piélé et on achète les reconnaissances... très-bien... tue Vide-Gousset, numéro neuf!... Minute! (// colle une petite bande sur l'adresse.) Ça n'est plus ça, mon bonhomme ! rue de l'Arbre-Scc , numéro vingt-trois , ii la bonne heure.

RACiNOLET , entre en chantonnant. O Mailiilde, idole de mon àme... tn... [Voyant Chalumeau.) Tiens, c'est Chalumeau...

qu'est-ce que tu fais donc là ?

CHALUMEAU. Moi , je coffe des affiches... ou pour mieux dire... je colle des bandes !-:ur lespffiches.

BAGNOLET. Comment ça?

CHALU.MEAU. C'est clair ; une supposilion <|ue tu tiens un bureau de dégagement ou de n'importe quoi.:, tu -te fais afficher*, ça te coûte du papier et des caractères; moi, qui suis d'une entreprise rivale, je viens derrière toi , et je colle simplement l'adresse de mon administration au bas de ton affiche ;. c'est une association en commandite : tu fais la moitié des frais, et j'empoche tout le bénéfice.

lîAGA'OLET. Compris : c'est de l'affichage économique... et qu'est-ce que ça te rapporte , ce métier-là ?

CHALUMEAU. Je gagne encore mes quinze <ous, le malin *n me promenant; avec ça , on ne peut pas mettre à la caisse d'épargne. . . mais ,. passé quatic heures, j'ai une autre profession.

RAGNOLET. Ah bah !... et laquelle?

CHALUMEAU. Je pratique avec avantage l'éciiange des bouts de cigares.

RAGNOLET. L'échange des bouts de cigares?... connais pas.

CHALUMEAU. Oui, je troque les petits contre les grands... je t'expli([uerai ça tantôt... c'est un joli commerce de mon invention , lu verras.

I5AGN0LET. l^li bien ! c'est une industrie (|ue je ne soupçonnais pas.

CHALUMEAU. Il v en a bien d'autres dont tu es ignoiant El loi, qu'esi-ce que lu fais pour le quart d'heure ?

r.AGNOLET. Moi , je suis cicérone.

CHALUMEAU. Ouoi que c'est que ça , cicérone ? ça va-t-il sur l'eau ?

lUGNOLET. cicérone, c'esl-à-dire que je guette les provinciaux à leur descente de voiture, aux messageries royales, et je leur offre de Iciu' ser»ir rlo guido , de leur faire

voir les curiosités de la capitale, de les mener dans. les meilleurs hôtels, ou dans les plus fameux restaurants.

CHALUMEAU. Kl tu les couduis...

lîAGNOLET. Dans d'affreuses gargotes , qui me font une remise pour leur amener des pratiques.

CHALU.MEAU. En même temps que tu es payé par le voyageur; eh bien ! ça n'est pas déjà si mal.

BAGNOLET. Oui; mais vois -tu, Chalumeau , il y a des fois où ça me donne des remords de conscience.

CHALUMEAU. C'tc bètise !

* RAGNOLET. Des fois où je me dis que je n'étais pas né pour ce métier-là.

CHALUMEAU. Tu aimerais mieux avoir dix mille livres de rente . pas vrai ?.. .

BAGNOLET. Je me contenterais même d( quinze... parce qu'entre nous, tous cesclaf que nous faisons, ça n'est pas des étals vertueux.

CHALUMEAU. De quoi , pas vertueux!...

et à qui donc que ça fait du tort , s'il vous plaît? Ah! je sais bien que nous ne payons pas patente, nous ne sommes pas des gens établis... '

BAGNOLET. Nous he jouissons pas de l'estime et de la considération publiques.

CHALUMEAU. Qu'esl-ce qui dit ça?... des envieux!... faut les laisser j;iboier... car enfin nous avons tous des professions... n'estce pas , Poplard?

POPLARD, criant. Allumette3 chimiques allemandes... un sou le paquet, deux so.us la boîte !

CHALUMEAU. Monsieur est négociant, je suis négociant , nous sonnnes tous négociants, tous, excepté Crèvecœur, que v'ià , par exemple !

BAGNOLET. Ah! oui , l'Abruti.

CHALUMEAU. On ne lui connaît pas d'anties moyens d'exi>lence que de rester couclié toute la journée comme un lézard au soleil.

BAGNOLET. Si le sonnueil rapportait si\ francs par heure, en voilà un qui serait millionnaire.

CHALUMEAU. Oui , mais dormir, ça n'est pas une profession ; enfin, coimnent (ju'y faii pour vivre? où qu'il prend son pain?

BAGNOLET. Sou i>ain?... lui , Crèvecœur!

il li'en a pas de besoin , il n'en consonnn<! jamais.

POPLAiU). C'est vrai.

CHALUMEAU. Ah ! bail ! il \il donc de l'air du temps, comme les serpents boas?

BAGNOLET. Il ne se nourrit que d'eau-devie... pour déjeuner, de l'eau-de-vic; pour dîner, de l'eau-de-vie : pour souper, de l 'eau-de-vie.

CHALUMEAU. Toujours du casse-poitrine]

LEb BOHÉMIENS DE PARIS.

(-11 \ 'là une de nourrmirc ! il doit être souvent dans les vignes.

r.Ar.NOLET. Lui , jamais ! ça ne le grise pas; ça l'engourdit,. voilà tout... et nuand il a son compte, il s'étale comme le voilà.

CHALUMEAU. Aliî.mais c'est une niarmotte que ce monsieur.

r.AGNOLLT. Tu vas\oir... Eli! dis donc, Crèvecœur. .. [S'approchant de Crèvecœur c( le remuant du pied.) Eh ! l'Abruti !

cuÈVECOEUR. Hein?

RAfîNOi.ET. Veux-iu du pain ?

CRÈVECOEUR. Du pain? non...

BAGNOLET. Vcux-tu de l'eau-dc-vie?

CRÈVECOEUR, S animant. De l'eau-dc-vie ! oui !... oui !... où y en a-l-il de l'eau-dt-viè?

BAGNOLET. (Ihcz le li(juoriste, mon vieux.

CRiîVECOEUR. Ah!... .

lîAGNOLET. T'en auras plus tard.

irrelonihe dans sa somiiolenrc.

CHALUMEAU. Ah! mais j'en ai , moi , de l'eau-de-vie?

BAGNOLET. Ail! hall !

(HIALUMEAU. Eli ! oui , j'avais affaire ce malin de l'autre côlé de la barrière... cxlralortilications ; j'ai apporté la petite boujiillo (pie v'ià... et enfoncés les gabelous ! Faisons une politesse h l'Abruti.

r.AGNOLET, prcn«/t/ lebidvn. Oui, donne, je \ais lui offrir... (.4 CrévecœUr.) Tiens, l'Abruti , avale une gorgée de ça', mon vieux... c'est de l'cju-dé-vie.

CRÈVECOEUR. De l'cau-de-vic , bien vrai?

11 saisit le bidon avec avidilé et le porte à ses lèvres.

l'.AGNOLET, se baitisant vers lui. Hein! c'est bon ça , c'est du nanan , ça récliaiille notre petite estomaque... ( lievenant a%i.x anlrea.) Ilegardez donc comme il ingurgite; il avale ça comme du coco à un liard le verre.

CHALUMEAU. Ah ça,' mais un iiiManl...

»n v'Ià assez... gaidons-cti un |)eu jxitir les amis... (// va reprendre le hidon à Crèvecœur.) Si on le laissait laiie, il boirait tout... 'lu l'aimes donc bien , le trois-six?

cuÈvicoEUli. Dam I oui...

BAGNOLET. iMais ça fait mal, ça grise.

CRÈVECOEUR. Non... non, ça endort... ça fait oublier. ..

Il se l-criiinlii'.

CHALUMEAU. Oublier!... je crois bien , ça l'a fait oublier d'eu laisser dans la bouleillc. . il a tout avalé , le vieux gourmand.

Tou.s. Ah! bah!

CHALUMEAU. Il u'cii reste pas nne goiiilc.

MA(;^()H■■.T. Il se duniicra une inllammalion d'csiomac , c'est sur! Il aura une comliiisiion spontanée; un i\v. ces jours, il parlit a comme un réservoir à i^az.

l'Ol'l.Alîn. Aliumeltes <-liiiiii(pies alli'maiidt.s !

1; ' !i f.iil (larllr utn-.

BAGNOLET. Finis donc , Poplard... ne \a pas par là avec tes allumettes ; c'est une tonne de trois-six que l'Abruti, tu pourrais l'incendier.

T0U.S, riant. lia ! ha ! haï

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