SCENE
Les MÊMES, DIGONARD. •
niGONARD, à part. Quatre lieuresjuoins seize minutes... Montorguei! me marqn»!
dans sa lettre qu'il arrivera par la voiture de quatre heures; j'ai encore le temps de mt; promener.
Il se promène de long en largre.
POPLARD, s'approchant de lui. Allumettes chimiques , mon bourgeois.
. LE MARCHAND DE CHAINES. Vovez, à villgt-
neuf , pour la sûreté des montres.
• DIGONARD. Laissez-moi traïupiille, je n'ai
besoin de rien.
CHALUMEAU. Faut-il uue voituie ?.. . Voilà, voilà , bourgeois.
DIGONARD. Allez au diable! Cette rue est remplie d'un tas de mendiants ; enirons au café , lire un journal.'
Il disparaît.
CHALU.MEAU. Tiens ! qu'est-ce cpi'il a donc ce particulier?... {Lui faisant dea (jeste.''.)
Oli !. c'te binette... Bonjour, monsieur
l'ardoii si jo ne vous reconduis |)as.
BAGNOLET. Ça lui va joliment de nous, traiter comme ca; (ju'esl-ce (pi'il est donc , lui?...
CHALUMEAU. Tu le connais ?
BAGNOLET, l'ardinc, c'esi le iHimmé Antoine Diponard, un fameux faisem- de maii- A aises allaires.
CHALUMEAU. De iiiaïuaises affaires... ça lie doit pas l'enrichir. **'
BAGNOLET. Ail cuMtiaire. . . elles sont mauvaises, c'est \rai, luais pour les aiilres.
CHALUMEAU. Ah ! 1)011 , je saisis !
BAGNOLET. .le l'ai connu daus mes temps de fortune... il m'a dévoré mou paliimoiue.
TOU.S, riant. lia! lia! ha! son pairimoiiie !
CIIAI.I MEAU. Iii as eu iii] pali iiiioiiie , loi, ISagiiolei ?
BAGNOLET. Oui, llioi , Bagliolet. nn'esl-er
(pi'il y a d'étoniiaut à ça ? est-ce (pie dans la \ie on n'a pas des iiaiiis et des bas!
CHALUMEAU. Ah ! lu as eu des hauts?
15AGNOLET. Ft maintenant . c'est tout au plus si j'ai (les bas... mais enliii, j'ai apparleiiiià une famille livs-dislingtiée ; mou pc're éiail établi à Tours eu Touiaine; il veiid.iil des in.^tdimeiil.s. ..
CHALUMEAU. Des iuslriiuieiils à \eiil?
liAGNOLEr. Non, des in.sirumcnis à (.m.
MAGASIN TIIKaTKAL
CHAi.LMKAU. A eau? Ali! bon, connu, connu , (les clarinclles d'apolhicaire.
I5Af;^o^.ET. J'aurais dû nie contenter de cotte position honorable .. mais j'étais dévoré (l'ambition ; à la mort de pap», je cédai son • fonds, et je vins à Paris avec la moitié de la sonnno en argent, et l'autre en un billet que m'avait fait l'acqiiéreur.
CHALUMEAU. Et h combien' qu'il se montait ton patrimoine?
BAGNOLET. "A quinze cents francs. . .
CHALUMEAU. Tu n'as pas dû aller loin avec ça .
I5AGN0LET. Mon cxistence de lion dura un mois , pendant lequel je fis la connaissance d'nne délicieuse giletière. .. avec qui'je passai une lune de miel et d'argent... mais bientôt: il ne me resta plus que mon billet.
CHALUMEAU. C'était une ressource !
BAGNOLET, Oui, elle était gentille, la ressource ; lin nommé Monlorgueil, un habile, un fameux que j'avais connu au divan des Panoramas, se chargea de me le faire escoiïlpter ; il me mena chez le Digonard.
CHALUMEAU. Et celui-ci le donna...
BAGNOLET. Cinquante francs en argent, quarante flageolets, "et un veau à deux têtes.
TOUS, riant. Un veau à deux tètes!
BAGNOLET. Et cncore il était malade...
huit jours après, il rendit le dernier soupir entre mes bras... bref, je me trouvai bientôt dans une complète débine, obligé de vivre d'industrie.
CHALUMEAU. Et la giletière t'avait planté là!
BAGNOLET. Chalumeau, vous calomniez sou cœur.,. Elle était partie, c'est vrai; mais pour recueillir l'héritage d'une vieille tante qui venait de trépasser du côté de Dieppe.
CHALUMEAU. Alors, c'est différent!
[Otanisa cnsquettè.) Honneur aux dames.
BAGNOLET. Du moius, je n'ai pas à rougir devant elle... O Arlhémi>c 1 t(ji qui m'as connu si coquet, tu ne soupçonnes pas, sur les bords de la Manche , les trous qui se forment aux miennes.
.CHALUMEAU. Ce pauvre liagnolel!... et tu n'as pas flanqué une bonne roulée à ce gueux de Montorgueil?
BAGNOLET. J'en ai OU l'idée... oui, je l'aurais creinté de bon cœur... si j'avais pu... mais il est plus fort que moi.
CHALUMEAU. Ah ça, tu le crains donc?
r.AGNOLET. Non, mais j'en ai peur...
On onti'iid sonner quatre heures.
DIGONARD, revenant. Quatre heures! Je suis d'une nupaiience... celle alîaire dont me parle Montorgueil dans sa dernière lettre... [On entnid le cornet et le roulement de la voilure.) Ah! enfin, voici la voilure!
CHALUMEAU. Allons, vous auMes, à !a voi-
ture. {Allant à Crèvecœur.) Allons, \'uvs avt'C nous, la vieille... gagner la petjte gouiti .
CRÈVECOEUR. La petite gouUe... oui... uni.
TOUS. A la voiture!
Us courent au fond ; la scène se vide.
scEM-: m.
BAGNOLET, puis AIITIIÉMISE.
BAGNOLET , seul. La voiture de Rouen ; j'ai bien peur de ne pas faire mes frais aujourd'hui. . ma foi ! au petit bonheur.
11 va, pour sortir et se rencontre avec Artliémise.
ARTHÉMISE, enfra«< et cherchant desyeux.
Ah ça mais, oy s'est-il donc fourré ce monsieur Bagno.... ( jte reconnaissant. ) Ah ! le voilà !...
BAGNOLET. Arihémisc ! *
ARTHÉMISE. Ah! OU VOUS trouve donc, monsieur Bagnolet?
BAGNOLET. Arlhéiiiise !... Artliémise!... aux messageries... (Comment ! c'est vous'!... ■ vous voilà de retour !... ah ! quelle joie ! quel bonheur!... Laissez-moi vous embrasser.
ARTHÉMISE, l'arrêtant. Uu tout, du tout, monsieur.
BAGNOLET. On a fait sa barbe ce matin, c'est du satin, c'est du velours.
11 IVmbrasse.
ARTHÉMISE. Mais voulez-vous finir!... d'abord, je suis en colère contre vous.
BAGNOLET. Ah! bah! Alors, je vas vous embrasser pour faire la paix.
11 l'embrasse.
ARTHÉMISE. Aîi ça, mais c'est insupportable; voulez-vous bien m'écouier?
BAGNOLET. Parlez , Arthémise; je vas essayer de me calmer, je vas tâcher d'arrôur la locomotive.
ARTHÉMISE. C'cst fort iieureux! et pourquoi donc, monsieur, restiez-vous là, au lien de venir à ma rencontre?
BAGNOLET. A \otre rencontre?... m;•l^ pour que je le fisse, il fallait (pie je le pus.-r: et pour que je le pusse, il fallait que je le susse... votre retour, et j'en ignorais conipléiemenr.
ARTHÉMISE. Allons donc ! est-ce que je ne vous l'avais point écrit?
BAGNOLET. T'écrit... vous m'aviez écrit ':*
ARTHÉMISE. Certainement... il y a quatre jours, une lettre datée de Saint- Valéry, « t par la(|uelle je vous annonçais mon arrivée.
r.AGNOLET. Ah ! bah ! je r.'ai rien reçu.
ARTHÉMISE. C'est impossible !
BAGNOLET. C'est impossible, mais ça est.
ARTHÉMISE. Et les irois autres, monsieur., les trois autres lettres que vous avez eu la iietitesse ûe laisser sans réponse. . hein?
LRS HOHKMiKNS 0\i lAlliS.
BAGNOT.ET. Vous m'en avez écrit trois autres... Ah! j'y suis... vous les avez adressées à mon ancienne demeure.
ARTHÉMISE. Saus doute !
BAGNOLET, Et je suis déménagé.
ARTHÉMISE. Comment! vous avez changé de logement 1
BAGNOLET, avec importance. Oui, les cheminées fumaient!.,, je n'étais pas content des papiers... et puis... (à pai't) et puis le propriétaire m'a flanqué à la porte.
ARTHÉ.MISE. Ah ça , mais au moins vous auriez pu vous donner la peine d'aller chez votre ancien concierge vous informer s'il n'était rien venu de ma part.
BAGNOLET. ArthémJse , croyez que si j'avais su... pour avoir de vos nouvelles, pour me procurer vos trois lettres, j'aurais fait trente lieues à pied sur la tète... Dieu de Dieu! j'aurais été capable de tout... [frappant sur son gousset) oui, de tout... excepté de payer le port.
ARTHÉMISE. Tout ça , monsieur, c'e-'^t des phrases !
B.AGNOLET. Et moi qui la traitais d'ingrate, d'infidèle, moi qui mecroyaisouhlié, trahi !... oui, Arthémise, chaque nuit je rêvais trahison... je voyais dos chats daus tous mes songes.
ARTHÉMISE. Je ne vous crois pas.
BAGNOLET. N'importe, je te revois, je te raime, je suis raimé... ah! j(! suis le plas heureux des homme.s... ah ! je suis le plus heureux des hommes...
Il l'ombrasse.
ARTHÉMISE, fâchée. Mais , monsieur, encore une fois...
BAGNOLET, Vembrossant. Encore une fois, je le veux bien. .. Pendant dix ans, ccjit nus, tonte la vie, et pour commencer la réconciliation, je vas aller chercher vos cartons, vos paquets... Je peux faire ça pour vous.
ARTHÉMISE. Du tout, je n'ai besoin de personne.
BAGNOLET. Alors, permcttez-moi d'aller vous chercher un fiacre, une citadine... je peux encore faire ça pou»- vous.
ARTHÉMISE. Je VOUS dis de me laisser; il faut que j'aille payer le prix de mes bagage.s.
BAGNOLET. Le prix de v(;s bagages... je peux toujours faire ça pour... [A part.) C'està-dire, non, je ne poux pas faire ça pour elle.
.XRTHÉMISE. Allons, allons, laissoz-moi!
BAGNOLET. Mais écoulez...
ARTHÉMISE. Rien, vous allez me compromettre; je vous défends de me suivre.
Elle snrt.
BAGNOLET. Arthéuiise I... Arthémi.se !.., Ail bien, elle nie plante là... niaisjo la rattraperai... je l'attendrirai... je la fléchirai.
11 so niPt à mûrir vf>rs le fnnd et se ronrontro aver Didier qui fTitre.
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SCÈiNE IV.