SCÈNE VI
Les MÊMES, DIDIER, BAGNOLET, au /bnrf.
DIDIER. Un instant!
PAUL. Qu'ai-je vu?
DIDIER, c'est une affaire grave,.. II vous faut un appui , et je viens vous en servir.
MONTORGUEIL. Quel esi donc cethomme?
PAUL. Lui ! mais c'esi...
DIDIER, iarrî'lnnt. Silence!... {Aux autres.) Vous étiez deux à lui donner un mauvais conseil , vous permelirez (|ue je sois là pour lui en donner un bon.
DIGONARD, élevant la voix. Mais , monsieur!...
DIDIER. Mais, monsieur, cela me convient ainsi. {Mettant les papiers dans sa poche.) Plus lard, nous examinerons celle affaire.
MONTORGUEIL. Plus tard , c'est impossible, il faut que sur-le-champ...
DIDIER. Je ne vous parle pas, monsieur...
BAGNOLET, àpart. Bravo! je vais l'ailcndre dehors.
Il sort.
DIDIER, à Paul. Et puisque je vous trouve ici , au milieu des plaisirs et du luxe... sans doute elle est heureuse celle qui vous avait confié son bonheur et sa vie.. .
PAUL. Heureuse !... oui , elle le sera !
DIDIER. Si heureuse,., que sans moi, depuis hier, elle serait morte.
PAUL. Morte!.,, comment ! Louise,..
DIDIER. L'abandon a brisé son cœur ; le désespoir a égaré sa raison , et si le ciel n'avait conduit mes pas , s'il ne m'avait donné assez de force pour la sauver... elle n'auraii besoin aujourd'hui ni de mes consolations ni de votre amour ; un peu de terre-* et un linceul , c'est tout ce qu'il faudrait à la pauvre femme.
MONTORGUEIL. Eh ! c'est justement pour la secourir que Paul...
DIDIER , à Montorgueil. Je vous dis, monsieur, que je ne vous parle pas... {A Paul.) Et maintenant voulez-vous que je vous rende ce papier dont je me suis emparé?... maintenant voulez-vous contracter encore le brillant mariage qu'on vous propose î. , . Allez
donc épouser cette riche héritière ; demain la pauvre Louise mourra de douleur ; et vous n'aurez plus qu'à rougir d'avoir volé le nom d'un autre!...
PAUL. Non , non , plus de mariage , plus d'ambition, plus de fortune... Louise, mon abandon était un crime ; puisse mon retour le réparer aujourd'hui !...
DIDIER. Dieu soit loué! tu m'as compris, partons !
PAUL. Partons!
DiGONARD. Mais il emporte la reconnaissance...
MONTORGUEIL , leur barrant le passage.
Permettez , monsieur ; je veux savoir de que! droit...
DIDIER. De quel droit je renverse vos ignobles desseins? de quel droit je déjoue la plus lâche imposture?. . . de quel droit, enfin, je ne veux pas que vous déshonoriez mon nom ?. . .
MONTORGUEIL. Votre nom!...
DIDIER. Oui, monsieur! oui, mon nom ; car je m'appelle Charles Didier !. . . je suis son frère !
MONTORGUEIL et DIGONARD. Son frère !
DIDIER. Viens , Paul , viens ; partons !
Ils sortent.
MONTORGUEIL. Son frère !... son frère de retour !
mGOi^K^Gftombant accablé surunechaise.
Tout est perdu !... Ah ! mon Dieu ! il emporte mes habits, mes bijoux .. il va monter dans mon cabriolet ; courons!... courons!...
Il sort précipitamment.
MONTORGUEIL, seul. Partis!... partis ensemble ! et cette fortune, ma dernière chance, mon unique espoir, m'échapperait!... Oh!
non, non, je ne me laisserai pas si facilement abattre, moi , qu'ils ont surnommé le roi de Bohème! Jusqu'ici je n'ai employé que la ruse et l'adresse, mais, s'il le faut, j'emploierai la force et la violence !
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