‹ ThéâtreChapitre 870 sur 971 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MONTORGUIEL , PAUL.

MONTORGUEIL. C'est ici , nous sommes arrivés.

PAUL. Et c'est ici, alors, que vous allez me rendre mon frère.

MONTORGUEIL. Ton frère!... ton frère!

PAUL. Souvenez-vous que je ne vous ai suivi que parce que vous m'avez juré de me dire où il est.

MONTORGUEIL. Et si je ne le savais pas !

PAUL. Pourquoi m'auriez-vous amené ici?

Que viendrions - nous faire dans cette maison?

MONTORGUEIL. Cette maison appartient à Desrosiers.

PAUL. Encore ce nom ! encore vos projets de fortune , de mariage et de trahison ! Mais vous savez bien que je n'en veux plus , moi! et ne voyez-vous pas que je n'ai plus qu'une seule pensée, qu'un seul désir... retrouver Charles... Charles, qui venait à moi pour me tendre la main ? Charles, qui m'a rendue "iionneur, à moi-même? Charles

LES BOHÉxMIENS DE PARIS.

enfin dont la présence a déjoué tous vos plans. .. et que vous seul avez fait disparaître.

MONTORGUEIL. Il y a du vrai dans ce que tu dis là .

PAUL. Ah ! vous en convenez ; vous savez où il est, vous allez me le dire , me le dire à l'instant.

MONTORGUEIL. A l'instant , non ; mais dès que nous serons entrés là , dès que tu auras signé le contrat , dès que la dot sera dans nos mains... Acceptes-tu?

PAUL. Je refuse 1

MONTORGUEIL. Alors , je Tcfusc de l'apprendre où est Charles.

PAUL. Et tu penses que je n'irai pas tout dire, tout dévoiler...

MONTORGUEIL. A la justicc, n'est-ce pas?... Prends garde , ce mot-là porte malheur dans ta famille , et puisque je t'ai tout révélé, c'est que tu ne peux plus me quitter ; etd'ailleurs, quand tu m'échapperais... quand je te laisserais parler... qui dénoncerais-tu? Moi ! Mais tu ne me connais seulement pas. Montorgueil, dirais -tu aux magistrats...

Montorgueil, c'est un nom d'emprunt...

Ta donneras mon signalement... mais tu aurais à peine fait cent pas loin de moi que Montorgueil n'existerait plus. .. C'était hier un brillant habitué du boulevard Italien, ce sera demain un pauvre diable perdu dans la foule , couvert de haillons , qui aura repris une des vingt professions qu'il exerçait jadis, qui s'appellera de l'un des vingt noms qu'il a déjà portés , et , pendant ce temps, tu chercheras ton frère , tu chercheras cette maison où je le tiens enfermé seul et sans secours.. . et si le hasard te le fait découvrir au bout d'un mois peut-être , tu ne trouveras qu'un cadavre... A présent, je t'ai tout dit... Acceptes -lu ce mariage, ou veux-tu me dénoncer?. . . Parle , choisis. . . tu es libre.

PAUL. Oh! infamie!... infamie!... Mais, s'il en est ainsi , clia((ue in.stant qui s'écoule est un nouveau supplice pour lui. Mon Dieu! il est donc vrai que je suis déshonoré , perdu sans ressource, ou que mon frère est mort! Charles 1 il faut bien que je t'arrache des mains de ce misérable!... [Haut.) Entrons!

MONTORGUEIL. Allons douc !

PAIL, à part. Mais dès que je l'aurai sauvé , je me tuerai , oui , je me tuerai , pour sauver aussi mon honneur!

MONTORGUEIL. Vicns donc , le conirat est prêt.

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